Le patrimoine financier des ménages en décélération
9 août 2017
Loubna Chihab (151 articles)
0 Commentaire
Partager

Le patrimoine financier des ménages en décélération

Le patrimoine financier des ménages s’est établi à 736 milliards de DH à fin 2016, en hausse de 5,2% contre près de 7% en 2015 et 2014. L’encours des crédits immobiliers ralentit malgré la baisse des taux d’intérêt et la stabilisation des prix des actifs immobiliers.

Le patrimoine financier des ménages marocains s’est établi à plus de 736 milliards de DH à fin 2016, en croissance de 5,2% par rapport à 2015. C’est ce qui ressort de la dernière analyse réalisée par Bank Al-Maghrib dans son rapport annuel sur la stabilité financière. Le rythme de progression est moins soutenu que ces 2 dernières années (7,1% en 2015 et 6,8% en 2014). Cette décélération est majoritairement attribuable à un ralentissement de la croissance des dépôts bancaires, principale composante de ces actifs, ramenée à 5,6% après une croissance moyenne de 6,6% au cours des deux dernières années. Les dépôts bancaires des ménages ont évolué différemment selon leur nature. Ainsi, les dépôts à vue non rémunérés (plus de 50% des dépôts) ont continué d’observer une croissance vigoureuse avec une hausse de 8%, soit un 1 point de plus qu’en 2015. S’agissant des placements en comptes d’épargne, les ménages ont continué de s’y intéresser, mais à un rythme moins soutenu avec une progression de 6%, contre une moyenne de 12% enregistrée au cours des dix dernières années. Pour leur part, les dépôts à terme, totalisant 103 milliards de dirhams, ont connu une baisse de 5% enregistrée pour la première fois depuis 2009 en lien avec la baisse de la rémunération proposée par les banques. Dans ce sillage, notons que les taux appliqués aux DAT, qui sont librement négociables, ont enregistré un repli en 2016 en raison de l’amélioration de la situation de liquidité des banques, le ralentissement du crédit et la baisse des taux de refinancement auprès de BAM suite à la révision à la baisse du taux directeur. Actuellement, le taux des placements sur 6 mois est de 2,74% contre 3,22% l’année précédente. Sur 12 mois, ce taux est de 3,14% (3,47% en 2016)Hormis les dépôts bancaires, les placements des ménages en valeurs mobilières ont augmenté de 9% en 2016, provenant quasi intégralement de la progression de 9% des titres de propriété, dont le poids représente 89% de ces placements. Les titres de créances privés, représentant près de 9% des valeurs mobilières détenues par les ménages ont, quant à eux, progressé de 21%.

La dette financière des ménages représente 30% du PIB

La décélération est aussi au rendez-vous au volet endettement. En effet, la dette financière des ménages, contractée auprès des banques et des sociétés de financement, s’est renforcée de 4,3% l’année dernière, à 309 milliards de DH, soit 0,8 point de moins qu’en 2015. Rapportée au PIB, la dette financière des ménages s’est maintenue aux alentours de 30%. Selon une étude benchmark effectuée par la Banque centrale, ce ratio est plus élevé que celui des pays en développement et émergents. Toutefois, il demeure inférieur au niveau observé dans les économies avancées (au Royaume-Uni, ce ratio s’élève à 179%). Globalement, la répartition de la dette financière est restée stable. En moyenne, les crédits à l’habitat ont représenté, comme les trois dernières années, environ 64% de l’encours global, avec un encours totalisant 199 milliards de DH, contre 36% pour les crédits à la consommation, avec un encours de 110 milliards de DH.

Les crédits contractés pour le financement de l’achat de biens immobiliers ont poursuivi leur décélération entamée depuis 2010. Après une croissance moyenne de 9,2% sur la période 2010-2014 et de 5% en 2015, l’on est passé à 4,8% une année plus tard. Ceci intervient malgré un accroissement des nouveaux crédits contractés en 2016 de 8,8% (favorisé par la baisse des taux d’intérêts) après une baisse de 1,6% en 2015 et une quasi-stabilisation des prix des actifs immobiliers résidentiels après une hausse de 1,7% une année auparavant.

Profitant de cette conjoncture favorable, les ménages ont continué à préférer l’endettement à taux fixe. Ce dernier représente la quasi-totalité de leurs crédits à l’habitat contractés en 2016. De fait, l’engouement pour les taux variables n’est plus d’actualité. Alors qu’en 2007, la moitié de l’encours des crédits accordés consistait en prêts à taux variable, la tendance a nettement changé au fil des années: en 2010, 84% des crédits nouvellement souscrits l’ont été à des taux fixes. Une situation expliquée par la faiblesse historique des taux des crédits immobiliers au Maroc, qui rend les taux fixes attractifs, aux dépens de ceux variables dont l’aspect volatil freine les emprunteurs. Cette tendance des taux variables n’est pas prête de changer en 2017, compte tenu de la situation toujours confortable des liquidités bancaires et le maintien du taux directeur à 2,25%.

