Crowdfunding, une alternative au financement classique
19 avril 2018
Loubna Chihab (229 articles)
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Crowdfunding, une alternative au financement classique

Un cadre légal dynamisera ce mode de financement particulièrement adapté aux petits projets. Les appels de fonds sont effectués sur une plateforme en ligne qui collecte l’argent et le reverse par la suite au porteur de projet. Quelques plateformes ont déjà commencé à s’intéresser au marché local.

Il y a seulement une dizaine d’années, financer son projet supposait casser sa tirelire, frapper à la porte de son banquier ou ouvrir son capital à des investisseurs pour lever les fonds nécessaires. Il n’existait pas d’autres solutions…jusqu’à ce que le crowdfunding s’invite dans le paysage. Une alternative au financement qui se veut “désintermédiée”, puisqu’il se fait sans l’aide des acteurs traditionnels de financement.

Littéralement, le crowdfunding signifie «financement par la foule», traduit en français par «financement participatif». Une méthode permettant à des entreprises, start-up, particuliers ou associations de faire appel au grand public pour soutenir financièrement un projet. Les contributeurs, communément appelés “backers” dans le jargon du crowdfunding, apportent leurs pierres à l’édifice. Le procédé permet donc de récolter facilement et surtout rapidement les fonds qui feront voir le jour au projet.

Concrètement, les appels de fonds s’effectuent sur une plateforme en ligne qui collecte l’argent et le reverse par la suite au porteur de projet, après déduction des frais de la plateforme et du partenaire de traitement des paiements. C’est d’ailleurs l’une des plus grandes forces de ce type de financement. La combinaison de la technologie numérique et des process développés par des analystes permet de traiter les dossiers très rapidement.Les plateformes de crowdfunding étudient chaque projet en profondeur. Une fois la phase de sélection réussie, le projet est présenté au public. Certains y mettront des dizaines de billets, d’autres des centaines ou des milliers. Les seuils et les plafonds varient selon le projet. Quelques heures ou quelques jours suffisent à récolter les fonds demandés. Puis, la plateforme débloque l’argent au bénéfice de l’entreprise. Entre le dépôt du dossier et la réception des sommes, le temps qui s’écoule est particulièrement court si l’on compare avec les établissements bancaires traditionnels.

Définir avec précision le budget à lever est primordial

Il existe quatre grands modèles de crowdfunding :

– le don ou crowdgiving qui permet de collecter des dons sans contrepartie. Cela concerne surtout des projets caritatifs, associatifs, etc ;

– la récompense ou reward-based crowdfunding qui est un modèle de don avec contreparties. Le porteur de projet s’engage à remettre des contreparties, matérielles ou symboliques, en échange du montant collecté ;

– l’investissement participatif ou l’equity crowdfunding permet aux investisseurs d’investir dans des entreprises et d’en devenir actionnaires ;

– le prêt ou le crowdlending qui est un mode où le porteur de projet doit rembourser, avec ou sans intérêts, les internautes. Un modèle souvent utilisé par des PME ou entrepreneurs qui souhaitent rénover des locaux, investir dans du matériel, etc. 

Sur certaines plateformes, si le porteur de projet n’atteint pas cette somme en promesses de dons ou préventes, l’ensemble de la campagne est annulée : c’est le principe du «tout ou rien». En clair, les personnes qui s’engagent à soutenir un projet n’auront rien à payer si l’objectif de financement du projet n’est pas atteint.

D’autres plateformes proposent des campagnes dites flexibles, où le porteur de projet encaisse la somme, que l’objectif de financement soit atteint ou pas, sauf qu’en contrepartie  la commission prélevée par la plateforme est bien plus importante.

Et le Maroc dans tout cela?

Après plusieurs années d’attente, un projet de loi visant à cadrer le domaine, vient d’être finalisé il y a tout juste quelques semaines (cf. encadré). C’est le fruit de la collaboration entre le ministère de l’économie et des finances et la Fédération marocaine de crowdfunding (cf. encadré).

«Officiellement jusqu’à ce jour, le crowdfunding ne peut pas opérer au Maroc puisqu’il n’existe pas de réglementation pour réguler cette activité de financement. Il n’y a donc pas encore  d’opérations de crowdfunding en investissement. En revanche, sur ces quatre dernières années, il y a eu quelques opérations de crowdfunding en dons réalisées pour des projets associatifs, culturels et sociaux, et cc à partir de plateformes qui oprent en France», confie Emmanuel Exposito, directeur général délégué en charge des opérations à Afineety, une plateforme de crowfunding marocaine et membre de la Fédération marocaine de crowdfunding –CMF.

