Salon du cheval 2017 : tous en selle à El Jadida
31 octobre 2017
Hicham HOUDAIFA (119 articles)
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Salon du cheval 2017 : tous en selle à El Jadida

La dixième édition du Salon du cheval a eu lieu du 17 au 22 octobre au Parc d’exposition Mohammed VI d’El Jadida. Au menu : compétitions sportives, spectacles nocturnes, conférences et expositions artistiques. Le concours de tbourida a attiré la grande foule avec la victoire de la sorba de la région de Béni Mellal-Khénifra.

Parc d’exposition Mohammed VI. En ce vendredi 20 octobre, le Salon du cheval attire nombre de visiteurs, avant le week-end, période d’affluence massive, avec à la clé les finales des grandes compétitions, notamment le très suivi Grand prix Mohammed VI de tbourida, qui en est à sa deuxième édition. Le salon, lui, fête sa décima, une dixième édition placée sous le thème «le Salon du cheval, 10 ans de fierté et de passion». S’il y a une tradition qui résume, chez le commun des Marocains, cette «fierté» et cette «passion» pour le cheval, c’est bien la tbourida, l’art équestre traditionnel par excellence. Après plusieurs jours de compétition, le vendredi est une journée off pour des sorbas venues de toutes les régions du Maroc pour remporter le grand trophée.

Pour Rachid, haddad (ferronnier) de la troupe du Haouz, cette journée est celle des préparations pour la finale. Rachid, 52 ans, a 40 ans de métier derrière lui. «Nous sommes des haddada depuis plusieurs générations. Je vis de ce métier. J’accompagne les troupes dans les moussems et dans les différentes foires. Pour moi, le Salon d’El Jadida est une belle occasion pour montrer ce que je sais faire. Puis, on mange bien ici et on a droit à du beau spectacle avec toutes ces troupes venues de tout le pays», nous lance-t-il, tout en ajustant ses fers.

Autour de lui, des chevaux par dizaines attendent leur tour pour être ferrés. Des barbes et des arabes-barbes à la fière allure, sous l’œil attentif des membres des différentes sorbas, regroupés dans d’immenses tentes caïdales. Ici, on respire l’odeur de la terre et des équidés. Pour les 14 sorbas prenant part à la compétition, quatre ferronniers ont la lourde tâche de ferrer convenablement les chevaux. «Chaque sorba a ramené 17 chevaux. Ce qui fait que l’on a dans cet espace pas moins de 238 chevaux», ajoute-t-il.

Ferronnier, “haddada” et maréchal-ferrant

La maréchalerie, un des métiers les plus importants de la filière équine, trouve une place de choix dans le Salon du cheval. Enseignant à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Mohammad Ouassat, qui est également responsable national de maréchalerie, connaît très bien cette activité. «La maréchalerie, c’est l’origine même de la médecine vétérinaire. Au Maroc, les anciens maréchaux-ferrants ont appris sur le tas durant la colonisation. Ensuite, durant les années 80, c’est la Société protectrice des animaux et de la nature (SPANA) qui a initié le travail de vulgarisation sur les pieds équins (ânes, mulets et chevaux)», nous explique M. Ouassat. Ce n’est qu’en 1996 que le haras de Bouznika a initié une formation spéciale en maréchalerie. Depuis quelques années, l’Institut national du cheval Moulay Hassan forme également des spécialistes de la maréchalerie. «Au haras de Bouznika, chaque année, on forme une vingtaine de maréchaux-ferrants. Les candidats, ce sont principalement des ferronniers qui pratiquent la maréchalerie dans les souks et qui deviennent ainsi, après cette formation, des professionnels du métier. Ce programme est le fruit d’un partenariat entre la Sorec et la SPANA», ajoute M. Ouassat, qui chapeaute également le concours national de la maréchalerie. «C’est un concours qui a vu le jour dès la première édition du Salon du cheval en 2008. Pour marquer les dix ans du salon, nous avons décidé d’opter pour un championnat des champions des éditions précédentes avec un challenge en trois temps : la fabrication du fer à partir d’une barre, le travail du pied et le brochage du fer». C’est un candidat de la Garde royale qui a été sacré champion des champions.

M. Ouassat a un vieux rêve qu’il aimerait bien réaliser. La maréchalerie moderne et professionnelle bénéficie à quelque 25 000 chevaux, principalement de sport, de courses et d’équitation. Le cheptel équin au Maroc compte quant à lui près d’un million d’ânes, 500 000 mulets et 180 000 chevaux. «Il faut s’intéresser au reste du cheptel parce qu’il fait vivre le tiers de la population marocaine. On pourrait, en plus d’initiatives de vaccination et de vermification, envisager des programmes de maréchalerie qui puissent bénéficier à ce large cheptel, et, partant, à une grande partie de la population marocaine».

Samedi 21 octobre : retour dans l’espace tbourida où a lieu la grande finale du Grand prix Mohammed VI de tbourida. L’espace est comble et l’ambiance est au rendez-vous. Quatorze des meilleures troupes du Maroc, venant des régions de Casablanca-Settat (3 équipes), Béni Mellal-Khénifra (2), Oriental (2), Rabat-Salé-Kénitra (2), Fès-Mèknes, Marrakech-Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Laâyoune-Saqia Al Hamra et Guelmim-Oued Noun, se disputent le sacre. Des milliers de spectateurs, venus d’El Jadida, mais également des différentes régions du pays, assistent à cette finale qui intervient après quatre jours de compétition. «Nous avons participé en 2017 au concours régional de la région de Casablanca/Settat et nous sommes arrivés seconds. Nous croyons en nos chances pour honorer notre région ainsi que notre douar de Rass El Aïn, mais le niveau cette année est très élevé», nous confie Mhamed Add, Moqadem d’une des sorbas de la région Casablanca-Settat. Les membres de son équipe, de jeunes cavaliers, sont enthousiastes. «La tbourida est une pratique noble. Et puis, il y a un réel engouement chez les jeunes pour ce sport. Chaque année, on voit plus de personnes s’initier au cheval», ajoute Mohamed, membre de la sorba.

