Au Royaume
«Nous avons été victimes d’un complot»
Bassir, Bassir, hou…hou… Les tribunes scandaient son nom alors qu’il faisait trembler les filets des équipes adverses. Le buteur des Lions de l’Atlas se remémore le Mondial 1998.

• Avez-vous toujours ce sentiment qu’on vous a volé la qualification en cette Coupe du monde en France ?
Tout à fait ! Nous aurions pu nous qualifier au deuxième tour, si ce n’était le complot du Brésil et de la Norvège, dont nous avons été victimes. Tout le monde était certain de notre qualification, après notre victoire écrasante sur l’Écosse et alors que le Brésil menait 1 à 0 face à La Norvège jusqu’à à la 78e minute. La suite, on y a assisté impuissant : la défense brésilienne a ouvert ses couloirs aux attaquants norvégiens qui ont marqué l’égalisation avant de se voir offrir un penalty à la 89e minute. Elle s’est ainsi qualifiée à nos dépens sans le mériter…
• Vous avez failli ne pas participer à ce Mondial. Votre club ne voulait pas vous libérer ?
J’ai vécu d’innombrables problèmes avec mon équipe saoudienne, Al Hilal. Le club a toujours refusé de me libérer pour jouer pour l’équipe nationale à une époque où ce n’était pas encore obligatoire par la FIFA. La situation s’est aggravée lorsque je n’ai pas pu assister à la réception dont nous a fait l’honneur feu le Roi Hassan II, après notre qualification pour la Coupe du monde. Il a été surpris, que Dieu ait son âme, de mon absence. Et lorsque les officiels lui ont expliqué qu’Al Hilal a refusé de me permettre de me rendre au Maroc, il est intervenu personnellement pour me libérer de cette équipe.
• La performance de ce groupe s’explique-t-elle par sa bonne entente ?
Effectivement, l’entente et l’harmonie régnaient entre tous les joueurs de l’équipe nationale. Mais il y a aussi l’expertise et l’expérience de l’entraîneur Henri Michel, qui traitait tout le monde avec bienveillance, résolvait tous les problèmes et essayait autant que possible d’améliorer les manquements de certains joueurs. Je me souviens qu’après la défaite contre le Brésil, il s’est sérieusement pris la tête avec le gardien remplaçant, feu Abdelkader Labrazi, qui estimait qu’il était capable de jouer en tant que titulaire. L’incident a pris une ampleur telle que les dirigeants ont dû prendre des mesures disciplinaires contre Labrazi. Sauf après la victoire contre l’Ecosse, Henri Michel a été le premier à intervenir pour qu’on pardonne à Abdelkader, que Dieu ait son âme.
• Votre meilleur souvenir durant ce Mondial ? Les deux buts inscrits contre l’Ecosse ?
Evidemment, je n’oublierais jamais ces deux buts. Mais mon meilleur souvenir est l’accueil royal qui nous été réservé à notre retour au Maroc. Nous avons été décorés par feu le Roi Hassan II. Nous avons également reçu la sympathie du public marocain et même le public international qui a été scandalisé par le complot dont nous avions été victimes et qui nous a privés de la chance d’aller plus loin dans cette compétition.