Après plusieurs années d’étude, le cadre juridique commence à prendre forme. Le texte prévoit, tout d’abord, la création du statut de gestionnaire de plateformes de financement collaboratif (PFC) – en l’occurrence les sociétés de financements collaboratifs (SFC). Il définit aussi le dispositif d’agrément par l’administration des SFC et de supervision des activités de financement collaboratif. Un dispositif assuré par la Banque Centrale pour les activités de prêt et de don et par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) pour les activités d’investissement en capital. Le texte prévoit également les procédures et les modalités de création et de fonctionnement des PFC, et la définition des engagements et des obligations des SFC en matière d’information du public, de publicité, et de reporting, par exemple. Il fixe aussi les règles à respecter en matière de vérification préalable des projets à financer, de sécurisation des transferts et de protection des contributeurs et fixe également l’établissement de plafonds en termes de montants à lever par projet et par contributeurs pour les différentes formes de financement. Enfin, le texte prévoit la définition de règles spécifiques à chacune des trois formes de financement collaboratif ; à savoir l’investissement, le prêt et le don.

A partir de 2014 des plateformes de crowdfunding commencent à s’intéresser à l’Afrique et spécifiquement au Maroc. Afineety, Smala & Co, Cotizi et Atadamone étaient les premières plateformes à voir le jour, malgré le vide juridique. Elles ont dû s’adapter, d’une manière ou d’une autre, au cadre législatif actuel. Cotizi, par exemple, a développé un système où les associations, n’ayant pas eu l’autorisation du Secrétariat général du gouvernement, peuvent demander à la plateforme de récolter les fonds en leur nom. La société leur fournit ensuite, non pas le montant en cash, mais directement les biens ou services pour lesquels l’argent a été récolté. A noter dans ce sillage qu’une loi de 1971 impose aux associations de demander une autorisation pour tout appel aux dons. Tout site marocain spécialisé dans le financement collaboratif devrait donc solliciter le Secrétaire général du gouvernement pour chaque projet soutenu.

Smala & Co, elle, avait décidé de se localiser en France pour éviter les contraintes juridiques au Maroc, permettant ainsi aux porteurs de projets, où qu’ils soient au Maroc, de réaliser un appel public au don en France, dans le cadre de l’ordonnance française d’octobre 2014 relative au crowdfunding, en toute légalité. Mais la plateforme a dû suspendre son activité l’année dernière, suite aux évolutions réglementaires en France. A l’origine de cette suspension figure une ordonnance de l’État français pour renforcer la lutte contre le blanchiment d’argent, entrée en vigueur le 1er janvier dernier

Afineety, pour sa part, est une plateforme au continent africain, opérant dans l’equity crowdfunding et dont la vocation est de permettre à des start-up de trouver des financements sur des plateformes. «Dans l’attente de la mise en place du cadre réglementaire, nous proposons un espace de promotion, de networking et de services aux entreprises en phase d’amorçage et de développement, pour se préparer, notamment, à une opération d’investissement, avec des professionnels de l’investissement», enchaîne M.Exposito.

Quoi qu’il en soit, tous les acteurs s’unissent pour affirmer que le crowdfunding a de beaux jours devant lui au Maroc, mais il reste tributaire du  tant attendu cadre réglementaire.

La Fédération marocaine de crowdfunding –CMF-s’est constituée en 2017, avec une mission claire : développer le crowdfunding au Maroc. Se fixant pour objectif d’informer les citoyens, les entrepreneurs et les acteurs économiques et politiques sur ce type de financement. Accompagner le développement des premières plateformes de financement collaboratif et surtout d’être une force de proposition auprès des autorités de régulation, d’attribuer un label de confiance aux opérateurs et d’être une courroie de transmission entre les autorités de régulation et les opérateurs.

«Que le porteur de projet soit proactif, qu’il sache animer.Le simple fait de publier son projet sur une plateforme ne garantie, en rien, le succès d’une opération de levée de fonds», confie M.Exposito. Pour faciliter le lancement de sa campagne, il devrait également lancer une communauté web autour de lui ou de son idée ; devenir, en quelque sorte, son propre média et s’offrir une présence web active auprès des gens qui partagent les mêmes valeurs et intérêts que lui. Pour le contributeur, «en plus de la dimension financière, ce type d’investissement revêt une dimension citoyenne, donnant au citoyen la possibilité d’investir directement dans un projet d’entreprise qui lui plait, et donc de contribuer directement au développement de l’économie du pays», déclare M.Exposito .

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