Rabat : la stratégie de lutte contre la mendicité produit ses premiers effets
17 février 2017
Aziza belouas (1413 articles)
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Rabat : la stratégie de lutte contre la mendicité produit ses premiers effets

Mis en place depuis le 23 janvier, le numéro vert reçoit 60 appels par jour. Les 382 personnes interceptées ont été ramenées au Centre Mohammadia de Rabat. 50% ont pu être réintégrées dans leurs familles et 30% ont bénéficié d’une réinsertion institutionnelle. L’observatoire, nouvellement créé, doit rendre son premier rapport en mars.

Opérationnel depuis le 23 janvier, le numéro vert, mis en place par la wilaya de Rabat dans le cadre de la lutte contre la mendicité et le vagabondage, reçoit 60 appels par jour. Ce qui signifie, selon la wilaya, que «les citoyens ont bien reçu le message et sont impliqués dans la démarche de la wilaya». Celle-ci, rappelons-le, a annoncé, mi-janvier, la mise en place du numéro vert ainsi que la création d’un observatoire. «Ce sont deux mesures nouvelles adoptées afin de lutter contre la mendicité et le vagabondage dans la région de Rabat», expliquent des responsables à la wilaya.

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de l’Initiative nationale pour le développement humain et en application de la convention-cadre sur la mise en œuvre du schéma régional de lutte contre la précarité dans la région Rabat-Salé-Kénitra pour la période 2016-2020. La wilaya a aussi mis en place un cadre institutionnel via la formation du comité préfectoral pour la protection sociale, où siègent les instances élues, les autorités sécuritaires et sociales, ainsi que les associations intervenant dans la lutte contre la précarité. Selon la wilaya, ce comité doit mettre en œuvre le programme préfectoral de lutte contre la mendicité et le vagabondage et mettre en place des dispositions et des mesures afin de cerner la problématique, faire le suivi des actions et assurer la bonne gouvernance des centres d’accueil. Il devra également jouer un rôle de coordination en vue de réaliser les objectifs fixés.

Comment fonctionne ce numéro vert ? Et quelle est la mission de l’Observatoire?

Le numéro vert «0800000202» est mis à la disposition du public pour informer sur les cas de vagabondage interceptés et garantir l’intervention et l’action rapide des unités mobiles d’assistance sociale. Abdenbi Chouiter, directeur de Centre Mohammadia pour la protection sociale, indique qu’«une fois l’appel reçu, l’unité mobile se rend à l’adresse indiquée et prend en charge les personnes en situation de détresse».

Le Centre Mohammadia pour la protection sociale, situé dans la Médina de Rabat, est le seul centre d’accueil de la région. Il constitue de ce fait la première destination de tous les mendiants interceptés et ramenés par les unités mobiles d’assistance sociale du centre, celles des autorités locales ou de la Sûreté nationale ou à l’initiative des associations. Selon Ahmed Zaoui, chef de la division de l’action sociale à la wilaya de Rabat, «la concentration de ces actions au niveau du centre est délibérée car elle permettra de concentrer les informations et de cerner la problématique au niveau régional. Cela facilitera le travail et la réalisation des actions prévues dans la stratégie de la wilaya». Il ajoutera que 380 personnes ont été accueillies par le centre depuis le démarrage du numéro vert. On précisera que 50% de ces personnes ont retrouvé leurs familles et 30% ont pu bénéficier d’une réinsertion institutionnelle.

Selon les statistiques communiquées par la direction du centre, celui-ci a accueilli, depuis sa création en 2008, 30 000 personnes en situation de précarité. Le chef de la division de l’action sociale explique que la prise en charge du centre se fait, dans un premier temps, à travers plusieurs prestations sociales destinées aux mendiants et autres vagabonds, notamment l’hygiène, les soins médicaux, les habits. Par la suite, commence une deuxième phase de prise en charge, entamée par une enquête sociale menée par le Centre de protection sociale pour chaque personne en vue de sa réinsertion.