En tout cas, les ménages contractent des crédits immobiliers sur des durées de remboursement de plus en plus longues, reflétant une relative pression sur leurs revenus. En effet, 62% de l’encours des crédits sont d’une durée de remboursement de 20 à 30 ans ; soit 4 points de plus qu’une année auparavant et 6 points de plus qu’en 2014. En face, les crédits d’une durée de 10 à 20 ans représentent 33%, contre 35% en 2014.

L’analyse du profil des bénéficiaires de ce type de crédits fait ressortir une baisse de la part des ménages percevant un revenu inférieur à 4000 DH, à 33% contre une moyenne de 37% entre 2013 et 2015. La part de la catégorie dont le revenu est compris entre 4 000 DH et 10 000 DH a augmenté à 38% contre une moyenne de 35% sur les 3 dernières années. Enfin, les ménages dont le revenu est supérieur à 10 000 DH ont bénéficié de 29% des crédits, en baisse de 1 point par rapport à 2015. A noter que la majorité des bénéficiaires de ces crédits sont des salariés et des fonctionnaires avec une proportion de 77%.

Le taux d’impayés a reculé à 7,3% Pour sa part, l’encours du crédit à la consommation a augmenté de 3,2%, à 110 milliards de DH, contre 5,8% en 2015. Cette dette est destinée, essentiellement, au financement des projets personnels, avec une part de 63%, puis aux achats de voitures (36%). A l’instar des crédits à l’habitat, les particuliers recourent de plus en plus à des crédits à la consommation à échéances de remboursement plus longues. Ainsi, la part des crédits contractés sur des maturités dépassant 5 ans est passée de 49% en 2009 à 66% en 2015. Ils sont suivis par ceux destinés à l’acquisition de voiture avec une proportion de 33%.

Par milieu de résidence, les ménages résidant au Maroc ont totalisé une dette de 288 milliards de DH, soit une hausse de 4,5% en 2016 (pareille qu’en 2015). Rapportée au PIB, la dette de cette catégorie tourne autour de 28% au cours des cinq dernières années. A côté, la dette cumulée par les MRE s’est élevée à 20,7 milliards de dirhams pour représenter près de 33% de leurs transferts. Ce ratio est resté quasi stable depuis 2011.

Notons enfin que le taux de défaut de paiement est passé à 7,3% après 7,5% en 2015, témoignant du recul des défauts sur les crédits à l’habitat. Rappelons que le taux de défaut correspond à la part des dettes en souffrance rapportée à l’ensemble de la dette financière. Ainsi, le taux de défaut des ménages a atteint 5,8% pour les prêts à l’habitat et 9,9% pour ceux à la consommation, contre 6,1% et 10% respectivement une année auparavant. Dans le même sillage, le taux de défaut des ménages non résidents s’est établi à 7,8% contre 8,2% en 2015.

La ventilation des ménages bénéficiaires de crédits à la consommation est restée globalement stable. La catégorie des fonctionnaires demeure celle qui contracte le plus de crédits, avec une part de 46% en 2016 contre 43% en 2015. En deuxième position, les salariés constituent près de 35,6% (36% en 2015). Pour leur part, les retraités et les personnes exerçant une profession libérale représentent respectivement 9% et 6,6%. Par ailleurs, les ménages qui affichent les taux d’endettement les plus importants sont ceux disposant de revenus plus élevés. En effet, ceux dont les salaires dépassent 10 000 dirhams sont endettés à hauteur de 41,3% de leurs revenus, ceux dont le salaire est compris entre 4 000 et 10 000 DH disposent d’une dette avoisinant 35,4% de leurs revenus tandis que ceux avec un revenu inférieur à 4 000 dirhams ont un taux d’endettement moyen situé à près de 23,2%.

Dans le cadre de son rapport annuel, la Banque centrale a effectué une analyse de l’endettement financier portant sur 188964 dossiers de crédits à la consommation pour des particuliers ayant renouvelé ou contracté un nouveau crédit en 2016. Il en ressort un taux d’endettement moyen pour l’ensemble de ces dossiers de 31%, reflétant un niveau d’endettement quasi-similaire à celui calculé pour les données analysées en 2015. En faisant une ventilation par tranche d’âge, il en ressort que les individus les plus endettés appartiennent à la tranche d’âge comprise entre 41 et 60 ans, avec une part de 55,7%. Le taux d’endettement moyen se situe à 32,1% pour la tranche d’âge de 41 à 50 ans et de 33,5% pour celle allant de 51 à 60 ans. Les personnes âgées de plus 60 ans ont une charge d’endettement moyenne de 30,3% et représentent 12,9% du total des bénéficiaires. Les jeunes de 31 à 40 ans ont un taux d’endettement de 27,8%, avec une part de 21,3%, alors que les plus jeunes, qui ont moins de 30 ans, sont endettés à hauteur de 23,8% et ne représentent que 10% de l’ensemble des dossiers examinés.

Commentaires

0 Commentaire Soyez le premier à donner votre avis

Commentez cet article

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *