Travail des mineurs : Questions à Bouchra Ghiati, Présidente de INSAF
29 juin 2017
Aziza belouas (1384 articles)
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Travail des mineurs : Questions à Bouchra Ghiati, Présidente de INSAF

«C’est plutôt un texte pour les adultes!»

La Vie éco : Quel est l’état des lieux du travail domestique des petites filles ?

Le recensement est difficile et comme pour les mères célibataires, il n’y a malheureusement pas de chiffres officiels. Mais l’on peut retenir les résultats de notre étude qui révèlent que 80 000 petites filles travaillent actuellement dans des maisons. Il faudrait, pour pouvoir identifier cette population, que les pouvoirs publics mettent en place des mécanismes et des structures dédiés. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas.

Insaf s’est d’abord intéressée aux mères célibataires avant d’étendre son action aux petites employées de maison. Pourquoi cette nouvelle cible ?

Tout simplement parce que l’on s’est rendu compte que 45% des mères célibataires ont un passé de petites bonnes. Elles ont été placées par les parents, elles ont subi des maltraitances, se sont enfuies et ont été livrées à elles-mêmes avec les conséquences que cela peut avoir. Donc, il nous fallait agir en amont et ainsi identifier les petites bonnes et œuvrer en faveur de leur intégration sociale.

Comment agissez-vous sur le terrain ?

Nous avons lancé, depuis 2007, deux programmes dans les régions de Chichaoua et de Kelâat Sraghna pour l’identification de cette population et cela en collaboration avec les autorités locales. Notre responsable du programme ainsi que les assistantes sociales procèdent au pointage des filles en âge scolaire et vont par la suite faire un rapprochement avec les directeurs d’écoles. Si les filles ne sont pas scolarisées, les assistantes vont chez les familles. Souvent, il s’avère que les filles sont en situation d’emploi. Et là commence notre travail pour leur sortie du travail domestique et pour leur réinsertion scolaire et sociale. Pour les filles qui réintègrent l’école, l’association les prend en charge à raison de 250 dirhams par mois. Le financement se fait grâce à des formules de parrainage que nous avons mis en place avec nos partenaires.

Quels sont les arguments que vous avancez pour convaincre les familles ?

Tout d’abord, nous les sensibilisons à la nécessité de la scolarisation de leurs enfants et surtout aux risques que représente le travail domestique. Aujourd’hui, on constate que les familles sont sensibilisées à cette problématique surtout lorsque leurs filles reviennent dans des états physiques et aussi psychologiques déplorables. L’action de sensibilisation des familles est très importante et il faut rester vigilant car parfois les enfants doivent être protégés de leurs propres parents !

Vous êtes critiques vis-à-vis de la loi 19-12. Que reprochez-vous à ce dispositif ?

Le texte n’est pas du tout adapté au travail des petites filles. C’est plutôt un texte pour les adultes. D’abord, la période transitoire risque d’être prolongée, comme nous l’avons vu pour d’autres textes, et du coup l’interdiction du travail des mineurs pourrait être reportée. Ensuite, il n’y a pas eu de mesures d’accompagnement pour le contrôle et le suivi de l’application de la loi, et, enfin, on n’assure pas aux filles les moyens de se défendre en cas de maltraitance. Lorsque l’on a 16 ans, on ne peut pas déposer plainte ! C’est pourquoi nous suggérons l’application de la loi 27-14 sur la traite des êtres humains qui définit l’exploitation des enfants de moins de 18 ans.

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