Grand gagnant : Fquih Ben Salah

Tous notent par contre le besoin d’aide afin que cet engouement puisse déboucher à une pratique plus importante de cet art équestre ancestral. «Nous avons par exemple besoin d’espaces pour initier les jeunes à la tbourida et à des moyens financiers pour acquérir les différents éléments de la selle, arçon, tapis de selle, étriers», conclut Mohamed.

Dans les tentes caïdales, on se prépare pour le dernier assaut, la dernière démonstration avant le verdict final. On récite la Fatiha. Tout un rituel ! L’arbitrage consiste en un système de notation qui s’appuie principalement  sur deux critères, la Hadda (la qualité des chevaux, de l’habillement, l’évolution des cavaliers) et la Talqa (maîtrise du départ de la course, maniabilité des fusils et synchronisation des tirs).

Et c’est finalement la sorba de Aziz El Fatihy de la région de Béni Mellal-Khénifra qui a remporté cette deuxième édition du Grand prix Mohammed VI devant l’autre représentant de la même région, la sorba d’El Arbi Benkhadra. La sorba d’El Fatihy alias «Jaffou» qui représente la tribu des Beni Amir de Fquih Ben Salah avait également gagné, en mai dernier, la médaille d’or de la 18e édition du Trophée Hassan II des arts équestres traditionnels tbourida. La troisième place est revenue à la sorba de Mhamed Add, de la région Casablanca-Settat.

La tbourida a ses cavaliers, son public, mais également ses artisans. Le Salon d’El Jadida permet à la fine fleur des artisans d’exposer leurs harnais, serouals, selhams et autres selles, qui témoignent d’un savoir-faire traditionnel. Parmi ses artisans/artistes, on retrouve un des habitués du salon, Amine Chraïbi Dakhama. L’homme a choisi de perpétuer ce métier que sa famille exerce, de père en fils, depuis la moitié du 19e siècle. D’abord à Fès, puis à Casablanca où Amine travaille ses selles dans son atelier situé dans le quartier de Benjdia. Il dispose de pièces uniques, avec un travail important sur les couleurs et les broderies. En plus des selles, M. Chraïbi fait des bottes, des sacs pour cavaliers, des poitrails, des tapis de selle… «La selle traditionnelle marocaine est très appréciée aussi bien au Maroc qu’à l’étranger. Dernièrement, j’ai reçu la visite d’une équipe d’artistes artisans d’Hermès qui a bien aimé mon travail. Mais le domaine a besoin d’aide. Ces dernières années, nous avons constaté une baisse du chiffre d’affaires, surtout pour la selle artistique et de qualité», déplore M. Chraïbi. Dans le même rayon, nous avons rencontré  Mohamed Zaghloul, le président de l’Association casablancaise des arts équestres traditionnels. Une structure qui a vu le jour il y a dix ans afin de rassembler et organiser les cavaliers du Grand Casablanca. «Nous avons comme objectif de faire vivre les valeurs de la tbourida telle qu’elle a été pratiquée par les anciens afin de ne pas dénaturer la selle traditionnelle», lance M. Zaghloul. Et d’ajouter : «Les jeunes cavaliers doivent être initiés par «un coach» qui peut être le moqadem ou un cavalier d’un certain âge afin que la transmission du legs s’opère. Ils doivent également assimiler l’école à laquelle ils appartiennent, selon leurs régions : Khiyatia, Cherkaouiya et Naciria et connaître par cœur les éléments constitutifs de la selle. L’habillement doit également respecter les codes de cet art équestre. Nous sommes pour l’innovation, mais dans le respect de l’esprit de la tbourida».

Les membres de l’association veulent également rendre à la sorba ses lettres de noblesse, ses rituels d’il y a longtemps. «Aujourd’hui, les cavaliers viennent une heure avant le spectacle alors qu’avant ils passaient la nuit dans lwtaq (la tente caïdale). Il y avait plus de convivialité, plus de fraternité et de solidarité entre les membres de la sorba. La sorba doit être une famille et pas seulement une troupe», estime M. Zaghloul. Pour ces «gardiens du temple» de la tbourida, la compétition quoique bienvenue, ne doit pas tuer l’esprit de cet art équestre. «Il faut joindre la technicité à la prise de risque qui caractérise la tbourida, sinon elle perdra de sa saveur, et donc de son attrait», conclut le président de l’association.

Le Salon du cheval 2017, ce sont aussi des expositions artistiques. La galerie d’art Marsam a fêté le cheval et la tbourida, par les tableaux, mais également par les beaux livres dédiés à cet animal. «La nouveauté pour cette édition spéciale, c’est la participation de cinq femmes artistes à cette exposition, avec des tableaux sur le cheval», explique Rachid Chraïbi, commissaire de cette exposition. Les tableaux de Rabiaa Echahad et de Rita Benjelloun côtoient ceux de Hassan El Glaoui et de Abdellah Dibaji. Quant aux beaux livres, on retrouve une série d’ouvrages sur le cheval, dont «Tbourida, l’art équestre marocain», de feu Et-Tayeb Houdaïfa, qui a été pendant de nombreuses années à la tête du cahier culturel de La Vie éco… 

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