Bourse : l’envolée d’avant 2008 va-t-elle se reproduire ?
7 février 2017
Loubna Chihab (177 articles)
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Bourse : l’envolée d’avant 2008 va-t-elle se reproduire ?

Baisse des taux, amélioration des liquidités, retour des particuliers sur le marché…, des similitudes avec la période 2006-2007. La confirmation de la tendance haussière tributaire des introductions en bourse. L’indice pourrait atteindre les 14 500 points au courant de l’année.

La Bourse de Casablanca continue de surfer sur la vague haussière née depuis début 2016. Après avoir bouclé l’année sur une performance de 30,4%, le Masi poursuit sa remontée en bouclant le premier mois de 2017 sur une croissance de 5%. Les volumes s’améliorent également, la moyenne quotidienne sur le marché central étant en hausse de 7% en 2016, à 216 MDH. Tout ceci traduit un retour des investisseurs institutionnels et des personnes physiques dont la confiance se rétablit petit à petit.

Au vu de ces réalisations, des questions se posent sur la place : sommes-nous dans le même schéma que les années d’avant la crise de 2008 où la bourse enregistrait des performances astronomiques? La tendance haussière va-t-elle se poursuivre ? Faut-il prendre des risques ou rester prudent ?

«A priori, les signaux que nous avons aujourd’hui sont similaires à ceux de la période 2006-2007. Sur le plan macroéconomique, on assiste à un retour à la liquidité et à une forte détente des taux», affirme le directeur du département Analyses & Recherches d’une société de bourse de la place. En effet, durant cette phase de 2006-2007, les taux obligataires avaient atteint des niveaux historiquement bas en raison de l’aisance financière du Trésor et de la surliquidité qui caractérisait le marché. L’excédent de liquidités se chiffrait à plusieurs milliards de DH, renforcé par une expansion des avoirs extérieurs (recettes touristiques et transferts des MRE). Aujourd’hui, on assiste également à une forte détente des taux obligataires suite à la baisse des besoins du Trésor, l’abaissement par la Banque centrale du taux directeur de 25 points de base, à 2,25%, et enfin l’amélioration des conditions de liquidité au niveau du marché bancaire sous l’effet du raffermissement des réserves de changes.

Certes, il y a dix ans, la situation économique était bien meilleure, notamment en 2006 où la croissance avait atteint 7,8% (2,7% en 2007), mais l’on devrait assister en 2017 à un retour à la croissance estimée à 4,5% par le gouvernement (contre 1,6% en 2016). Par ailleurs, la poursuite de la mise en œuvre des plans sectoriels (Plan d’accélération industrielle notamment) et le lancement prévu de plusieurs réformes sont de nature à donner plus de visibilité et de garanties aux investisseurs. «Tous ces facteurs militent en principe pour une reproduction du même scénario boursier qu’en 2006-2007», atteste un analyste fondamental de la place.

Performance de 71% en 2006 !

Néanmoins, sur le plan boursier, la similitude est bien moins évidente à première vue. La phase 2006-2007 demeure l’une des périodes phares de l’histoire de la Bourse de Casablanca.  Le Masi avait en effet réalisé une performance de 71% en 2006 et de 34% en 2007, avec des volumes quotidiens moyens de 238 MDH en 2006 et de 426 MDH en 2007.

Le marché avait bénéficié de la conjonction de plusieurs facteurs, notamment une politique fiscale avantageuse, avec l’exonération (jusqu’en 2007) de la Taxe sur les produits de cession des valeurs mobilières (TPCVM) pour les personnes physiques et un abattement de 50% des plus-values de cession pour les investisseurs institutionnels. De même, les conditions d’accès à la bourse ont été facilitées afin de permettre aux jeunes entreprises à fort potentiel de croissance de recourir au marché pour le financement de leurs projets de développement. Ceci, en plus d’une série d’assouplissements fiscaux en vue d’encourager les introductions en bourse (une exonération de 50% de l’impôt sur les sociétés pour les augmentations de capital et de 25% pour les cessions de titres pendant trois années). Résultat, la phase en question a connu un nombre important d’introductions en bourse. En l’espace de deux ans, le marché avait accueilli vingt nouvelles sociétés et non des moindres (Addoha, CGI, Alliances), attirées par les avantages précités mais également par le niveau de valorisation du marché. Ceci, avec le dynamisme des investisseurs, a fortement contribué à animer la place.

Aujourd’hui, nous sommes encore loin de cet engouement des sociétés pour le marché des capitaux, et ce, malgré le maintien des mêmes avantages (fiscaux et autres). En 2016, une seule société a rejoint la cote. Il s’agit de Marsa Maroc, qui a ouvert 40% de son capital aux investisseurs de la place. Une cotation d’envergure considérée comme la plus importante depuis huit ans et qui a été accueillie avec enthousiasme par le marché, notamment par les investisseurs individuels. Notons que depuis son introduction, la valeur a gagné plus de 92% (à la date du 30 janvier).

Perspectives favorables d’un point de vue technique

En tout cas, les analystes interrogés assurent à l’unanimité que la consolidation de la tendance haussière actuelle dépendra du rythme des introductions en bourse. «Pour que cette tendance se maintienne dans le temps, il faudrait qu’il y ait en 2017 et en 2018 assez d’introductions de bonne qualité», affirme le directeur du département Analyses & Recherches. «La tendance haussière ne se redessinera véritablement qu’à travers du papier frais. Et l’Etat devrait continuer à donner l’exemple en effectuant des IPO», réaffirme un autre analyste. Car en plus de contribuer à l’amélioration de la liquidité et au dynamisme des volumes, les introductions aideront à atténuer la cherté de la place. «Le marché est particulièrement cher. La place casablancaise reste la bourse la plus chère de la zone et traite à un P/E élevé entre 21,5 et 22», affirme un analyste. En introduisant des entreprises avec des P/E de 14 ou 15, dans un marché qui traite à un P/E de 22, la cherté devrait mécaniquement diminuer. Notre analyste ajoute que «les investisseurs peuvent supporter un marché cher, mais ils ne le soutiendront pas longtemps».

Par ailleurs, d’un point de vue analyse technique, «nous avons fait un cycle de 10 ans et il se peut qu’on soit dans la même configuration que 2006», nous livre un broker. Un point de vue partagé par un analyste technique de la place, qui pense que la situation du marché actuellement est assimilable à celle du mois de mars 2006. Selon lui, une fois que le MASI aura franchi la barre des 12 450 points (12 228,9 points atteints le 31 janvier), l’indice pourrait atteindre un niveau de 14500 points au courant de l’année, soit une hausse depuis le début de l’année de 24,5%.

Quoi qu’il en soit, sauf éléments exceptionnels, les opérateurs sont convaincus que le marché devrait poursuivre sa tendance haussière cette année, alimentée par des résultats annuels encourageants (les analystes tablent sur une hausse de 8% de la capacité bénéficiaire à fin 2016 et entre 7% et 8% à fin 2017) et un maintien de la stabilité des taux sur le marché obligataire, ce qui devrait encourager les investisseurs à favoriser le marché boursier par rapport à d’autres compartiments de placement.

Depuis le début de l’année, 28 valeurs ont réalisé des performances positives. Dans le secteur bancaire, les hausses varient de 1,64% pour la BMCI à 11,84% pour Crédit du Maroc. BMCE Bank est la seule à avoir accusé une contre-performance de 4,57%. Pour les sociétés de financement, Salafin a légèrement augmenté de 2,41% et Taslif a reculé de 6,71%. Hormis Atlanta et Agma Lahlou Tazi qui ont baissé de 1,8% et de 2,95%, les autres compagnies d’assurances cotées, Saham Assurance, Wafa Assurance et AFMA, ont marqué des bonds respectifs de 3,98%, 6,24% et 2,44%. S’agissant du secteur immobilier, Addoha a fait +14%, Alliances +31% et Dar Saada +8,08%. Le secteur de l’agroalimentaire a enregistré des variations entre -22% (Dari Couspate) et 83,25% (Centrale Danone). Pour sa part, le secteur BTP a enregistré des variations entre -14,29% (Afric Industries) et 11,71% (Ciments Du Maroc). Les valeurs de la distribution ont vu leurs cours augmenter entre 0,7% (SRM) et 40,65% (Fenié Brossette). Aussi, les entreprises opérant dans le pétrole, la chimie et les mines ont enregistré des variations entre -2,82% (SMI) et 60,55% (SNEP). Enfin, les valeurs du secteur informatique ont fait des performances de 0,83% (Microdata) à 8,4% (IB Maroc).

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