SUIVEZ-NOUS

Edito

Une confiance qui vaut 10 milliards de dollars !

Publié le


Mis à jour le

90 milliards de dirhams ! Un chiffre qui fait rêver… Du temps où le dollar se traitait à neuf dirhams, on aurait pu dire 10 milliards de dollars. Avouez que ça claque ! Ça déchire ! Surtout pour les (désormais) vieux / vétérans observateurs de l’économie marocaine, habitués à s’extasier devant une licence ou une privatisation télécoms entre un et deux milliards de dollars ou encore une offre publique de retrait ou une transaction de vente à plus d’un milliard…
Deux chiffres en milliards de billets verts est un phénomène assez rare pour voir (déjà) la vie en rose. Il y en a même parmi nos respectables Conseillers (pas des simplets) qui pensent que c’est un trésor qui va directement atterrir dans les caisses de la Trésorerie générale. Pourtant, 90 milliards de dirhams, moins des poussières (de phosphates), c’est le chiffre d’affaires réalisé par OCP Group, sur les neuf premiers mois de l’année.
A ce rythme, le mastodonte du portefeuille public devrait aisément clôturer l’année à plus de 100 milliards de dirhams. Un seuil symbolique qui a déjà été certainement franchi: les lieutenants de Mostafa Terrab ont dû certainement bomber le torse en l’annonçant (en interne) dans les instances de gouvernance validant le budget de clôture : la période de janvier à septembre 2022 a été plus fructueuse que l’ensemble de l’année précédente, elle-même marquée par un chiffre d’affaires record à 84,3 milliards de dirhams (en hausse de 50% par rapport à 2020).
Sans verser dans une analyse financière poussée pour démêler les composantes de cette performance impressionnante, disons qu’elle résulte d’une conjoncture mondiale exceptionnelle. Pour faire vite, c’est la hausse inédite des prix à l’international qui a dopé les produits d’exploitation de la première firme marocaine, dont les volumes écoulés ont été moindres qu’auparavant. C’est cette même hausse vertigineuse qui fait que les prix du mazout et de l’huile flambent et que ceux de la baguette et du butane restent maintenus sous compression par les bonnes grâces de la Caisse de compensation, un organisme en voie d’extinction avec le futur RSU.
Mais si l’OCP a pu profiter de cette conjoncture, c’est que depuis des années elle s’est frayé une place de choix dans l’échiquier géo-politico-économico- social planétaire… En 2006, quand un certain Mostafa Terrab est arrivé au 4e étage du siège de l’Office chérifien des phosphates, ce dernier était figé dans le temps comme le prix de sa roche qui n’a pas bougé des 30 dollars applicables depuis les années 1970. Le manager a piloté une métamorphose en profondeur de cette société publique ; il a dû livrer des batailles pour défendre ses choix stratégiques et se démener pour lever les financements à même de lui donner les moyens et ressources pour ses ambitions. Sa stratégie gagnante permet aujourd’hui à l’OCP de se positionner en market-maker des phosphates, d’acteur incontournable dans l’enjeu de la sécurité alimentaire de la planète. Et bien plus que cela, il a sorti l’OCP de sa zone de confort pour en faire un symbole du soft-power marocain en Afrique ou dans le reste du monde.
Aussi brillant que peut être l’ancien patron de l’ANRT et conseiller de la Banque Mondiale, Terrab n’aurait jamais pu accomplir une telle prouesse s’il n’avait pu édifier sa stratégie brique par brique. Il a eu le temps de la déployer, tout en œuvrant pour aller vite… La success story de l’OCP est la démonstration qu’une confiance durable peut générer des milliards… en dollars SVP.