Réforme du droit de succession : Questions à Mohamed Abdelouahab Rafiki alias Abou Hafs, Chercheur en études islamiques
4 avril 2018
Hicham HOUDAIFA (124 articles)
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Réforme du droit de succession : Questions à Mohamed Abdelouahab Rafiki alias Abou Hafs, Chercheur en études islamiques

«Les Marocains sont prêts pour le changement».

La Vie éco : Pourquoi avoir signé cette pétition contre le ‘‘taasib’’ ?

J ‘ai signé la pétition parce que je crois que le système de taasib dans le contexte actuel est injuste pour les femmes. Il est injuste que le frère du défunt ou son oncle ou cousin vienne partager avec les filles toutes les propriétés de leur père et les sortir parfois de chez elles. Cette pratique était acceptable dans les contextes sociaux précédents, comme celui de la tribu, par exemple. Aujourd’hui, la famille est devenue nucléaire. Les oncles et les cousins ne contribuent plus aux revenus d’une famille. Par conséquent, la question de l’attribution devrait être revue afin de mettre fin à cette injustice.

Pourrons-nous nous diriger vers une égalité totale entre les femmes et les hommes en termes d’héritage ?

Soyons réalistes dans le traitement de la question. Aujourd’hui, nous devons nous concentrer sur la question de taasib où l’injustice est plus évidente et où il n’y a pas de texte coranique sur le sujet sachant qu’une large partie de la société veut le changement. Le principe de l’égalité est fondamental et doit être défendu. Mais le sujet du taasib reste une priorité, au moins jusqu’à ce que nous soyons au même stade de réflexion d’un pays musulman comme la Tunisie.

Que répondez-vous à ceux qui refusent l’ijtihad sur des textes jugés fixes ?

 Je leur dirai qu’il existe d’autres textes très clairs sur l’ijtihad et l’esclavage, mais qu’on ne cherche pas forcément à les appliquer, puisque liés à un certain contexte. Mais, bizarrement, cette même logique ne s’applique plus quand il s’agit des droits des femmes. Nous devons avoir le courage d’admettre qu’il existe des textes religieux qui dépendent d’un certain contexte et ne peuvent pas s’appliquer tout le temps et en tout lieu.

Est-ce que la voie du testament peut nous ramener cette égalité ?

Oui, je pense que le testament est une solution adaptée au sujet, mais sachez qu’un tel système nécessite d’autres mentalités. Malheureusement, le patriarcat domine encore. Par conséquent, si on ouvre la voie pour le testament, on risque de tomber dans le scénario inverse, avec des parents qui font hériter leurs fils, plutôt que leurs filles. Le testament est une bonne solution, mais cela nécessitera un changement de mentalités.

Il y a ceux qui disent que les Marocains ne sont pas prêts pour ce genre de changements…

Pour l’égalité totale, la question a besoin de temps sans doute, mais pour le taasib, les Marocains sont prêts pour le changement. Je rencontre fréquemment un certain nombre de personnes, qui se voient contourner la loi pour sécuriser l’héritage de leurs filles.

Est-ce que vous vous considérez comme féministe ? Est-ce que la lutte des droits des femmes fait partie de vos priorités ?

Je me soucie peu des classifications. Ce qui m’intéresse, c’est sur quoi je travaille. Les droits des femmes et la question féminine constituent une de mes priorités. Car je considère que les injustices faites aux femmes sont une des manifestations de la crise de notre société. La promotion des droits des femmes fait partie intégrante de notre quête de la modernité et de la conciliation entre la religion et les valeurs actuelles.

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