Seulement 27,8% des femmes pratiquent l’allaitement maternel
2 décembre 2016
Aziza belouas (1408 articles)
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Seulement 27,8% des femmes pratiquent l’allaitement maternel

En 1992, 51% des femmes allaitaient leurs bébés durant les six premiers mois. Le recul de cette pratique est dû au changement du mode de vie et au travail de la femme. Inquiets, le ministère de la santé, l’UNICEf et l’OMS tentent, à travers des campagnes, d’inverser la tendance.

Net recul de l’allaitement maternel au Maroc. Selon les dernières données de la Direction de la population au ministère de la santé, le taux des enfants nourris au sein au cours des six premiers mois de leur vie est de 27,8% en 2016 contre 51% en 1992. La mise au sein précoce (c’est-à-dire pendant la demi-heure suivant l’accouchement) est quant à elle pratiquée seulement par 26% des femmes. Le Maroc est loin de la pratique mondiale où 40% des enfants sont nourris au sein durant les six premiers mois.

Ces chiffres inquiètent les praticiens et le ministère de la santé car les vertus du lait maternel ne sont plus à prouver. En effet, une récente étude internationale a constaté que les enfants qui ont été allaités pendant au moins un an sont restés plus longtemps à l’école, ont obtenu des scores plus élevés aux tests d’intelligence et gagnent mieux leur vie à l’âge adulte en comparaison avec ceux qui ont été allaités pendant un mois seulement.

Comment expliquer le recul de l’allaitement au sein. Et qu’en pensent les pédiatres et nutritionnistes ?

Selon les conclusions de l’enquête nationale sur la population et la santé de la famille de 2011, le changement du mode de vie, surtout en milieu urbain, et le travail de la femme constituent le principal facteur du recul de la pratique de l’allaitement maternel. Pour des sociologues, les causes sont aussi bien d’ordre social, économique que culturel. Ils citent les modifications de la structure familiale avec notamment la perte de soutien de l’entourage. Selon des études CAP (connaissances, attitudes et  pratiques) des parents réalisées par le ministère de la santé, il ressort que la femme vivant en ville, d’un niveau culturel et socio-économique élevé, est la moins pratiquante de l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois. Ensuite, les études ont également démontré que l’interruption précoce de l’allaitement maternel est principalement motivée par l’insuffisance lactée exprimée par les femmes.

Jusqu’à six mois, l’enfant n’a besoin que du lait de sa mère…

De plus, dans leurs réponses, les parents ont souligné la supériorité et les bienfaits du lait de pharmacie par rapport au lait maternel.

Par ailleurs, ces études révèlent qu’il y a une diversification socialisatrice, principalement dans le milieu rural. Les familles commencent dès deux mois à apprendre à leurs enfants à manger. Une pratique qui n’est pas en phase avec l’affirmation formelle de l’Organisation mondiale de la santé et le ministère de la santé : l’allaitement exclusif au sein suffit à lui seul à nourrir le bébé durant les six premiers mois. Tout simplement inimitable, le lait maternel ne peut et ne doit être remplacé selon les experts de la nutrition par d’autres aliments. Ils soulignent même la nécessité de poursuivre l’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans.

Et c’est pour corriger toutes ces croyances que le ministère de la santé, à l’instar de ce qui se fait au niveau mondial, a adopté une stratégie nationale de la nutrition visant, d’une part, la mise au sein des enfants dans la demi-heure qui suit l’accouchement, et, d’autre part, le relèvement du taux de l’allaitement maternel exclusif à 50% à l’horizon 2025. Ce programme s’articule autour de deux axes: la promotion et le soutien de l’allaitement maternel. Selon la Direction de la population du ministère de la santé, «la promotion de l’allaitement maternel s’effectue à travers le renforcement des compétences des professionnels de santé en matière d’alimentation des enfants, l’amélioration des connaissances et pratiques des familles en matière d’allaitement et de diversification des aliments et la création d’un environnement favorable à l’allaitement dans le milieu professionnel». Dans ce même ordre d’idées, l’Unicef défend l’allaitement mais rappelle qu’au Maroc le droit de donner le sein au travail n’est pas toujours respecté, ou du moins facilité. Au Maroc, le code du travail accorde aux femmes le droit à une heure d’allaitement par jour durant les 12 mois qui suivent la reprise de leur travail après l’accouchement, et exige que toute entreprise qui occupe au moins 50 salariées se dote d’une chambre spéciale pour l’allaitement. Mais cette disposition «n’est pas largement mise en œuvre sur le terrain», avance une source syndicale. 

