Santé : la stratégie ambitieuse d’El Houcine Louardi
5 juillet 2017
Aziza belouas (1384 articles)
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Santé : la stratégie ambitieuse d’El Houcine Louardi

La moyenne de consultation est de 0,6 par habitant et par an. On compte 1,5 professionnel de la santé pour 1 000 habitants. Les ménages supportent 50% de la dépense de santé. Autant de faiblesses que la stratégie d’El Houcine Louardi entend traiter…

Trente six mille personnes ont profité des caravanes médicales pilotées, durant Ramadan, par la Fondation Mohammed V pour la solidarité dans diverses régions du pays. Ces caravanes multidisciplinaires ont mobilisé une vingtaine de médecins, généralistes et spécialistes, qui ont effectué des consultations en ophtalmologie, médecine interne, gastro-entérologie, pédiatrie, cardiologie, dermatologie, endocrinologie, odontologie et gynécologie. Une opération qui a nécessité une enveloppe budgétaire de 2 millions de dirhams et qui permet de lutter contre l’exclusion et la marginalisation et renforcer le rapprochement des services de santé des populations. Outre les caravanes de la Fondation Mohammed V, d’autres associations caritatives ont également assuré, durant Ramadan, pareilles initiatives dans plusieurs petites villes et villages du Maroc.

Ces initiatives humanitaires permettent certes de diagnostiquer des pathologies chez les habitants des régions éloignées mais le suivi des patients n’est souvent pas possible. L’éloignement, l’inexistence des infrastructures sanitaires, l’insuffisance de médecins, d’équipements et de médicaments compromettent la prise en charge médicale de ces franges de la population.

C’est contre ces insuffisances que la stratégie 2017-2021 du ministère de la santé, récemment présentée par El Houcine Louardi, ambitionne de lutter. Et cela passe essentiellement par le renforcement des infrastructures et des moyens humains, l’équipement des hôpitaux et des centres de santé, l’élargissement de la couverture médicale et l’accessibilité aux médicaments. Des chantiers classiques puisqu’ils constituent, disent les syndicats de médecins, «les points noirs du secteur de la santé depuis des années. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est aller de l’avant et pas seulement annoncer des pistes et les axes d’une stratégie qui risque de rester lettre morte». Des craintes qui, ajoutent les sources syndicales, «sont justifiées car l’expérience est là: la carte sanitaire a été annoncée depuis plusieurs années mais rien n’a encore été fait, le réajustement du Régime de l’assistance médicale pour les économiquement démunis (RAMED) n’a toujours pas été effectué, sans compter l’extension de la couverture médicale qui tarde».

Mais au ministère de la santé le ton est rassurant et El Houcine Louardi a souligné, lors de la présentation de sa stratégie, son engagement et sa détermination à mettre en place les diverses mesures à l’horizon 2021. Et pour preuve, concernant l’équipement des structures sanitaires, Louardi dit : «Je m’engage à équiper chaque hôpital provincial d’un scanner et chaque hôpital régional d’un IRM. Durant les 100 premiers jours de ce gouvernement seront ouverts 14 nouveaux hôpitaux équipés. 100 ambulances seront mises en service dans les provinces enclavées prochainement, sans oublier l’amélioration des conditions d’accueil».

Sur ce volet, la stratégie ministérielle 2017-2021 prévoit la réalisation de 63 nouveaux hôpitaux dont 4 centres hospitaliers universitaires avec 2 996 lits, 20 hôpitaux provinciaux dotés de 4 050 lits et 4 hôpitaux psychiatriques de 760 lits. De plus, la stratégie prévoit la construction de 35 centres de santé et l’extension de 15 autres dans diverses régions. L’extension et la construction des hôpitaux et centres de santé de proximité sont une nécessité pour l’Association marocaine des sages-femmes qui tient à préciser que «la prise en charge des femmes enceintes et des enfants est une sérieuse problématique dans les petites bourgades. Souvent l’éloignement et l’absence des équipements compromettent le suivi régulier d’une grossesse ou encore la prise en charge rapide des accouchements difficiles. Il faut reconnaître que durant ces dernières années le ministère a mis à disposition des hélicoptères médicalisés permettant d’évacuer les cas difficiles, mais cela reste limité à certaines régions»…

Le taux d’accès aux soins passera de 60% à 100% en 2021

Conscient de la nécessité d’améliorer les infrastructures médicales, le ministère de la santé souligne toutefois que ses capacités d’investissement restent pour l’heure limitées en raison de son budget. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que le budget de la santé publique soit de 12% du budget total. Au Maroc, il est d’à peine de 5% et en 2017, il n’a augmenté que de 0,1% pour s’établir à 14,3 milliards de DH. Selon le ministère, 54% du budget sont alloués au paiement des charges du personnel, il reste moins de la moitié pour investir dans l’équipement.

L’objectif est de pouvoir augmenter le budget du secteur qui représenterait alors et à court terme au moins 8% du budget global.