30 000 personnes ont transité par le centre depuis 2008

Selon M. Chouiter, la réinsertion se fait selon diverses approches. Ainsi, dans un premier temps, il y a l’approche visant l’insertion familiale en vue d’une intégration des bénéficiaires dans leur milieu familial. Les assistantes sociales du centre font les recherches nécessaires à Rabat ou dans les autres villes afin de retrouver les familles et d’établir le contact. En deuxième lieu, et au cas où l’insertion familiale n’a pas pu s e faire, il est proposé une réinsertion institutionnelle des bénéficiaires dans les centres d’accueil situés à Rabat ou bien dans les centres d’accueil à proximité ou dans leurs villes d’origine. La troisième approche est, quant à elle, d’ordre socioéconomique à travers la mise en place de micro-projets en vue de proposer des opportunités d’insertion offertes par l’INDH et les secteurs sociaux.

Il est à signaler que la durée d’accueil au niveau du centre est fixée à 7 jours mais peut, si aucune solution n’est trouvée pour la prise en charge de la personne concernée, être prolongée de quelques jours. Le centre dispose d’un budget de 2 MDH par an, financé par l’INDH, l’Entraide nationale, le Conseil de la ville ainsi que les différents conseils préfectoraux et régionaux. Il ne peut assurer que l’accueil provisoire de ces personnes et lorsque celles-ci présentent des besoins spécifiques tels que les handicapés mentaux ou physiques, les personnes malades, les enfants et les mères célibataires, elles sont adressées à des centres sociaux de la région ou bien dans d’autres villes. Ainsi, les malades mentaux sont adressés à l’Hôpital Razzi de Salé qui, selon le directeur du Centre Mohammadia, ne dispose que d’une capacité limitée d’accueil de 100 lits. Pour les mères célibataires et les enfants abandonnés, leur placement se fait sur décision judiciaire auprès des institutions spécialisées, notamment les centres pour la protection de l’enfance, l’Association Aicha Echenna ou encore d’autres associations dans les villes de Meknès, Agadir, etc.

Toutes les actions du Centre Mohammadia sont encadrées par le comité composé des représentants de la coordination régionale de l’Entraide nationale, de la Direction préfectorale de la santé ainsi que les directeurs des centres d’accueil de la préfecture de Rabat. Son rôle? Encadrer l’action des unités mobiles d’assistance sociale et définir leurs programmes d’action. Il prend les décisions quant à l’approche à adopter pour la réinsertion des mendiants et vagabonds accueillis. Il a également pour objectif l’établissement d’une base de données sur les bénéficiaires et les centres d’accueil existants à Rabat ainsi que sur la capacité d’accueil disponible.

Et c’est sur la base de ces informations que l’observatoire, nouvellement créé, pourra cerner la problématique de la mendicité et du vagabondage dans la région de Rabat. L’observatoire a déjà commencé à travailler et selon la division de l’action sociale, un premier rapport sera élaboré à la fin du mois de mars prochain. Ce travail permettra de faire des recherches et surtout d’orienter les politiques et les interventions pour définir les actions à même de permettre d’atténuer ce phénomène.

A la division de l’action sociale de la wilaya, on ne communique pas une estimation des mendiants et autres vagabonds, mais on retiendra toutefois que 80% de cette population vient des autres régions du Royaume. Géographiquement, Salé, Témara et Ain Aouda constituent les points noirs dans la région de Rabat. On relève une forte concentration des mendiants à Salé et précisément dans les quartiers El Karia et Sidi Moussa. «Dans ces quartiers, des femmes et des hommes, venus de plusieurs villes du Royaume, habitent en co-location dans des chambrettes et vivent uniquement de la mendicité. On peut même parler d’une mendicité organisée, voire professionnelle», indique Abdenbi Chouiter.

Et le directeur de conclure que «la mise en place d’une stratégie de lutte contre la mendicité dans d’autres régions du Royaume permettra d’enrayer ce phénomène, de renforcer les structures d’accueil dans différentes villes et de tisser un partenariat entre les diverses structures d’accueil».

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