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Culture

Festival : Moga OFF, de la piste aux premières pistes

Apprendre à mixer, rencontrer un programmateur, comprendre comment se rémunère une création… À Essaouira, le OFF et Moga Pro abordent ce que l’affiche d’un festival raconte rarement. Le travail nécessaire pour y trouver un jour sa place.

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Une première date. Pour le public, une ligne sur un programme, éventuellement un nom à découvrir. Pour celui ou celle qui joue, des mois de préparation peuvent tenir dans ce créneau.

Encore faut-il que quelqu’un ait écouté le mix, répondu au message, proposé une rencontre. C’est à cet endroit, entre le morceau préparé chez soi et les platines devant un public, que le Moga OFF devient particulièrement intéressant.

Matthieu Corosine en donne un exemple. Au Palazzo, pendant une soirée du collectif Reload, il raconte avoir assisté à une rencontre avec un organisateur de Riviera Electro Festival, installé à Nice.

Selon lui, un événement consacré au collectif marocain doit en découler dans le sud de la France. Une perspective, à ce stade, dont il faudra suivre la réalisation. Mais une histoire précise, avec des interlocuteurs et une suite annoncée, là où le mot «rencontre» sert trop souvent à meubler les discours du festival.

Cité ouverte
Pour comprendre la place du OFF, Corosine remonte à 2016. L’idée fondatrice consiste à faire en sorte «que la ville soit la tête d’affiche du festival». Une formule séduisante qui engage davantage qu’un choix de décor. Il le reconnaît lui-même : difficile de tenir cette promesse en concentrant toute l’expérience sur trois jours à Diabat, au bord d’une piscine.

Le OFF doit donner corps à cette ambition. Avec ses ateliers, ses concerts et ses rencontres dans les lieux partenaires, la programmation multiplie les raisons de circuler dans la ville. Corosine décrit une volonté de retrouver, puis de partager, ce qui avait séduit les fondateurs lors de leur découverte de la ville. Ses musiques, ses artisans, ses repas au port et ses soirées avaient compté autant dans leur attachement.

Le projet soulève aussi une question beaucoup moins romantique. Qui peut entrer ? «Nous savons que les tickets ne sont pas toujours accessibles à tous», explique-t-il. Les deux concerts gratuits à la Sqala et les activités destinées aux enfants élargissent les possibilités de participation.

Cette ouverture mérite d’être examinée à travers les prix, les places disponibles, les inscriptions et la manière dont les habitants sont informés. L’intention compte ; les conditions d’accès permettent d’en mesurer la portée.

Le programme fait ainsi cohabiter initiation au DJing, fabrication de guembri, danse et rencontres professionnelles. Son intérêt tient aux occasions qu’il ouvre. On peut y essayer un instrument, comprendre un geste ou poser une question à quelqu’un dont on ne connaissait jusque-là que le nom.

Faire carrière
Avec Moga Pro, cette proximité prend un objectif plus précis. Corosine explique que l’étude d’impact commandée après l’édition précédente a conduit l’organisation à s’interroger sur les besoins de qualification dans les industries culturelles et créatives. Il estime dès lors qu’il lui revient de mettre des connaissances et des réseaux à disposition des artistes.

L’ambition se décline à travers Moga Academy, organisée avec l’association 4S, et un cycle de rencontres professionnelles comprenant l’Essaouira Dance Summit.
L’enjeu est de rendre accessibles des interlocuteurs du management, des labels et de la programmation, mais aussi des connaissances qui ne s’acquièrent pas nécessairement en apprenant à mixer.

La masterclass Beyond the Gig, consacrée aux revenus en dehors des prestations, place cette question au centre. Son intitulé suffit à rappeler une évidence parfois escamotée par les images de fête. Exercer ce métier demande aussi de savoir ce qui rémunère une création, comment fonctionne sa diffusion et comment financer la suivante.

Corosine évoque ainsi des échanges sur le streaming, les ressources à la disposition des artistes et la manière de réinvestir dans leur activité. Voilà des sujets dont la sécheresse apparente fait justement l’intérêt. Derrière un morceau disponible à l’écoute, il y a du temps, des dépenses, des droits et des décisions.
Le talent n’établit pas le budget à votre place.

À suivre
L’organisation affirme également avoir réservé un passage à une artiste issue des formations lors de chacun des deux concerts gratuits du OFF. Selon Corosine, les deux participantes ont pu jouer devant un public important et rencontrer des professionnels. Il rapporte leur découverte de questions aussi concrètes que le rôle d’un manager ou les démarches liées à leurs droits.

Ce passage de la formation à la scène donne une consistance au dispositif. Souad Kadi (aka Sue) et Hasna Mousstaid (Asna Hi-Way) en donnent un aperçu concret. Après cinq jours de formation avec l’association 4S, consacrés à la production, au DJing et au développement de carrière, elles racontent leur passage au concert d’ouverture.

Préparer sa sélection, observer le public, construire un warm-up adapté au coucher du soleil et préparer le terrain pour l’artiste suivant deviennent autant d’exercices pratiques. Elles insistent aussi sur les rencontres avec les artistes et les promoteurs, les relations qui se nouent et les recommandations qui peuvent ouvrir l’accès à une prochaine date.

Corosine dit vouloir prolonger le programme tout au long de l’année, jusqu’au prochain Moga. C’est l’engagement le plus intéressant à suivre. Combien de personnes auront encore un interlocuteur quelques mois plus tard ? Qui pourra montrer son nouveau morceau, demander conseil, trouver un lieu pour jouer ?

Le OFF tient là un sujet autrement plus passionnant que sa propre abondance. Une fois les scènes démontées, il restera peut-être une réponse à un message, un rendez-vous de travail, une nouvelle date. Pour un artiste qui commence, c’est déjà beaucoup. Encore faut-il que cela arrive.