En ce qui concerne la protection de l’allaitement maternel, deuxième axe du programme ministériel, le ministère souligne, d’une part, la révision et la vulgarisation du cadre juridique réglementant la commercialisation des préparations infantiles, et, d’autre part, la nécessité de la disponibilité de locaux favorisant la pratique de l’allaitement dans les lieux de travail.

Pour véhiculer l’ensemble de ces massages, le ministère organise annuellement la semaine de l’allaitement maternel qui a lieu la dernière semaine du mois de février. Mais c’est aussi pour mettre en exergue et défendre les bienfaits de cette pratique sur la santé des enfants.

Le colostrum, premier vaccin que peut recevoir un nouveau-né

Il est reconnu par l’OMS que le lait de la mère fournit toutes les calories et nutriments dont l’enfant a besoin pendant les premiers mois de la vie et continue de couvrir la moitié ou plus des besoins nutritionnels pendant le second semestre de vie, et jusqu’à un tiers de ces besoins pendant la deuxième année. Il favorise le développement sensoriel et cognitif et protège le nourrisson contre les maladies infectieuses et chroniques. Ce que confirment les pédiatres qui tiennent cependant à souligner que «les femmes préfèrent de plus en plus l’allaitement au biberon malgré nos recommandations».

Les pédiatres et nutritionnistes ne cessent de mettre l’accent sur les bienfaits du lait maternel. Ainsi, à la direction de la population au ministère de la santé, on souligne que «la mise au sein précoce fait bénéficier les nouveaux-nés du colostrum. Celui-ci peut être considéré comme le premier vaccin que peut recevoir le nouveau-né déjà en salle de naissance». En effet, il est aussi avancé que la mise au sein tardive multiplie par trois le risque de décès par infection néonatale. Les médecins précisent que cet effet protecteur contre l’infection se prolonge plus tard dans la vie. Il est démontré que les enfants allaités exclusivement au sein pendant six mois font moins de pathologies diarrhéiques et respiratoires. On retiendra également que le risque de décès par des pathologies est très réduit. Autre conclusion intéressante : les enfants allaités au sein ont des chiffres de tension artérielle beaucoup plus bas que ceux qui ne le sont pas. Et cela s’explique, selon les médecins, par la faible teneur en sodium du lait de la femme et de sa moindre charge protéique. Deux éléments totalement adaptés, poursuivent les nutritionnistes, au métabolisme du nourrisson. Ils précisent également que l’allaitement maternel réduit le risque de surpoids et d’obésité qui favorise les maladies non transmissibles. Le ministère de la santé vient à ce titre de sélectionner un cabinet pour la réalisation d’une étude sur l’obésité au Maroc. Mais en attendant les conclusions de ce travail, dans le milieu médical on avance que «le lait industriel est fabriqué à base de lait de vache qui n’est pas adapté aux besoins du nourrisson, ce qui cause majoritairement  le surpoids chez les enfants n’ayant pas bénéficié de l’allaitement maternel exclusif». Par ailleurs, les études épidémiologiques ont aussi démontré le rôle préventif de l’allaitement maternel contre le diabète de type 1 et 2. De ce fait, l’allaitement est recommandé chez les populations à risques. Enfin, on retiendra que le lait maternel permet un meilleur développement intellectuel de l’enfant. 

