Violence à l’égard des femmes : Questions à Leila Rhiwi, Représentante de l’ONU Femmes Maghreb
16 décembre 2016
Aziza belouas (1411 articles)
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Violence à l’égard des femmes : Questions à Leila Rhiwi, Représentante de l’ONU Femmes Maghreb

«Il faut lutter contre la légitimation sociale de la violence».

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Leila Rhiwi Représentante de l’ONU Femmes Maghreb

La Vie éco : Quels sont les objectifs et les enjeux de l’actuelle campagne de lutte contre la violence à l’égard des femmes ?

J’aimerais tout d’abord mettre l’accent sur la principale résistance à l’égalité des sexes et à la lutte contre les violences faites aux femmes et qui réside dans les mentalités et dans la légitimation sociale de cette violence. Pour y remédier, le Secrétaire général des Nations Unies a lancé en 2008 la campagne internationale « Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes » et confié la coordination à ONU Femmes. Le 25 de chaque mois de novembre, gouvernements, société civile, organisations des droits des femmes, jeunes, secteur privé, médias et l’ensemble des Nations Unies sont appelés à joindre leurs forces pour faire face à la pandémie mondiale de la violence à l’égard des femmes et des filles. Chaque année, cette campagne est intensifiée lors des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre qui commence le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et s’achève le 10 décembre, Journée des droits humains.

L’éradication de la violence faite aux femmes nécessite l’implication effective de toutes et de tous : acteurs gouvernementaux, société civile, médias, secteur privé, citoyennes et citoyens.

Où en est le projet de loi relatif à la lutte contre la violence ?

Comme vous le savez, le projet de loi spécifique sur la violence faite aux femmes est un processus qui a été entamé depuis 2008 et qui a fait l’objet de nombreuses mobilisations du mouvement pour les droits des femmes, revendiquant un texte conforme aux engagements internationaux du Maroc. Le 20 juillet, la Chambre des représentants a adopté le projet de loi avec une majorité de 83 voix pour, 22 contre et aucune abstention. Celui-ci n’a néanmoins pas pu être présenté devant la Chambre des conseillers avant les dernières élections législatives et devra donc attendre la formation du prochain gouvernement pour que son adoption soit relancée.

La mise en place de l’Observatoire national de lutte contre la violence à l’égard des femmes a-t-il permis une avancée ?

La production de données est une composante essentielle à la prévention et à la lutte contre les violences faites aux femmes. Ce n’est qu’avec une bonne connaissance de la situation des femmes que les réponses qui seront apportées pourront être percutantes et pourront être suivies dans le temps. Comme vous le savez, l’Observatoire national de lutte contre la violence à l’égard des femmes a publié son premier rapport national cette année sur la base des statistiques consolidées pour les années 2014 et 2015. Le rapport compile les données de plusieurs départements : le ministère de la justice et des libertés, le ministère de la santé, la Direction générale de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie royale. C’est une première au Maroc et un effort qu’il faut saluer, notamment en ce qu’il fournit des données territorialisées sur les cas enregistrés et la réponse apportée aux violences faites aux femmes.

Est-il possible d’envisager une politique préventive ?

Bien sûr. Après des années de lutte et de mobilisation de la société civile et des mouvements des femmes, nous nous sommes rendu compte que les chiffres de la prévalence de la violence ne diminuaient pas de manière significative et nous avons fait le constat que la résistance principale réside dans les mentalités et dans la légitimation sociale de la violence à l’égard des femmes. En effet, la violence à l’égard des femmes est une conséquence directe de la hiérarchisation des relations entre les hommes et les femmes dans la société. C’est pourquoi des efforts de prévention sont mis en œuvre et que nous menons campagne toute l’année pour mobiliser les femmes et les filles, et de plus en plus les hommes et les garçons, contre les violences faites aux femmes.

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