Réforme de l’enseignement : les premières mesures de Hassad
31 juillet 2017
Aziza belouas (1403 articles)
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Réforme de l’enseignement : les premières mesures de Hassad

Généralisation du préscolaire et renforcement de l’enseignement des langues étrangères. Plus de classes surchargées et refonte des manuels scolaires. La stratégie met l’accent sur la formation professionnelle et le bac technique pour une adaptation de la formation aux besoins du marché du travail…

Redorer l’image de l’école publique. C’est l’objectif de la stratégie de réforme de Mohamed Hassad, ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Globale, cette stratégie nationale doit se traduire par une amélioration des institutions éducatives, des conditions de travail des ressources humaines et de la qualité de la formation. Elle se décline principalement en quatre axes : la pédagogie, l’organisationnel, la planification scolaire et la bonne gouvernance. L’objectif étant d’apporter des réponses à deux problématiques affectant actuellement le système éducatif national : le taux de redoublement et l’abandon scolaire. Ce qui, selon le ministre, nécessite la mobilisation de toutes les parties impliquées.

Si certaines mesures seront applicables dès la prochaine rentrée scolaire, l’entrée en vigueur d’autres points de la réforme interviendra progressivement et s’étalera sur les dix prochaines années.

Ainsi, dès septembre prochain, sera entamée la généralisation de l’enseignement préscolaire. Tous les enfants âgés de 4 ans seront scolarisés à l’horizon 2027. Cette généralisation se fera, selon Mohamed Hassad, dans le cadre d’un partenariat entre la société civile et les pouvoirs publics. En ce qui concerne l’enseignement primaire, et dès la prochaine rentrée scolaire, le français sera dispensé à partir de la première année. De même, le nombre d’élèves par classe sera réduit à seulement 30 ou 34 apprenants dans tout le primaire pour décongestionner les classes qui sont actuellement surchargées.

Pour la rentrée scolaire 2018-2019, est prévue la refonte des manuels scolaires pour le primaire et le collège.

Créer des passerelles entre la formation professionnelle et l’enseignement supérieur…

Outre les mesures à court terme, la stratégie nationale porte sur d’autres aspects relatifs à l’enseignement secondaire, supérieur ainsi que la formation professionnelle. Ainsi, en ce qui concerne l’enseignement secondaire qualifiant, le plan ministériel vise, d’une part, le renforcement de l’apprentissage des langues étrangères en vue d’améliorer les capacités linguistiques et scientifiques des élèves, et, d’autre part, à faciliter le passage à l’enseignement supérieur et l’intégration dans le monde du travail. En effet, il est prévu la poursuite de la diversification de l’offre du baccalauréat professionnel pour atteindre un taux de 10% de l’ensemble des élèves dans 4 ans. Aussi, la réforme préconise la généralisation de la création de parcours professionnels au sein des lycées techniques, d’élargir l’offre des filières internationales sur 3 ans pour englober 30% des élèves de l’ensemble des lycées qualifiants, de réduire le nombre des filières du baccalauréat, et de diversifier les parcours professionnels adaptés au marché du travail.

C’est dans ce même souci que la réforme retient la nécessité d’améliorer la qualité de la formation professionnelle. Ce qui, selon Mohamed Hassad, ne peut se faire que  grâce à une complémentarité entre les différentes composantes du système de l’enseignement via la création des passerelles entre les quatre principales branches de la formation professionnelle. En effet, cette complémentarité permettra aux lauréats méritants de la formation professionnelle d’accéder aux concours d’accès aux grandes écoles. Par ailleurs, et pour encourager les lauréats de ce secteur, le ministère retient  des mesures d’aide à la création d’entreprises.

Pour rappel, on comptait 316000 lauréats de la formation professionnelle au cours de l’année 2015-2016, dont 71% ont bénéficié de la formation de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail. Leur taux d’intégration atteint 80%. Selon les chiffres exposés par le ministère, on retiendra qu’il y a 449 000 stagiaires de la formation professionnelle dans le secteur public. Ils sont 74000 dans le secteur privé et 4535 au sein des associations.

La stratégie nationale prévoit, pour renforcer le secteur de la formation professionnelle, la création de 120 nouveaux établissements à un rythme de 24 unités par an. Ce qui permettra l’augmentation de la capacité d’accueil à 668 000 sièges et l’augmentation du nombre des élèves en baccalauréat professionnel à 150 000 élèves. Le ministère vise ainsi la formation de 1,7 million de lauréats, chiffre qui sera atteint à l’horizon de 2021.

Enfin, pour ce qui est de l’enseignement supérieur, la stratégie vise l’augmentation du nombre d’inscrits à l’université. Leur nombre se situe, selon les statistiques du ministère, autour de 838000 étudiants. Il est signalé que près de 33% des jeunes en âge de suivre des études universitaires sont inscrits à l’université et l’objectif de la stratégie est de porter ce taux à 45% à la rentrée scolaire de 2021-2022. La feuille de route de M. Hassad entend également s’attaquer à des problèmes précis de l’enseignement supérieur, notamment la surpopulation, le nombre des enseignants et la qualité de l’enseignement en vue d’une meilleure adaptation aux besoins de l’entreprise. Et pour améliorer le rendement de l’enseignement supérieur et l’employabilité, le ministre a indiqué qu’un mécanisme a été créé pour assurer le suivi des lauréats au niveau de chaque université et d’augmenter le nombre des étudiants inscrits dans des branches à fort taux d’emploi dans les établissements à accès libre. L’amélioration de l’encadrement pédagogique passe également par la révision des mécanismes d’embauche pour garantir plus de transparence et consacrer l’égalité des chances, le développement de règles d’embauche des professeurs et la valorisation des parcours d’embauche des compétences marocaines et étrangères.

Afin de réaliser les objectifs au niveau de ce volet pédagogique, Mohamed Hassad estime nécessaire d’agir sur le plan organisationnel, de la planification et de la gouvernance. Pour ce faire, dans la stratégie on parle d’amélioration des infrastructures et de décentralisation. Des chantiers qui s’étaleront sur les dix prochaines années car ils nécessitent une planification pointue. Ainsi, en ce qui concerne les infrastructures, leur promotion se fera à travers cinq composantes essentielles : les espaces et les équipements, l’élève, l’enseignant, l’administration éducative et les parents. Ainsi, pour la prochaine rentrée scolaire, on note la création de 55 établissements dont 26 en milieu rural et l’extension de 1 948 salles. Pour  l’année scolaire 2018-2019, il est prévu la création de 250 établissements dont 100 écoles communales en milieu rural. Il est à noter que globalement la stratégie prévoit la création de 100 établissements communaux à chaque rentrée scolaire.

Les besoins socio-économiques des élèves et étudiants sont mis en avant..

En matière de gouvernance, Mohamed Hassad met l’accent sur le retour à l’ordre et à la discipline à tous les niveaux du système de l’éducation et de la formation. Objectif : mettre fin à l’absentéisme des élèves et faire le meilleur usage possible des cadres d’éducation. Ce qui permettra une optimisation du temps scolaire aussi bien au profit des apprenants que des enseignants. Mais on n’en saura pas davantage, du moins pour l’heure, sur le détail des mesures relatives à ces aspects.

Enfin, la feuille de route ne passe pas sous silence le volet socioéconomique des élèves et étudiants. Ce qui nécessite, selon le ministre, une politique de planification pluriannuelle en vue de cerner les besoins en structures d’accueil, restauration scolaire, logements dans les internats et couverture médicale. Cette planification vise à développer le système de recensement des besoins des établissements scolaires et à renforcer le soutien social en révisant les critères de sélection des bénéficiaires des divers services sociaux prévus. 

Selon les données communiquées par le ministère de l’éducation nationale, le nombre des boursiers a atteint 340 000 bénéficiaires au cours de l’année scolaire 2016-2017, en hausse de 5% par rapport à l’année précédente. L’objectif est d’améliorer ces indicateurs en procédant à la généralisation de la bourse à l’ensemble des étudiants doctorants et aux inscrits aux divers masters à hauteur de 90%. Il importe de signaler que le conseil de gouvernement a validé le projet de décret d’extension de la bourse aux stagiaires des établissements de la formation professionnelle notamment les techniciens et les techniciens spécialisés. Dans un premier temps, une population de 80 000 bénéficiaires touchera cette bourse qui sera servie par l’OFPPT. Les conditions d’octroi retenues seront identiques à celles qui sont actuellement en vigueur pour les étudiants de l’enseignement supérieur.

Par ailleurs, et toujours au volet social, la feuille de route prévoit des mesures juridiques en vue d’augmenter le nombre des étudiants bénéficiaires de la couverture médicale. Aujourd’hui, le nombre des bénéficiaires d’une couverture médicale ne dépasse pas les 28679 étudiants, soit 10% du nombre initialement retenu par le gouvernement. Soit 280 000 bénéficiaires. Il importe de signaler que ces mesures d’extension sont à l’étude depuis 2016 mais n’ont toujours pas été finalisées.

Autre volet pour l’amélioration des conditions des étudiants de l’enseignement supérieur : l’hébergement. Ils sont actuellement 60 949 étudiants à bénéficier de ce service. Il sera procédé à l’extension de six cités universitaires et la construction de six autres. Il est également prévu la construction de neuf résidences d’étudiants. Ce qui se traduira par l’offre de 20 160 nouveaux lits. Le plan d’action ministériel a également programmé la construction de sept restaurants universitaires.

Chaque rentrée scolaire apportera son lot de changements. C’est ce qu’a décidé Mohamed Hassad, ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, en optant pour une mise en œuvre progressive de la réforme. En effet, chaque année, le ministère déclinera les mesures qui entreront en vigueur. Ainsi, pour septembre prochain, il n’y aura plus de classe de plus de 40 élèves. 80% des classes seront à moins de 35 élèves et 50% à moins de 30. Le ministère promet aussi des classes et du mobilier en bon état. Contrairement aux années précédentes et pour plus d’efficacité, la rentrée aura lieu le 7 septembre et l’enseignement sera rapidement opérationnel. Il est à rappeler que les inscriptions ont été déjà effectuées dans les établissements publics. Les emplois du temps sont en cours de préparation et devront être bouclés avant la fin juillet. Sans compter le renforcement de l’effectif des enseignants puisque 24 000 enseignants supplémentaires auront été recrutés par contrat. Autre nouveauté : le retour à la méthode classique d’enseignement de la lecture à travers l’alphabet pour la langue arabe. La méthode globale n’a pas donné de bons résultats. Deuxième mesure pour la rentrée 2017-2018 : l’introduction du français dès la première année, et les heures de langue française seront renforcées dès la deuxième année du primaire. A la prochaine rentrée, le nombre de places pédagogiques pour le bac technique passeront à 70 000 contre 14000 actuellement. Le ministère a également annoncé une «forte accélération du baccalauréat international». Enfin, il y a lutte contre l’absentéisme des élèves. Un point sur lequel peu de détails ont été donnés. On ne saura pas non plus ce qui est prévu pour remédier à l’absentéisme des enseignants…

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