Bourse : il est encore tôt pour parler de reprise !
2 janvier 2017
Loubna Chihab (151 articles)
0 Commentaire
Partager

Bourse : il est encore tôt pour parler de reprise !

La hausse des cours doit se confirmer sur le moyen terme. La liquidité du marché s’améliore mais demeure faible et plusieurs actions restent chères. Un renversement de tendance n’est pas à exclure en cas de reprise des taux obligataires.

Plus rien n’arrête la hausse du marché boursier casablancais ! Avec une progression depuis le début de l’année de 30,5% (à la clôture de la séance du 27 décembre), le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, affiche sa meilleure performance après celles de 2007 (32% à la même date) et 2006 (71%). S’agit-il d’une reprise solide ou d’une simple conséquence de l’opportunisme de certains investisseurs sur fond de conditions conjoncturelles favorables ?

Outre l’effet fin d’année, synonyme d’opérations d’allers-retours et d’exécution des derniers programmes d’investissement par les institutionnels, le baromètre de la place a connu un fort redressement à partir du début du second semestre de cette année, surtout depuis septembre où le marché a bénéficié de la combinaison de quelques facteurs. A savoir une amélioration de la capacité bénéficiaire semestrielle des sociétés cotées (+14%) et une baisse historique de la courbe des taux des bons du Trésor qui a accéléré la réallocation des ressources vers le marché actions. «Historiquement, nous n’avons jamais atteint un gap aussi important entre le rendement des actions (dividend yield) et celui du marché obligataire. La maturité 5 ans, par exemple, traite aujourd’hui à 2,78% alors que le dividend yield moyen du marché action est de 5%, soit un spread de 220 points de base par rapport au taux sans risque. Le marché actions est donc favorisé par rapport au compartiment des taux historiquement très bas», nous livre Bachir Tazi, Partner, Head of Equity Sales & Trading à CFG Bank / Capital Markets.

Cette situation pousse les investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d’assurance, à arbitrer dans la mesure du possible en faveur du marché actions. «L’on assiste depuis le début de l’année à une réallocation massive des ressources, accentuée par l’excès de cash à placer qui caractérise le marché depuis ce début d’année», affirme le directeur du département Analyses et recherches d’une société de bourse de la place. En effet, cet excès de cash a également conduit à une plus grande prise de risque de la part des investisseurs afin d’obtenir le plus de rendement (voir encadré).

Le marché traite à 20 fois les bénéfices estimés de 2016

Mais pourrait-on parler réellement de reprise du marché boursier ? «La reprise doit s’inscrire dans la durée, au minimum sur le moyen terme. Certes, le marché a assisté à une nette amélioration de la liquidité sur les deux derniers mois, mais il a déjà vécu ce genre d’épisodes par le passé», affirme Bachir Tazi. Une reprise suppose la conjonction de plusieurs facteurs, notamment un niveau de liquidité élevé et un consensus marché (prévisions des analystes) favorable. Si l’on se réfère à la période phare 2007-2008, le marché enregistrait des échanges quotidiens moyens de plus de 600 MDH (450 MDH en 2010). Nous n’en sommes toujours pas là aujourd’hui, le volume quotidien moyen qui transite sur le marché central depuis le début de l’année ne dépasse pas les 230 MDH. Il est de 320 MDH sur les 3 derniers mois. De plus, même si la capacité bénéficiaire des sociétés cotées s’améliore dernièrement et devrait se maintenir dans une tendance haussière sur les prochaines années, «le marché traite à des niveaux de valorisation très élevés, nous sommes sur des estimations d’environ 20 fois les bénéfices 2016 et 18 fois ceux de 2017», ajoute Bachir Tazi. En somme, le marché reste relativement cher, se paye avec une prime mais avec des croissances bénéficiaires modérées. «La reprise réelle du marché est possible, il faut juste être patient avant de confirmer la tendance», dit Bachir Tazi.

Au regard des éléments qui boostent l’indice actuellement, la baisse de la courbe des taux et l’amélioration des conditions monétaires occupent une place prépondérante. Si la tendance s’inverse en 2017, ne devrait-on pas assister à une réallocation des ressources vers le marché des taux et donc une chute du marché actions ?

