Les compétences à développer pour le juriste de demain… et d’aujourd’hui !
5 janvier 2018
Axel Jurgensen (21 articles)
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Les compétences à développer pour le juriste de demain… et d’aujourd’hui !

La nécessité accrue de faire plus avec moins, l’inflation législative et les réflexions autour de la digitalisation des services juridiques sont autant de facteurs qui rebattent aujourd’hui les cartes des compétences attendues pour un juriste.

Axel Jurgensen
Associé et Responsable Afrique, Day One

Les nombreuses missions d’accompagnement que nous avons menées auprès de directions juridiques et de cabinets d’avocats d’affaires au Maroc et à l’international nous ont permis d’identifier quatre domaines principaux d’attente et d’évolution des compétences requises pour les juristes: les compétences juridiques, business, comportementales et digitales. Quelles sont-elles ?

Sur le plan des compétences juridiques, tout d’abord, on assiste aujourd’hui, d’une part, à un élargissement du champ des problématiques juridiques –des domaines comme le droit de l’environnement, le droit de la protection des données à caractère personnelle, ou encore la compliance ont connu des développements exponentiels ces dernières années– et, d’autre part, à une complexification et sophistication accrue des sujets. En la matière, le développement et le succès ces dernières années des cabinets d’avocats d’affaires de niche ou multi-spécialistes intégrant des compétences de plus en plus spécifiques (finance islamique, droit de la construction, propriété intellectuelle…), au détriment du modèle antérieur des cabinets full-services, est l’une des marques les plus visibles de la recherche d’expertises plus pointues par les entreprises. Pour faire face au développement de nouvelles thématiques juridiques et à la complexification des autres thématiques, le juriste d’entreprise, comme l’avocat, se doit aujourd’hui d’acquérir de nouvelles compétences juridiques et de perfectionner en continu ses connaissances juridiques existantes.

Sur le plan des compétences business, ensuite, il ressort des enquêtes et études que nous avons menées auprès des principaux clients internes des directions juridiques, que la connaissance et la compréhension des enjeux stratégiques des clients est aujourd’hui un élément clé de la satisfaction clients envers les juristes. Pour comprendre ces enjeux clients, le juriste d’entreprise -ou l’avocat- doit maîtriser toute la palette des problématiques qui peuvent toucher ses interlocuteurs et qui sont susceptibles d’avoir un impact sur la manière dont les affaires sont conclues. Géopolitique, économie, finance, fiscalité, comptabilité, marketing sont autant de matières intrinsèquement liées à la vie des affaires et dont une maîtrise des notions même les plus élémentaires permettra au juriste d’apparaître auprès de ses clients non plus seulement comme un simple gardien du temple ou technicien maîtrisant parfaitement son sujet d’expertise et les risques associés, mais comme un véritable business partner comprenant ses enjeux essentiels.

Sur le plan des compétences comportementales, par ailleurs, il est à noter que la fonction juridique est l’une des fonctions les plus transverses de l’entreprise, ayant des connexions avec presque tous les départements au sein de l’entreprise. Etant au carrefour de l’activité des affaires, le juriste doit ainsi développer ses aptitudes comportementales et notamment ses facultés de facilitateur afin d’opérer en tant que véritable partenaire et de sortir de l’image d’Épinal de scribe isolé refusant de prendre des risques et employant un langage que lui seul comprend. Au cœur de ces compétences comportementales à développer se trouve la capacité à travailler en équipe et à opérer en tant que gestionnaire de projet. Les opérations juridiques, qu’il s’agisse de négociation et rédaction de contrats, d’opérations de croissance externe ou de mise en conformité d’une entreprise avec un règlement sur la corruption sont de véritables projets, avec des parties prenantes (opérationnels, autres juristes, conseils externes) et des exigences de performance en termes de qualité, de coûts et de délais. Le juriste doit aujourd’hui être à-même de piloter la coordination de ces projets. Le développement de compétences en matière de communication interpersonnelle est également essentiel au développement de l’activité et à la performance du juriste d’entreprise. L’écoute, la proximité client et la traduction des recommandations juridiques en langage compréhensible et en enjeux client perceptibles par ces derniers sont des facteurs clés de succès. Des compétences managériales sont aujourd’hui également attendues des responsables et directeurs juridiques en entreprises, tout comme des associés en cabinets d’avocats, et force est de constater que ces compétences ne sont aujourd’hui encore pas -ou trop peu- enseignées dans les facultés de droit, privilégiant toujours les aspects techniques sur l’acquisition de ces compétences pratiques pourtant essentielles au juriste d’aujourd’hui et de demain.

Enfin, sur le plan des compétences digitales, on assiste aujourd’hui à un développement très rapide du marché des legaltechs (croissance de 225% des créations d’entreprises depuis 2013 dans ce domaine) et à un véritable processus de transformation digitale des directions juridiques dans des domaines très divers, allant de la simple gestion électronique des documents juridiques, à l’aide à la prise de décision, en passant par la numérisation du processus contractuel, la gestion digitalisée du contentieux et les solutions de gestion des actes sociaux et suivi des sociétés, etc. Dans ce domaine en forte expansion, l’enjeu pour les praticiens du droit n’est pas tant de maîtriser les techniques utilisées que de les comprendre. Sans devenir un expert informatique, comprendre les critères de fonctionnement d’un algorithme dans le domaine juridique sera une compétence utile, pour ne pas dire indispensable, au juriste de demain, pour pouvoir tirer pleinement parti de ces nouveaux outils. Par ailleurs, il est à noter que le droit vu comme une somme de données est l’un des fondements du développement du numérique dans ce secteur. Ainsi le développement d’outils reposant sur de l’intelligence artificielle ou sur de l’analyse statistique poussent-ils et vont-ils pousser les praticiens du droit à concevoir leur activité comme reposant sur une mine de données. La consolidation, l’exploitation et la valorisation de ces données sont autant d’enjeux dont il conviendra de s’emparer au plus tôt.

Juridiques, business, comportementales et digitales, on le voit, sont les quatre piliers ou grands axes des compétences que devront avoir développées les juristes de demain pour assurer pleinement et de manière efficiente leur double rôle de busines partner et de gardien du temple. Pour acquérir ces compétences, le juriste d’aujourd’hui doit, d’une part, accepter de remettre en question ses modus operandi, et, d’autre part consacrer le temps nécessaire à la formation continue, auprès des bons experts.

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