Start-up : le grand défi du financement…
1 décembre 2017
Loubna Chihab (185 articles)
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Start-up : le grand défi du financement…

Le PLF 2018 offre des avantages fiscaux pour les prises de participation dans les start-up. Le fonds MNF investit généralement entre 1 et 5 MDH par société. Grâce au fonds Innov Invest, 700 millions de DH seront investis dans des start-up.

Un startupper a plus ou moins envie de changer le monde, du moins bouleverser les règles d’un marché, misant sur le caractère disruptif et révolutionnaire de son projet. Au Maroc, ils sont des milliers de porteurs de projets innovants qui aspirent à créer leurs start-up, mais ils sont surtout nombreux à voir leurs idées mourir dans l’œuf. Et pour cause, leur difficulté à trouver les fonds et/ou l’accompagnement nécessaires pour mener à bien leurs projets. Selon Adnane Addioui, directeur d’Enactus Morocco et président du Centre marocain pour l’innovation et l’entreprenariat social (CISE), «le développement de l’innovation, notamment lors des premiers stades de vie des start-up, se heurte à des difficultés d’accès aux sources de financement adaptées». En effet, ces phases les plus sensibles de la vie d’une start-up innovante, qui sont caractérisées par un niveau élevé de risque et nécessitant une mobilisation significative de ressources financières, sont les moins servies par l’offre actuelle, en dettes ou en capital, proposée par les acteurs de financement .

«Jusqu’à aujourd’hui, l’offre de financement publique pour les start-up était limitée. Le système bancaire n’étant pas, de son côté, adéquat à ce type d’investissements. Devant la rareté des ressources, certaines start-up ont même opté pour un financement étranger», martèle M. Addioui. En effet, le financement bancaire n’est pas adapté à une structure telle que la start-up. Les banques financent les entreprises si elles arrivent à quantifier et maîtriser le risque, ce qui n’est pas le cas de la start-up qui tout au long de son évolution fait face à divers risques.

Mais «les pouvoirs publics sont devenus conscients du potentiel des start-up marocaines et de l’écosystème d’innovation dans la création de valeur ajoutée et d’emplois pour l’économie marocaine», explique Dounia Boumehdi, directrice générale de MITC capital, société de gestion de Maroc Numeric Fund. Pour preuve, le projet de Loi de finances 2018 offre dorénavant des avantages fiscaux pour les prises de participation dans cette catégorie d’entreprises. En effet, la mesure proposée qui faisait état d’un crédit d’impôts pour toute participation dans le capital d’une start-up, dans la limite de 100000 DH a été relevée à 200 000 DH pour attirer plus de business angels.

MNF a accompagné 17 start-up depuis sa création

Quoi qu’il en soit, parmi les rares moyens de financement disponibles jusqu’ici figure Maroc Numeric Fund, un fonds de capital risque/amorçage opérationnel sur le marché sur les quatre dernières années, ou les prêts d’honneur octroyés par certains acteurs de l’écosystème. A noter que deux autres fonds, Intilak et Tatwir gérés par le Centre marocain de l’innovation (CMI) ont été suspendus il y a quelque temps déjà.

Issu d’un partenariat public privé, Maroc Numeric Fund est un fonds d’investissement lancé en 2010, destiné à financer des start-up opérant dans les technologies de l’information et de la communication. 17 start-up ont été financées jusqu’ici, dont certaines sont devenues leaders dans leur secteur d’activité au Maroc, avec des projets d’expansion intéressants pour certaines à l’international. Pour soumettre son projet auprès de MNF, le postulant doit remplir un formulaire téléchargeable sur le site du fonds. Entre autres, il lui est demandé de renseigner l’état d’avancement de son projet, la taille de son marché, le modèle économique de son entreprise, etc. Ces informations sont par la suite examinées par le comité de gestion du fonds qui doit trancher sur l’éligibilité du projet conformément à la stratégie d’investissement du fonds. Si le projet est retenu, un accord de confidentialité est envoyé à l’entreprise candidate. Une fois ce dernier signé par les deux parties, le porteur du projet envoie son business plan avec les prévisions financières détaillées. A préciser que le porteur du projet doit obligatoirement se baser sur le modèle de business plan fourni par MNF (téléchargeable à partir du site également). La sélection des projets est basée sur des critères de divers ordres mais les critères les plus déterminants sont la qualité et l’engagement de l’équipe fondatrice, la taille et le potentiel du marché visé, les possibilités de sorties pour le fonds, la crédibilité  du business plan. Au plus tard 15 jours après l’envoi des documents, l’équipe du fonds reçoit les  porteurs du projet.