Mécaniquement, oui. La situation sur le marché des taux ne restera pas comme ça indéfiniment et le redressement de la courbe finira par s’opérer. Sauf que les analystes ne tablent pas sur une reprise des taux sur le court terme. «Nous sommes plus dans un contexte de stabilité et de maintien du taux directeur, avec des liquidités toujours au même niveau et des besoins du Trésor, prévus dans le cadre du projet de Loi de finances 2017, qui devraient rester stables par rapport à 2016», confie un professionnel. S’il n’y a pas de changement par rapport à ce qui est prévu, les taux devraient se stabiliser voire baisser davantage.                                                                                                                                       Mais si entre-temps il y a une forte hausse des cours du pétrole, et si la compensation du gaz et du sucre explose comme c’était le cas en 2010-2011, les besoins de financement de l’Etat deviendraient importants et dans ce cas la donne pourrait changer. «Un scénario de hausse de la courbe des taux demeure très peu probable, au moins jusqu’au 2e semestre 2017, et encore !», assure Bachir Tazi. Le marché aurait donc 6 mois de marge si ce n’est plus. Et en supposant que les taux d’intérêt remontent, «l’arbitrage au Maroc ne se fait pas de manière systématique et immédiate. La preuve, nous avons assisté à l’accélération du mouvement haussier sur le marché à partir du 4e trimestre 2016, alors que la baisse des taux a été amorcée fin 2015. Si on assiste à une hausse des taux sur le compartiment obligataire, l’arbitrage devrait donc s’étaler sur la durée», ajoute Bachir Tazi. «Un autre phénomène à intégrer est celui du gap entre les rendements sur les deux marchés. On pourrait assister à une hausse des taux parallèle à celle du rendement sur le marché actions, grâce notamment à des ratios pay-out généreux, ce qui ne favoriserait pas cet effet d’arbitrage», affirme-t-il.

Une croissance bénéficiaire prévisionnelle entre 7 et 8% en 2017

En tout cas, cette stabilité prévue du marché obligataire renforce la confiance des investisseurs vis-à-vis du marché actions. Notamment celle des personnes physiques. «Le retour des gros particuliers et des petits porteurs se fait sentir depuis le début du 2e semestre, avec une accélération vers la fin de l’année», affirme un broker de la place.

Ce regain de confiance devrait s’accélérer l’année prochaine, au vu des anticipations encourageantes de la croissance économique 2017 (4,5% selon les estimations du PLF 2017 et 4,8 selon le FMI). De plus, les différentes sociétés de bourse de la place tablent sur une hausse de la capacité bénéficiaire des sociétés cotées à fin 2016 comprise entre 8% selon les analystes de CFG Bank et 15,4% selon ceux d’Attijari Intermédiation. Pour 2017, la croissance prévisionnelle varie de 7% à 8%.

A ce titre, les analystes de CFG Bank pensent que trois secteurs devraient se démarquer l’année prochaine. Il y a d’abord le secteur agroalimentaire et de la distribution dont les sociétés sont en deçà des valeurs marché en termes de valorisation moyenne. Elles devraient bénéficier d’un effet de rattrapage. Ce même effet de rattrapage devrait servir le secteur de l’immobilier qui semble sortir d’une période de léthargie et devrait rattraper son retard en 2017, en bénéficiant de la baisse généralisée des taux qui devrait permettre une relance des crédits. Une situation qui devrait également profiter au secteur bancaire, favoriser ses marges d’intérêt et ses activités de marché.

Après avoir été extrêmement averses au risque entre 2012 et 2015, les investisseurs semblent aujourd’hui plus disposés à investir sur le marché actions. C’est ce qui se dégage de la dernière étude d’Attijari Intermédiation qui a palpé le degré d’aversion au risque des investisseurs à travers deux indicateurs : la prime de risque actions et l’ATI Indice de Confiance qui mesure la perception des investisseurs de l’évolution future de l’indice MASI. En effet, la prime de risque actions est passée en 2016 à son plus bas niveau depuis 6 ans, à 7,1%. Rappelons qu’en 2008, celle-ci s’établissait à 5,5%, reflétant une phase favorable à la prise de risque. Comparativement aux niveaux de 2008, la marge de baisse supplémentaire de cette prime demeure tout de même importante, soit 200 points de base. Pour sa part, l’ATI Indice de Confiance du mois de septembre 2016 ressort en nette amélioration de +7,8 points. Il s’agit de la plus forte progression de cet indice jamais enregistrée depuis près de 3 ans. Cette évolution positive est justifiée par l’amélioration de la perception des investisseurs en bourse vis-à-vis des résultats futurs des sociétés cotées, du climat économique général du Maroc et des répercussions de l’environnement international sur les marchés financiers marocains.

La performance du marché ne laisse pas de marbre les petits porteurs. Ces derniers reprennent également confiance depuis la 2e moitié de l’année. Toutefois, le scepticisme n’est pas totalement dissipé. Selon Rachid El Ghana, petit porteur et administrateur du forum bourse-maroc.org, «malgré le dynamisme actuel du marché et le retour progressif des personnes physiques, ce dernier traîne toujours ses boulets. Outre le manque de liquidité, l’information financière est toujours faible». En effet, selon les petits porteurs, les publications semestrielles demeurent insuffisantes, les sociétés n’ont pas toutes le réflexe de communiquer sur des événements majeurs pouvant influer sur leur rendement. En outre, quelques sociétés cotées de la place demeurent inaccessibles. «Les coordonnées des chargés de communication de quelques entreprises figurant sur le site de la bourse sont erronées. Ce n’est pas évident d’avoir un feed-back de la part de ces entreprises!», enchaîne Rachid El Rhana. Pourtant, ces petits porteurs sont très sensibles par rapport à la communication des entreprises, vu qu’ils n’ont pas une visibilité aussi claire du marché que les grands institutionnels.

Commentaires

0 Commentaire Soyez le premier à donner votre avis

Commentez cet article

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *