Plus de 32 000 élèves et étudiants suivent l’enseignement traditionnel
24 mars 2017
Aziza belouas (1396 articles)
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Plus de 32 000 élèves et étudiants suivent l’enseignement traditionnel

Le système compte 288 établissements dont 51,55% en milieu urbain. Les étrangers sont au nombre de 484 inscrits. Les lauréats de cette filière veulent travailler dans l’enseignement ou dans le domaine religieux.

Dispensé dans les Kouttabs et les écoles traditionnelles, l’enseignement traditionnel comprend les cycles préscolaire (tranche d’âge 4 et 5ans), primaire, collégial, secondaire et terminal (supérieur). Ce sont, selon les statistiques du ministère des Habous et des affaires islamiques, 32 030 élèves et étudiants qui sont inscrits dans 288 établissements en 2016-2017. Quelle est la place de l’enseignement traditionnel dans le système éducatif national ?

Selon le ministère, ce secteur revêt une grande importance dans le système éducatif national. Pour preuve, «la stratégie relative au secteur s’intègre dans la vision du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique sur la réforme de l’école nationale 2015-2030. Les objectifs, selon les instructions royales, sont la mise à niveau des structures d’accueil de l’enseignement traditionnel, sa gestion administrative, ses méthodes pédagogiques ainsi que le renforcement des passerelles avec l’enseignement public». Il est également nécessaire de souligner que cette stratégie permettra aux apprenants de ce type d’enseignement de disposer des mêmes conditions d’accès et de qualité dont disposent les élèves et étudiants de l’enseignement général.

Quel est le profil des inscrits dans ce type d’enseignement ? Et quels en sont les débouchés ?

Historiquement, l’enseignement traditionnel est le premier type d’enseignement qu’a connu le Maroc depuis l’avènement de l’islam. Il était essentiellement dispensé dans les mosquées que l’on construisait au fur et à mesure de l’islamisation du pays et qui servaient de lieux de prières mais aussi d’apprentissage et d’éducation. L’imam de la mosquée avait également pour mission de faire mémoriser le Saint Coran aux enfants de la tribu dans le milieu rural ou du quartier dans les villes. C’est une mission qui se perpétue encore de nos jours dans des milliers de mosquées ou de leurs dépendances, avec des apprenants des deux sexes de tout âge. Mais, au fil du temps, ces lieux d’apprentissage et de mémorisation du Saint Coran devinrent des écoles enseignant les sciences théologiques et les sciences annexes. Certaines mosquées devinrent de véritables universités comme la mosquée-université Al Qaraouyine à Fès ou la mosquée-université Ibn Youssouf à Marrakech.

Aujourd’hui, cet enseignement s’est développé et s’est ouvert à d’autres disciplines puisqu’il permet, selon le ministère, aux élèves et étudiants qui le suivent d’apprendre par cœur le Coran, d’étudier les sciences de la chariâ, d’acquérir les principes des sciences exactes et humaines, de développer leur savoir et leurs connaissances dans le domaine de la culture islamique et de s’ouvrir sur les langues étrangères et les autres cultures, dans le respect des principes des valeurs de tolérance et de juste milieu de l’Islam.

L’enseignement traditionnel dispose d’un statut particulier

On retiendra, par ailleurs, selon le ministère, que l’enseignement traditionnel se caractérise par son statut particulier à plusieurs dimensions. Premièrement, une dimension éducative du fait qu’il constitue un type d’enseignement à part et que ses établissements assurent une éducation et une formation particulières, et participe au relèvement du taux de scolarisation et à l’abaissement de celui de l’analphabétisme. Deuxièmement, il a une dimension sociale, compte tenu de l’intérêt que suscitent les établissements de l’enseignement traditionnel chez certaines familles. Il a aussi une dimension religieuse du fait qu’il assume la formation des préposés religieux et oulémas afin de répondre aux besoins du pays en ce domaine. Et enfin, on ne peut omettre de souligner sa dimension historique représentée par le rôle spécifique joué par l’enseignement traditionnel à travers les étapes importantes de l’histoire du Maroc, à savoir le renforcement et la protection des aspects religieux et patriotiques de l’identité nationale et la propagation des valeurs islamiques basées sur la modération et la tolérance.

Dresser le profil spécifique de l’apprenant de ce type d’enseignement n’est pas, de l’avis de certains sociologues, facile. Mais l’on retiendra, poursuivent ces mêmes sources, que la majorité des élèves et étudiants sont d’origine paysanne, mais il y a aussi des élèves dont les parents sont des ouvriers ou encore des commerçants. Il est également signalé que la majorité d’entre eux ont des parents qui ont aussi suivi cette même filière. On notera, par ailleurs, une omniprésence de ce type d’enseignement dans le milieu rural ainsi que les petites villes. Et cela même si, selon les données chiffrées relatives à 2016-2017, sur les 288 établissements, 51,55% sont situés en milieu urbain et 48,43% en milieu rural. Concernant la répartition régionale, c’est dans le Nord, notamment dans les villes de Tanger-Tétouan et Al Hoceima que l’on compte le plus grand nombre d’écoles, soit 73. Cette région est suivie par Souss-Massa où se situent 68 établissements et enfin Marrakech-Safi avec 34 écoles. L’importance de la population étudiante originaire de ces trois régions s’explique, selon les sociologues, par l’intérêt traditionnellement accordé par les familles à l’enseignement traditionnel. La répartition par sexe des inscrits révèle une faible présence féminine dans ce type d’enseignement. Seulement 17,17% de l’effectif global sont des filles. L’enseignement traditionnel reste principalement masculin.