En termes de levées, le fonds investit généralement entre 1 à 5 MDH par société. Mais quel que soit le montant consenti, et à l’instar de tout fonds de capital-risque, la participation du fonds demeure minoritaire, allant de 10 à 40% maximum. Par ailleurs, si le projet est vraiment accrocheur, l’entrepreneur peut drainer davantage d’investissements grâce au MNF club. Un club de business angel mis en place spécialement pour investir aux côtés du fonds. Comme pour le MNF, ces business angels investissent moyennant une prise de participation dans le capital de la société financée. C’est le cas, par exemple, du portail Majalatouki.com qui a réussi à lever auprès de Maroc Numeric Fund 2,6 MDH et 1,3 MDH auprès des clubs de business angel.

Le fonds Innov Invest, tout un écosystème

Dans une logique de continuité du renforcement de l’offre de financement pour les start-up, un nouveau fonds vient de voir le jour au plus grand bonheur de la sphère des startupper. Il s’agit du fonds Innov Invest, un dispositif de financement de l’amorçage et de l’innovation, mis en place par la Caisse Centrale de Garantie (CCG), ciblant les start-up et entreprises innovantes. Grâce à ce fonds, 4 nouveaux fonds de capital-risque seront dorénavant actifs dans le secteur du capital amorçage-risque avec une enveloppe de plus de 700 millions de DH prêts à être investis dans des start-up innovantes, dont 2 fonds initiés dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêts lancé par la CCG; à savoir Azur Innovation et Seaf Morocco Growth Fund, ainsi que 2 autres fonds retenus dans le cadre du guichet soutien aux initiatives privées: MNF Capital et Green Innov Invest. «Dans chacun de ces 4 fonds, il y a des investisseurs locaux et étrangers engagés qui se sont, par eux-mêmes, mobilisés pour contribuer à la mise en place de ces véhicules. Pour l’accompagnement des porteurs de projets et start-up, durant les phases initiales, 6 structures d’accompagnement ont été labellisées par la CCG pour cette première édition. Il s’agit de APP Editor, Cluster Solaire, Impact Lab, R&D Maroc, Réseau Entreprendre Maroc et StartUp Maroc», explique M. Addioui.

En fonction du stade de maturité de l’innovation, le Fonds Innov Invest, à travers le réseau de partenaires de la CCG, offre deux types d’interventions. Pour les premiers stades de l’innovation «pré-amorçage», les structures d’accompagnement labellisées devront assurer, via les ressources du Fonds Innov Invest, le financement des porteurs de projets sous forme d’aide financière : à travers le produit «Innov Idea» plafonné à 100 000 DH par porteur de projet et 200000 DH si le projet est portée par plusieurs entrepreneurs. Ou de prêts d’honneur (prêt sans intérêts et sans sûretés) à travers le produit «Innov Start» plafonné à 250000 DH par porteur de projet et allant jusqu’à 500000 DH en cas de plusieurs entrepreneurs. Ces financements couvrent les dépenses liées aux premiers stades des projets, notamment tout ce qui concerne les frais d’abonnement, de location, de formation ou encore de prototypage et de marketing. Notons que le financement est conditionné par la conclusion d’une convention d’accompagnement entre la start-up éligible et la structure labellisée par la CCG.

Pour les stades d’amorçage et de capital-risque, les 4 nouveaux fonds d’investissement seront dédiés au financement des start-up innovantes via des prises de participations. En plus de ces interventions, il est prévu des financements de la CCG via des dettes intelligentes sous forme d’avances remboursables «Innov Risk» et de prêts participatifs «Innov Dev» qui seront consenties à des conditions avantageuses. Pour cela, le Fonds Innov Invest s’est doté d’une enveloppe de 500 MDH, dont 300 MDH seront injectés dans les 4 fonds d’investissement précités et auxquels s’ajouteront des participations d’investisseurs locaux et étrangers de plus de 400 millions de DH.

Qui est éligible ? Tous les secteurs d’activité sont ciblés à conditions que les projets soient innovants, à fort potentiel de croissance et que l’entreprise existe depuis moins de 5 ans. Ces projets innovants seront qualifiés et validés par les acteurs de l’écosystème avec lesquels la CCG a développé des partenariats et dont les contacts sont affichés sur le site web de la CCG.

Le privé se mobilise aussi

Du côté du secteur privé, on assiste à une multiplication d’initiatives accompagnant les start-up dans leur cycle de vie, notamment des programmes d’incubation et d’accompagnement, l’hébergement des start-up dans des structures comme les technoparks et autres working spaces. Ces derniers sont d’ailleurs de plus en plus nombreux ces dernières années. Il faut dire que les avantages qu’offrent ces espaces constituent une réelle aubaine pour les porteurs de projets : rationaliser les coûts pour se concentrer sur l’essentiel, à savoir la communication et le développement du business ; une étape cruciale, vitale même, lors du lancement de n’importe quel projet.

