Les TCN ne séduisent  plus autant les émetteurs
10 mai 2017
Loubna Chihab (129 articles)
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Les TCN ne séduisent plus autant les émetteurs

La production et l’encours des TCN ont augmenté mais la hausse est à relativiser, selon les opérateurs. Les émetteurs se réorientent vers les obligations et la titrisation au détriment des titres de créance négociable. La tendance devrait se poursuivre, selon les professionnels.

Le marché des titres de créance négociables a marqué une progression au premier trimestre 2017. Sur la base des dernières statistiques disponibles auprès de Bank Al-Maghrib, les émissions de TCN ont totalisé 3,6 milliards de DH à fin mars, contre 1,6 milliard à la même période en 2016. Toutefois, cette hausse est à relativiser, à en croire les professionnels. Selon eux, elle s’explique par un effet de base et est due à la réalisation d’un nombre limité d’opérations qui ne reflètent pas un regain de dynamisme du marché. «Le marché de la dette privée (incluant d’autres titres en plus des TCN) a été animé principalement par les émissions d’obligations (perpétuelles et subordonnées notamment) et les opérations de titrisation dont l’encours s’est bonifié de 4 milliards de DH pour atteindre113 milliards deDH», affirme un gérant de portefeuille de la place. En fait, le marché connaîtrait actuellement un net revirement des émetteurs en faveur des obligations et titrisation au détriment des TCN. Ces émetteurs, principalement des banques, cherchent à se financer en tirant profit d’une demande importante manifestée actuellement par les investisseurs. «Dans un contexte de liquidités bancaires moins tendu (voir encadré), les banques cherchent de plus en plus des moyens de financement adéquats. Contrairement aux titres de créance négociables, les obligations et opérations de titrisation constituent un moyen de financement à long terme, et sont considérés comme des quasi-fonds propres pour les banques (qui leur permettent donc d’améliorer leurs ratios de solvabilité). Elles leurs permettent également d’améliorer leurs taux d’emploi des ressources afin de gérer au mieux les risques bancaires», explique un autre gérant.

En détail, sur le marché des TCN, les émissions de billets de trésorerie ont chuté de 48%, à 422 MDH. En face, les bons des sociétés de financement affichent au compteur 650 MDH (contre 150 MDH en 2016), tandis que les certificats de dépôt émis par les banques se sont établis à 2,5 milliards de DH (contre 650 MDH en 2016).

Sur ce dernier compartiment du marché, trois établissements bancaires ont levé des fonds à fin mars (contre un seul l’année dernière) ; à savoir Crédit Agricole (1,5 milliard de DH), Crédit du Maroc (550 MDH) et BMCI (500 MDH). Les OPCVM et les établissements de crédit ont souscrit respectivement à hauteur de 1,05 et 1,5 milliard de DH. Le gros des levées a été fait à court terme avec des taux variant de 2,25% pour la maturité comprise entre 32 et 92 jours à 2,75% pour celle qui dépasse les 2 ans. A noter qu’à la même période de l’année dernière, le taux d’émission était de 3,5%.

Pour les billets de trésorerie (souscrits entièrement par les OPCVM), ce sont Alliances Darna (302,1 MDH), Oulmès (80 MDH), et Résidences Dar Saada (40 MDH) qui ont été actives  ce premier trimestre. En 2016, 390 MDH de plus ont été souscrits par Alliances Darna, Oulmès et Addoha. La plupart des émissions ont porté sur des durées de 32 jours à 182 jours, assorties d’un taux d’émission de 5,3%. Notons que ce taux est resté inchangé par rapport à la même période en 2016.

Quant aux bons de sociétés de financement, ils ont été émis par deux établissements, à savoir Sofac (150 MDH) et Eqdom (500 MDH), contre une seule émission de RCI Finance l’année dernière (150 MDH). Les établissements de crédit ont souscrit aux bons à hauteur de 63% (408,4 MDH) et les OPCVM à hauteur du reste (241,6 MDH).

Dans ces conditions, l’encours global des titres de créances négociables a légèrement augmenté à près de 56,7 milliards de DH (+1,4% par rapport à fin mars 2016). Il est principalement constitué des certificats de dépôts dont le poids est de plus de 75%, et dont l’encours a augmenté de 7%, à 42,6 milliards de DH. Les bons de sociétés de financement pèsent pour leur part 21,5%, avec un encours de 12,2 milliards de DH, en baisse de 14%. Quant aux billets de trésorerie, leur encours s’est déprécié de 7,4,%, passant de 2 à 1,8 milliard de DH.