Les préparations maison sont plus saines et coûtent moins cher

Outre les effets de l’allaitement sur la santé de l’enfant, il faut souligner que celui-ci a également des conséquences sur la santé de la mère. En effet, de nombreux travaux ont établi, selon la direction de la population du ministère de la santé, l’effet préventif de l’allaitement contre le cancer du sein et de l’ovaire. D’où la réduction de la mortalité maternelle. Aussi, la mise au sein précoce prévient l’hémorragie de la délivrance et permet la perte de poids et de masse grasse chez la mère durant les premiers mois.

Les campagnes de sensibilisation semblent avoir porté leurs fruits. Aujourd’hui, les pédiatres, en dépit du lobbying des laboratoires pharmaceutiques, conseillent l’allaitement maternel et excluent les farines et les autres préparations infantiles durant les douze premiers mois du bébé. «Les farines favorisent certaines allergies notamment cutanées. Pour cela, je conseille donc l’allaitement au sein le plus longtemps possible et les préparations faites maison à base de semoule fine et de riz moulu à partir de huit ou neuf mois. Et l’on constate au niveau de la courbe poids et taille une bonne évolution du nourrisson», explique un pédiatre qui requiert l’anonymat. Il tient également à souligner que «les préparations de légumes et de fruits doivent être faites à base de produits bio lorsque cela est possible». Ces indications alimentaires, en dehors de leur impact sanitaire, présentent également, selon ce même praticien, un avantage coût. «Il revient moins cher de faire ses préparations à la maison que d’acheter des produits industriels. Voilà un autre argument pour convaincre les mamans». Mais les laits et autres préparations infantiles industriels sont renforcés en vitamines diverses et en oméga. «Toutes ces vitamines sont présentes dans les fruits, légumes, poissons et œufs. Donc, il est utile de favoriser les préparations maison et l’allaitement maternel pour garantir une bonne évolution de l’enfant mais aussi pour prévenir certains pathologies», concluent des nutritionnistes.

Selon les pédiatres, les bonnes habitudes d’alimentation se prennent dès les premiers mois. Plus le nourrisson sera nourri au sein, plus il sera protégé et immunisé contre plusieurs maux. Ainsi, les pédiatres avancent que les enfants nourris au sein exclusivement pendant les six premiers mois seront moins susceptibles d’avoir le diabète ou de présenter une obésité plus tard. Et il est même établi qu’ils ont de meilleurs tests d’intelligence. Pratiquement, toutes les mères sont physiquement capables d’allaiter mais certaines ne peuvent pas le faire en raison d’une lactée insuffisante ou sont découragées par les contraintes professionnelles. Alors elles ont recours à des substituts industriels du lait maternel. Et pour éviter l’abus de consommation de ces aliments, le département nutrition de l’OMS a jugé utile d’encadrer la commercialisation des substituts au lait maternel. Ainsi, il fut élaboré en 1981 le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel. En plus de sa teneur en anticorps protégeant les bébés contre des maladies courantes, le lait maternel présente moins de risques que les préparations industrielles. Ces risques sont l’utilisation d’eau non potable, d’ustensiles non stérilisés, la présence de bactéries. De plus, les nutritionnistes estiment qu’une forte dilution des préparations peut entraîner une malnutrition. Ce qui explique la nécessité de ce code qui recommande l’interdiction de la publicité en faveur des substituts du lait maternel, de la distribution des échantillons gratuits et aussi l’obligation de notifier sur les emballages la supériorité du lait maternel. Ces recommandations ne sont appliquées, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, que par 37 des 199 pays qui ont mis en place le code. Selon l’OMS, 69 pays interdisent totalement la publicité en faveur des préparations industrielles infantiles, 62 pays interdisent la distribution des échantillons gratuits aux mères allaitantes et 64 interdisent les cadeaux offerts par les fabricants aux agents de santé en vue d’une promotion de leurs produits. Par ailleurs, il y a 85 pays qui exigent la mention de la supériorité du lait maternel sur les emballages et 45 seulement qui procèdent au suivi de l’application des recommandations du code international de commercialisation des substituts du lait maternel.

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