Le renforcement des infrastructures médicales et leur équipement visent l’amélioration de l’accès aux prestations sanitaires. Selon les données communiquées par le ministère de la santé, aujourd’hui l’accessibilité aux soins est très faible : le taux de consultation moyen est de 0,6 par habitant et par an. En Tunisie, cette moyenne est de 2,7 et en France de 6,4. Une faiblesse que la stratégie 2017-2021 du ministère de la santé entend corriger. En effet, le programme ministériel prévoit le passage du taux d’accès de 60% actuellement à 100% à l’horizon 2021. Ce qui ne se fera pas sur un coup de baguette magique bien sûr mais au moyen d’investissements en matériels et en moyens humains. Concernant ce dernier point, le ministère de la santé reconnaît qu’il y a «un sérieux problème. Ainsi en 2017, seuls 1500 postes budgétaires seront ouverts, soit beaucoup moins que la moyenne des années précédentes et qui était de 2 000 postes». Pour le secteur libéral, le partenariat avec le public et les médecins privés pourrait contribuer à la résolution du déficit des ressources humaines. Il est à rappeler que la convention a été signée en 2010 pour permettre à certains professionnels privés d’effectuer des consultations dans certaines unités publiques, mais la faiblesse de la rémunération a découragé les praticiens qui jugent que «le schéma mis en place n’était pas viable et que la proposition du ministère n’était pas encourageante. C’est dommage !».

Le déficit en ressources humaines est notoire : aujourd’hui, le ratio est de 1,51 professionnel de la santé pour 1 000 habitants. Et l’objectif est d’atteindre 4,45 professionnels pour 1 000 habitants. Dans le milieu syndical, on estime que la solution réside en la mise en place rapide de la carte sanitaire afin de corriger les disparités régionales en matière de santé. Et on ne manque pas de souligner que «des mesures incitatives doivent être mises en place pour encourager les médecins à s’installer dans des régions éloignées. Car il en va de la dignité du médecin».

Le Ramed a réduit de 38% la dépense santé des bénéficiaires du régime

Toutefois, un autre indicateur explique la faible accessibilité aux prestations de santé: la faiblesse des ressources financières des ménages. La couverture médicale de base (AMO) a certes permis une amélioration de l’accès aux soins notamment grâce au taux de remboursement variant de 70 à 90/%, la prise en charge globale au profit des personnes atteintes de pathologies lourdes et coûteuses ainsi qu’à la révision à la baisse du prix de 3600 médicaments et dispositifs médicaux et l’amélioration du taux de pénétration des génériques qui est passé de 30% en 2012 à 39% en 2017. Il importe de préciser que le Maroc s’est également engagé dans la production de médicaments coûteux, notamment les traitements de l’hépatite C et du cancer. Cependant, il n’en demeure pas moins que, pour l’heure, nombre de bénéficiaires de l’AMO, faute de ressources financières, ne peuvent se soigner. Aujourd’hui, les ménages marocains prennent en charge 50,7% des dépenses de santé. L’objectif de la stratégie ministérielle 2017-2021 est de ramener ce niveau de contribution à 25%. Au ministère de la santé, on souligne que déjà la mise en place du Ramed s’est traduite par une réduction de 38% de la dépense des ménages bénéficiaires de ce régime. Mais, pour pousser plus loin la réduction de la dépense, il importe de maîtriser les dépenses en déterminant les circuits de prise en charge médicale des patients. Ainsi, les malades devraient passer par le centre de santé avant d’être dirigés vers l’hôpital provincial, régional ou encore le CHU. Aussi, la mise en place des protocoles thérapeutiques éviteront la multitude d’examens et d’analyses et de prescriptions médicale parfois inutiles et alourdissant la dépense médicale.

Les axes d’interventions retenus dans la stratégie ministérielle 2017-2021 ambitionnent de répondre aux contraintes actuelles, et historiques il faut le dire, du secteur de la santé. Mais au-delà des investissements en équipement, en infrastructures et en ressources humaines, il importe d’intervenir sur le circuit de prise en charge des malades, la politique du médicament, la carte sanitaire… Des chantiers ouverts depuis plusieurs années mais qui n’ont pas beaucoup ou pas du tout avancé.

Selon un bilan du ministère de la santé, plusieurs indicateurs révèlent une amélioration de la prise en charge des patients par le secteur public. Premièrement, le ministère souligne la prise en charge des maladies chroniques comme le diabète, l’insuffisance rénale et l’hypertension artérielle. Ainsi, le nombre de diabétiques pris en charge a enregistré une hausse de 40% au cours des cinq dernières années. Il est passé de 460 000 en 2010 à 650 000 en 2016. Pour les hypertendus, le nombre a triplé durant cette même période, passant de 264 000 à 750 000. Pour l’insuffisance rénale, le secteur public a pris en charge 9 300 personnes en 2016 contre 6000 malades en 2011. Par ailleurs, les hôpitaux ont également réalisé des opérations délicates notamment des greffes d’organes : une greffe du cœur, 13 greffes de foie, 1 425 greffes de la cornée, 195 greffes de reins, 250 greffes de la mœlle. Par ailleurs, le bilan souligne que la prise en charge dans les hôpitaux a évolué de 80%. Soit 10,77 millions de personnes qui ont été prise en charge en 2016 contre 6millions en 2008. Les hospitalisations ainsi que les consultations ambulatoires ont respectivement augmenté de 61% et 78%. Ces augmentations sont dues à la mise en place de la couverture médicale de base, et précisément du régime d’assistance médicale pour les économiquement démunis (Ramed), qui a permis l’accès aux soins à un large pan de la population jusqu’ici privée de soins.

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