Certains de ces espaces de coworking ont même la double casquette d’incubateur. En contrepartie d’un espace à utiliser gratuitement, d’un accompagnement et d’un financement, l’espace de coworking s’associe au projet de l’entrepreneur. Le coworking tend alors vers la co-création. Là encore la sélection des porteurs de projets est de mise. Le projet devra donc être créatif, adapté à l’environnement et répondre à des besoins existants ou latents. Dans ce sens, New Work Lab, par exemple, a accompagné plus de 60 entrepreneurs jusqu’à présent ; 120 devront être atteints d’ici la fin de l’année.

Toujours dans le domaine de l’incubation, on pourrait citer l’exemple de Seed Stars. Cet incubateur présent dans 23 pays, et fraîchement installé au Maroc, compte aussi amener sa pierre à l’édifice. «Chez Seedstars, on recherche des entreprises qui ont un potentiel de création de rendement exponentiel, les incuber suppose aussi investir dedans d’une part, et les aider à se déployer dans les 23 pays dans lesquels on est présent», explique Ismael Bargach, Country manager director.

La Chambre française de commerce et d’industrie a lancé, en octobre dernier, son programme d’appui aux start-up «Kluster CFCIM», qui constituera le point d’ancrage d’une communauté de start-up africaines. Dans ce cadre, 5 start-up seront sélectionnées et bénéficieront d’un dispositif d’accompagnement complet, incluant hébergement en incubateur, formation, mentoring, networking, financement, etc. Les entreprises sélectionnées auront aussi la possibilité d’être hébergées, pour 18 mois au maximum, dans un espace dédié (équipé de bureaux, connexion internet, etc.) au siège de la CFCIM, en plein centre-ville de Casablanca. Ces start-up bénéficieront également d’un package de services offerts par la CFCIM (adhésion de deux ans gratuite, assistance juridique, relais sur les canaux de communication de la CFCIM, etc.), ainsi que d’ateliers et de séminaires de formation animés par des experts. Et pour répondre à la problématique de la recherche du financement, la CFCIM a également créé le Club de Business Angels, regroupant une dizaine de personnes. Les entrepreneurs sélectionnés auront l’opportunité de présenter leur projet à ces Business Angels qui —sous réserve de déclaration d’intérêts des Business Angels— pourront leur apporter les fonds nécessaires au développement de leurs activités.

Le projet de loi régissant cette activité aurait été préparé et soumis aux régulateurs du marché financier pour avis en vue de son adoption en 2018. Ce qui représenterait une réelle aubaine pour le monde des start-up ! En effet, le crowdequity, en tant que nouvelle source de financement pour les entrepreneurs, multiplie les chances de consolidation des fonds propres. Il se place comme un acteur clé du développement des start-up, notamment en remédiant à la réticence des acteurs traditionnels quant au financement des besoins des sociétés en phase d’amorçage. Le financement participatif permet également de gagner en rapidité et en souplesse, puisqu’il aide à lever des fonds rapidement. Un des atouts majeurs de ce moyen d’investissement est le contact direct avec les consommateurs. En participant à une campagne de crowdfunding, l’entrepreneur se soumet à l’approbation des internautes : elle permet de vérifier le succès et la réception du projet sur le marché. De cette manière, le financement participatif est devenu une véritable étude de marché ou un test grandeur nature. En France par exemple, près de 69 millions d’euros ont été investis dans les start-up via les plateformes de crowdfunding en capital en 2016.

Le ministère de l’Economie et des Finances a organisé, les 20 et 21 novembre à Skhirat, en partenariat avec le le Fonds Monétaire Arabe (FMA), l’Alliance pour l’Inclusion Financière (AFI) et la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), le Forum de Haut niveau sur le financement en capital-amorçage dans le monde arabe. La rencontre a réuni des représentants de plusieurs ministères (finances, industrie, travail, affaires sociales), des banques centrales, des autorités des marchés financiers, des institutions financières régionales et internationales, ainsi que des chercheurs et praticiens du secteur privé et de la société civile. La rencontre a notamment pour objectif «le renforcement et la diversification du financement des jeunes porteurs de projets innovants et des start-up». C’est ainsi que les participants se sont penchés sur les différents instruments et approches pour soutenir le financement de l’entrepreneuriat dans le monde arabe. D’autant plus que les TPE et les PME représentent à peine 9% du portefeuille de l’ensemble des banques arabes. A l’issue des travaux du forum, une série de recommandations a été formulée en vue de promouvoir un environnement propice au financement des start-up et des porteurs de projets innovants. Ces recommandations seront traduites en programme d’activités à fournir aux pays arabes, dans le cadre de l’Initiative pour l’inclusion financière dans le Monde arabe (FIARI). Nouvellement lancée, l’Initiative a pour finalité d’accélérer les interventions publiques et les activités en faveur de l’accès au financement dans les pays arabes. A ce titre, FIARI offrira une plateforme régionale pour une coordination effective, ainsi que le renforcement des capacités en termes de bonnes pratiques, à travers une approche d’apprentissage par les pairs.

 

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