D’autre part, il importe de souligner la présence d’étudiants étrangers, notamment africains, dans les établissements de l’enseignement traditionnel. Ainsi, pour l’année 2016-2017, le nombre d’inscrits étrangers atteint 484 étudiants et élèves. Ceux originaires de Guinée arrivent en tête puisqu’ils sont 209 inscrits dans les divers niveaux de l’enseignement traditionnel. Le Sénégal vient en deuxième position avec 68 élèves et étudiants et enfin le Nigéria occupe le troisième rang avec 58 inscrits. Suivi par la Côte-d’Ivoire avec 52 élèves. On notera également la présence de 32 inscrits provenant de l’Indonésie.

Au-delà du nombre d’inscrits et de leur origine, il est intéressant de savoir comment s’est fait le choix de l’enseignement traditionnel. Selon des sociologues, les critères du choix varient selon les conditions et le milieu de vie des intéressés. Mais la tendance révélerait que cela s’est fait, dans le milieu rural en tout cas, en raison de l’éloignement de l’école publique mais aussi en fonction de la vie communautaire. «En ville, on pourrait considérer que cette option s’est imposée parfois suite à un échec scolaire pour éviter l’abandon de l’école ou suite à une décision du père», explique un professeur de Chari’a à la Faculté des lettres d’Ain Chock. On notera aussi, selon des chercheurs, que la moitié des élèves et des étudiants sont passés par l’école moderne.

La mise en place de passerelles avec l’enseignement moderne est nécessaire

Si l’on considère les statistiques du ministère, c’est dans le niveau primaire que l’on enregistre le plus grand nombre d’inscrits. Soit 21046 élèves. Au collège et au lycée, ils sont respectivement 6 390 et 3 397. Et dans le niveau supérieur, le nombre est seulement de 297 étudiants. Le taux de réussite global est de l’ordre de 76,25%.
Pour l’enseignement supérieur, les lauréats s’inscrivent essentiellement dans les Facultés de Chari’a de Fès et d’Agadir, suivent des études de théologie à Tétouan, de langue arabe à Marrakech ou encore vont à Dar Al Hadith Al Hassania à Rabat. Par ailleurs, certains d’entre eux intègrent les filières des lettres et d’études islamiques des facultés.

Ce sont là les principaux cursus suivis par les étudiants de l’enseignement traditionnel qui sont de plus en plus nombreux à souhaiter une passerelle entre leur filière et l’enseignement moderne. Selon des observateurs, cette problématique constitue une des questions urgentes dans le système de l’enseignement traditionnel au Maroc car elle consacre la séparation entre deux univers scolaires : d’un côté, l’univers scolaire moderne, et, de l’autre, l’univers scolaire traditionnel. Ils se juxtaposent mais ne communiquent que rarement, notamment dans le milieu urbain et sinon jamais dans le monde rural. De ce fait, ce chantier est prioritaire dans la stratégie pour le développement de l’enseignement traditionnel. «Même s’il y a des étudiants qui intègrent de plus en plus des filières modernes, la demande de passerelle est importante en vue d’une intégration dans le système scolaire moderne par une population étudiante concernée», affirme un professeur d’hématologie du CHU de Rabat. Cet originaire de Taza est un produit de l’enseignement traditionnel qui a intégré la Faculté de médecine de Rabat. «J’ai intégré la filière du traditionnel sur décision de mon père qui est fqih et ensuite j’ai intégré l’enseignement moderne en vue de faire les études dont je rêvais: la médecine. Mais j’ai en parallèle poursuivi des études islamiques de théologie… C’est une formation diversifiée que je ne regrette pas et dont je suis aujourd’hui fier», se félicite cet hématologue. En revanche, pour ses deux enfants, des garçons, il a choisi la Mission française et le Koutab les mercredis et les samedis. «C’est un choix que j’assume et qui leur permettra d’avoir une éducation à la fois moderne et traditionnelle. Ils font des cours d’apprentissage du Coran et de tajwid», indique-t-il.

Globalement, les étudiants de l’enseignement traditionnel souhaitent plutôt travailler dans le secteur public, notamment dans les domaines religieux et l’enseignement. Ils sont généralement enseignants, adouls, juges ou encore imams, prédicateurs et prêcheurs.

Selon le ministère des Habous et des affaires islamiques, les établissements de l’enseignement traditionnel sont essentiellement gérés par des associations (68,29%). Les inscrits y sont majoritairement, 82,86%, en régime d’internat. Ceci concerne essentiellement les garçons, puisque seulement 1,08% des internes sont des filles. Le soutien de l’Etat n’a cessé d’augmenter durant ces dix dernières années, permettant la généralisation des bourses à tous les élèves et étudiants de cet enseignement (du primaire au supérieur) et la quasi-généralisation de la prime des enseignants et administratifs. Le secteur emploie, selon les chiffres du ministère, 338 professeurs. Soit un ratio d’un enseignant pour 8 élèves. Outre le financement des bourses, le soutien étatique revêt d’autres formes, notamment l’approvisionnement en denrées alimentaires pour les internats, l’achat des livres scolaires et ouvrages de référence pour les bibliothèques, l’encadrement et le contrôle administratif et pédagogique des cadres pour qu’ils améliorent leurs prestations, l’équipement des établissements, le soutien au réaménagement et enfin la construction de nouveaux établissements. Globalement, les ressources financières proviennent du ministère des Habous et des affaires islamiques (budget de l’Etat et budget autonome), du mécénat privé à caractère religieux lié à la notion de Wakf et de Ihssan, de l’Initiative nationale pour le développement humain, de l’Entraide nationale, des associations ainsi que des autorités locales, des collectivités locales et des conseils provinciaux et régionaux.

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