De quoi je me mêle ?
5 octobre 2018
Nabila Fathi (38 articles)
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De quoi je me mêle ?

Yatim a-t-il enfreint la loi en s’affichant avec une femme qui n’est pas encore son épouse ? Peu importe, rétorquent d’aucuns, puisque son parti est porteur d’une idéologie de restrictions des libertés individuelles. Mais quand on est défenseur de ces mêmes libertés, peut-on se permettre une entorse à la règle à chaque fois que le lynché n’est pas du même bord que nous ?

Un couple atypique. Une balade romantique en plein Paris. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un bad buzz comme «on» les aime, sur fond de scandale. De part et d’autre des insultes, de la moquerie, de la caricature, et un «accusé» qui patauge dans ses tentatives de justification de sa conduite. Dans la foulée, chacun y va de son commentaire moralisateur sur ce que devrait être un homme, un vrai, à plus forte raison s’il est censé porter et véhiculer des valeurs de loyauté et de fidélité, en bon musulman qu’il se proclame… Des jours et des jours de buzz médiatique et sur les réseaux sociaux. Une photo présentée comme la preuve de l’immonde, de la trahison, de l’égarement du droit chemin. Des comparaisons entre Yatim et d’autres ministres dont le couple conjugal a résisté au temps, à la tentation…
Comme si ça ne suffisait pas, le MUR (Mouvement unicité et réforme), bras idéologique du PJD, s’en mêle, en rappellant les bonnes pratiques religieuses, les bonnes règles de fiançailles dictant la conduite à avoir… Bref, une sorte de fatwa pour reprendre les termes de certains de nos confrères. Rien que ça !
Alors que cette affaire devrait relever de la sphère strictement personnelle, Yatim et sa «fiancée» sont lynchés sur la voie publique. Et ça dérape de plus belle. Le vilipendé joue la victime du couple, le conjoint négligé, et va jusqu’à raconter -le comble- certains détails de son intimité pour justifier sa polygamie ou son divorce.
Yatim a-t-il enfreint la loi en s’affichant avec une femme qui n’est pas encore son épouse ? Peu importe, rétorquent d’aucuns, puisque son parti est porteur d’une idéologie de restrictions des libertés individuelles. Mais quand on est défenseur de ces mêmes libertés, peut-on se permettre une entorse à la règle à chaque fois que le lynché n’est pas du même bord que nous ?
Que l’on soit sympathisant ou non du PJD ou de n’importe quel autre parti, l’affaire en question -qui suscite beaucoup plus d’intérêt qu’elle ne devrait- demeure en premier lieu une affaire familiale qui ne peut être discutée que dans le cadre familial, et si procédure de divorce il y a, dans l’enceinte du tribunal. A l’intérieur même du parti s’il le faut. Mais l’instrumentalisation d’une affaire privée à des fins de règlement de comptes est une dérive grave.
Et si on questionnait plutôt le ministre sur son travail, sur les dossiers dont il a la charge, ceux pour lesquels il devrait justement rendre des comptes ? La façon avec laquelle il a géré celui des employés de maison est un désastre total. Le cafouillage dans lequel se retrouvent  des familles et des employés maintenant que la loi est entrée en vigueur est un échec total pour son département. Yatim est également attendu sur des dossiers chauds comme l’emploi, la réglementation des grèves, le renforcement de l’inspection du travail, le dialogue social… C’est factuel. C’est purement professionnel. Mais qui s’en soucie vraiment quand c’est le buzz qui l’emporte ?