Réseaux sociaux : la prévention contre leurs effets pernicieux s’impose
28 juillet 2017
Aziza belouas (1403 articles)
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Réseaux sociaux : la prévention contre leurs effets pernicieux s’impose

Plus de 13 millions de Marocains utilisent Facebook et 77% des internautes accèdent quotidiennement aux réseaux sociaux. L’impact social et sociologique de ces technologies est notoire. Rumeurs, arnaques, abus d’utilisation…, il faut prémunir les utilisateurs contre les divers méfaits…

Selon les derniers indicateurs sur les réseaux sociaux, 13 millions de Marocains utilisent Facebook. Soit 39% de la population. Le Maroc est le cinquième gros utilisateur de ce réseau en Afrique, derrière l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Algérie et l’Egypte. Au Maghreb, le Maroc se place après l’Algérie où 43% de la population a un compte Facebook et la Tunisie où 50% de la population utilise ce réseau. 

En revanche, ils sont moins nombreux à aller sur Twitter même si au cours des deux dernières années leur nombre a augmenté de 191%. Les créations de compte demeurent inférieures au Maroc par rapport aux autres pays de la région, notamment la Tunisie (149 000 utilisateurs), l’Egypte (590 000) et l’Algérie (773500). Le Maroc ne compterait que 2% des utilisateurs actifs du réseau social dans le monde arabe contre 29% en Arabie Saoudite, 18% en Égypte, 9% en Algérie et 9% aux Émirats arabes unis.

En ce qui concerne Instagram, application spécialisée dans le partage de photos et de vidéos, les indicateurs laissent apparaître une utilisation faible puisque seuls 1,9 million de Marocains y recourent. Ce qui représente 5,7% de la population nationale et classe le Maroc au 3e rang au niveau de l’Afrique. Le taux de pénétration reste également faible en Tunisie et en Algérie dans la mesure où les utilisateurs représentent respectivement 8% et 4% de leur population.

Globalement, on note que les hommes sont plus connectés au Maroc ; sur les 13 millions d’utilisateurs de Facebook, 65% sont de sexe masculin.

Si l’on considère l’âge des utilisateurs, les études réalisées révèlent qu’en majorité les utilisateurs sont jeunes et leur âge varie de 18 à 24 ans. Ils représentent 39% contre 28% d’utilisateurs âgés de 25 à 34 ans.

Les Marocains sont donc, comme leurs voisins maghrébins, friands des réseaux sociaux. Ce qui est compréhensible, selon les spécialistes de ce domaine, puisqu’il s’agit d’un nouveau média qui est plus rapide et permet une large accessibilité. Au-delà de ces deux principaux avantages, il est intéressant de se pencher sur les motivations des utilisateurs. Pourquoi les Marocains vont sur Facebook, Instagram,Twitter et autres réseaux sociaux ? Et quel est le profil de ces utilisateurs ?

Globalement, il ressort des études réalisées sur le sujet durant les deux dernières années que trois besoins transversaux s’expriment fortement au niveau de l’usage des réseaux sociaux : la quête d’insertion sociale et économique par l’emploi ou l’évolution dans la carrière (LinkedIn), le besoin de s’exprimer, de débattre et de mobiliser pour créer des liens sociaux et enfin le besoin de jouer et de se divertir. Et les spécialistes de la question tiennent à souligner que ces besoins ne sont pas liés à un certain statut, notamment les jeunes et les célibataires. Mais il s’agit plutôt d’une tendance générale qui touche l’ensemble de la société.

Les utilisateurs peuvent être des affectifs, des communicateurs ou des observateurs

Selon une étude réalisée sur le profil des utilisateurs des réseaux sociaux, ceux-ci peuvent être «des affectifs, des communicateurs ou bien des observateurs». Ainsi, selon les conclusions de cette étude, «les affectifs considèrent les médias sociaux comme un espace récréatif et ludique. Que ce soit en termes d’usages ou de motivations, ils y sont principalement pour “discuter avec des inconnus”, “draguer”, “faire de nouvelles rencontres”, “oublier leurs propres problèmes” ou ‘‘chercher un soutien moral’’. Cela montre que leur principale raison d’être en ligne est «la rencontre». Ce qui explique leur connexion régulière aux réseaux de rencontres pour rejoindre un groupe ou bien visiter le mur d’un ami. Les affectifs sont majoritairement, 84%, âgés de 15 à 24 ans mais l’étude signale également que les personnes âgées de 55 ans et plus sont aussi nombreux parmi les affectifs. Ces derniers sont majoritairement des hommes, plutôt jeunes, étudiants, employés, plus souvent connectés et recherchent une nouvelle rencontre.