L’encours des certificats de dépôts est composé des titres de quasiment toutes les principales banques de la place. C’est BMCE Bank qui dispose du plus grand stock avec près de 9,4 milliards de DH, suivie d’Attijariwafa bank avec 6,9 milliards de DH, CIH Bank avec 4,4 milliards, le FEC (4,1 milliards), SGMB (4 milliards), BMCI (3,7 milliards), Crédit du Maroc (2,6 milliards), CDG Capital (538 MDH) et CFG Bank (100 MDH). Le gros est souscrit par les OPCVM à hauteur de 66% et les établissements de crédit avec 26% du montant global. Les particuliers détiennent une part de 5,4% et les assurances et les organismes de prévoyance 2,6%.

L’encours des billets de trésorerie est, lui, constitué des titres d’Alliances Darna (973,6 MDH), Addoha (220,5 MDH), Label’Vie (200 MDH), Résidences Dar Saada (190 MDH), Oulmès (150 MDH), Jet Contractors (50 MDH), Dyar Al Mansour ( 50 MDH) et Valyans Consulting (20 MDH). Là aussi les gros souscripteurs sont les OPCVM avec un poids de plus de 75%, suivis de loin des entreprises non financières, des particuliers, des établissements de crédit et des assurances et organismes de prévoyance.

Enfin, l’encours des bons de sociétés de financement compte principalement les gros du secteur, notamment Eqdom (3,5 milliards de DH), Wafasalaf (1,9 milliards), Maghrebail (1,6 milliards) et Sofac (1,3 milliard). Ce sont toujours les OPCVM qui arrivent en tête des investisseurs (66%), suivis des établissements de crédit et des assurances et organismes de prévoyance.

Au volet perspectives, les analystes tablent sur une poursuite de cette tendance qui caractérise le marché de la dette privée. Les instruments «oblig&titrisation» devraient continuer à bénéficier des faveurs du marché. Notamment les obligations subordonnées et perpétuelles qui ont été récemment émises par de grands émetteurs de la place : Attijariwafa bank, OCP et récemment BMCE Bank. «Le recours à un emprunt par l’émission d’obligations subordonnées ou perpétuelles permet à l’émetteur de consolider sa structure financière notamment en lui conférant un traitement en capitaux propres par les agences de notation sous réserve du respect des conditions requises par elles», souligne un gérant obligataire.

Soutenue depuis trois années par la bonne dynamique des réserves de change, la liquidité bancaire voit ponctuellement son rythme de progression s’essouffler. En effet, le déficit des trésoreries bancaires a connu un creusement de 2,6 milliards deDH sur les trois premiers mois de l’année pour s’établir à 17,3 milliards de DH. Et pour cause, la méforme du commerce extérieur dont le déficit s’est creusé de 7,8 milliards de DH pour s’établir à 45,5 milliards de DH à fin mars, combinée à la faiblesse des dons reçus des pays du CCG qui se sont limités à 213MDH. De facto, l’encours des réserves internationales nettes accuse une baisse de 2 milliards de DH pour se situer à 250 milliards de DH. Dans ce contexte, et dans le but de maintenir les taux monétaires proches du taux directeur, la Banque Centrale a dû injecter, sur les trois premiers mois de l’année, un volume moyen de 15,5 milliards de DH de monnaie centrale, dont 11 milliards de DH servis sous forme d’avances à 7 jours. Ainsi, les taux monétaires ont traité en moyenne à 2,07% pour la pension livrée jj et à 2,26% pour le TMP interbancaire.

Depuis fin décembre 2016, les émetteurs ont levé sur le marché obligataire 8,85 milliards de DH. En détail, Attijariwafa bank a opéré une émission d’obligations subordonnées de 1,5 milliard de DH. L’objectif de l’émission étant de renforcer ses fonds propres réglementaires actuels et, par conséquent, renforcer le ratio de solvabilité, ainsi que de poursuivre sa stratégie de développement à l’international au Maghreb, en Afrique Centrale et Occidentale et sur le marché domestique en développant la bancarisation, le financement des grands projets du Royaume et le financement du retail par les crédits acquéreurs et l’équipement des ménages. Pour sa part, l’OCP a procédé à une émission obligataire subordonnée perpétuelle d’un montant de 5 milliards de DH. Le recours à cette émission s’inscrit dans une stratégie visant à optimiser l’accès au marché des capitaux et diversifier les sources de financement. Le groupe entend à travers cette levée satisfaire une partie de ses besoins en financement dans le cadre d’un programme d’invetissement portant sur un montant d’environ 200 milliards de DH sur la période 2008-2025. Immolog a quant à elle émis un emprunt obligataire de 350 MDH, afin d’optimiser ses ressources financières. Enfin, Ciment de l’Atlas a fait une émission obligataire de 2 milliards de DH afin de procéder à un reprofilage de l’encours de sa dette privée à travers l’émission de nouvelles obligations réservées aux porteurs des obligations existantes. Il est à noter qu’à la même période de l’année dernière, aucune émission obligataire n’a été enregistrée.

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