En ce qui concerne les observateurs, deuxième catégorie d’utilisateurs, l’étude les qualifie de «cyber modérés» voire de «cyber sceptiques». Ils sont connectés pour «faire une pause après un effort mental», «retarder une tâche difficile», «se divertir», et accessoirement pour quelques-uns, «draguer» ou «gagner en influence sociale». Il s’agit donc d’un usage intermittent et qui n’implique aucun engagement pour militer ou pour un soutien affectif.

Enfin, il y a les utilisateurs appelés communicateurs. Ils sont sur les réseaux «pour faire du réseautage professionnel donc chercher des opportunités d’affaires ou chercher un emploi, pour apporter un soutien affectif, pour militer, notamment lancer un débat ou une pétition et enfin ils se connectent pour se tenir informés». Ils favorisent, selon les spécialistes, la création de contenu (page, vidéo, événement, forum) que la réaction (commentaire, changement de statut).

Quant aux usages des internautes, ils consistent principalement en la participation aux réseaux sociaux (90%), le visionnement et le téléchargement de contenus multimédias (76,7%), le téléchargement de logiciels et d’applications (72,1%) et les discussions en ligne (71%). Par ailleurs, il est noté que pour la recherche de l’actualité, le recours à Internet et aux réseaux sociaux n’est pas encore important. Les réseaux sociaux sont encore dépassés par la télévision, la radio et la presse écrite.

Il faut une stratégie de distanciation par rapport au contenu des réseaux sociaux

Concernant la fréquence, les études relatives à ce sujet retiennent que 77% des internautes accèdent quotidiennement aux réseaux sociaux. Et ils sont plus nombreux dans les villes, soit 80%. Le temps de connexion est d’une à deux heures par jour.

Avec une telle utilisation des réseaux sociaux, il est nécessaire de s’interroger sur leurs implications sociologiques et sociales. Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprises, estime que «le niveau d’utilisation des réseaux sociaux par les Marocains s’explique par l’impact qu’ils peuvent avoir en raison de la rapidité de circulation de l’information et leur aspect ludique, notamment en ce qui concerne les jeux et les films, etc.». Et d’ajouter que «je ne pense pas que les réseaux sociaux aient entraîné un changement de mentalité, mais on peut dire qu’il y a plutôt eu un renforcement du conservatisme social si l’on considère certains messages relatifs aux valeurs familiales ou religieuses que l’on reçoit via Facebook et autres réseaux». Et cela présente, selon ce sociologue, un réel danger dans la mesure où les utilisateurs ont totalement confiance en ces messages…

Par ailleurs, au niveau politique, ces réseaux ont une grande portée dans la mesure où ils peuvent permettre une mobilisation autour d’une cause, le lancement d’une pétition, etc. Et là encore M. Al Motamassik met en garde «contre l’influence pernicieuse de ce contenu politique qui peut favoriser la rumeur ou les fausses informations». On peut également signaler que ces contenus peuvent favoriser la manipulation des personnes et de leurs opinions, notamment par des sectes et des mouvements terroristes.

Par ailleurs, l’impact est également ressenti au niveau sociétal et des relations familiales. Et pour notre source, «on note une absence de communication réelle au sein de la cellule familiale et on se dirige de plus en plus vers une communication gestuelle, étant donné que chaque membre de la famille est plongé dans son téléphone, tablette ou PC». Pour les pédo-psychologues, les effets peuvent être catastrophiques pour les enfants qui ne sont pas du tout protégés contre les réseaux pédophiles et les risques de perturbations psychologiques. «Ces technologies ont des effets sur le cerveau de l’enfant, sur sa capacité d’attention ainsi que sur son comportement social. Il devient de plus en plus en solitaire au sein même de sa famille», soulignent les spécialistes de l’enfant.

Au vu de toutes ces implications, une réflexion sur une stratégie d’encadrement de l’utilisation des réseaux sociaux s’impose. Selon Ahmed Al Motamassik, «cette stratégie est nécessaire car il faut agir afin que les utilisateurs prennent du recul par rapport au contenu des réseaux sociaux, d’une part, et en maîtriser le contenu, d’autre part». Actuellement, le Maroc ne dispose pas d’un arsenal juridique spécifique à ce domaine. Le projet de loi relatif à l’accès à l’information qui comporte un volet relatif au contenu des réseaux sociaux est toujours bloqué au Parlement. Pour l’heure, la résolution des conflits relevant de ce domaine se fait via l’application des dispositions du code pénal.

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