Malgré les efforts, les personnes à besoins spécifiques restent exclues…
22 décembre 2017
Aziza belouas (1425 articles)
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Malgré les efforts, les personnes à besoins spécifiques restent exclues…

La population à besoins spécifiques est estimée à 2,2 millions de personnes. Elles sont majoritairement âgées, analphabètes et inactives. Garantir leur mobilité, leur scolarisation et leur intégration professionnelle, autant de défis à relever pour les pouvoirs publics.

Un Observatoire national pour les personnes en situation de handicap. Sa création a été annoncée, début décembre, par le  ministère de la solidarité, de l’égalité, de la famille et du développement social et elle s’inscrit dans le cadre des dispositions de l’article 34 de la Constitution qui invite les pouvoirs publics à élaborer et à mettre en œuvre des politiques destinées aux personnes et aux catégories à besoins spécifiques notamment les personnes handicapées. La mise en place de cet observatoire est également conforme à l’esprit de la Convention internationale sur la protection des personnes handicapées. Pour le ministère de Bassima Hakkaoui, cette structure fait partie des mesures de la politique nationale pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap au Maroc. Stratégie nationale mise en place depuis 2015.

Dans le milieu associatif, l’on reste toutefois sceptique. Les différents acteurs de la société civile, impliqués dans ce dossier, estiment que «c’est une bonne initiative certes mais il faut savoir quelles sont les prérogatives de cette structure, son autonomie par rapport au ministère de tutelle et surtout il importe de connaître la portée de son pouvoir. Cet observatoire jouera-t-il seulement un rôle consultatif ou alors sera-t-il décisionnel ?». Pour les diverses associations pour les personnes en situation de handicap, «il faut qu’une telle structure puisse renforcer les actions des pouvoirs publics et travailler en concertation avec les acteurs de la société civile pour pouvoir améliorer la situation de cette population qui reste aujourd’hui, en dépit des efforts fournis, difficile et problématique à bien des égards. Et les résultats des enquêtes nationales sont là pour en attester».

Selon les statistiques officielles, le Maroc compte plus de 2,2 millions de personnes souffrant d’un handicap psychique, physique, cognitif. Elles représentent 6,8% de la population globale du pays. Un peu moins de la moitié de la population handicapée (46,5%) est âgée de 60 ans et plus, contre près de 8% pour les moins de 15 ans. Les statistiques du Haut commissariat au plan révèlent que 46,5% sont mariées, contre 30% de célibataires. Chez les femmes, 21% sont veuves et 3% sont divorcées. S’il n’ y a pas de différenciation entre les deux sexes, on peut, cependant, noter que la prévalence du handicap est plus significative dans le milieu rural que dans les villes. Ainsi, dans les campagnes elle atteint 5,5% contre 4,8% en milieu urbain. Globalement, les personnes handicapées sont majoritairement avancées dans l’âge, mariées ou vivant dans une famille, analphabètes et plus confrontées au chômage.

Au-delà des données chiffrées, le handicap est une réalité sociale problématique pour le pays notamment en termes de développement humain. En effet, les personnes en situation de handicap vivent dans des conditions de vie très difficiles et subissent une exclusion sociale. On retiendra dans ce sens qu’environ 66,5% (plus de 1,1 million de personnes handicapées) n’ont aucun niveau d’instruction contre 35,3% parmi les personnes non handicapées. Cette situation touche plus les femmes (79,5%) que les hommes (53,4%), selon les données du HCP. Il y a également lieu de noter que 86,6% de cette population ne travaille pas. On retiendra que le taux de chômage des personnes en situation de handicap, de léger à très sévère, est de 47,65%, soit 290 000 personnes. Ce taux est 4 fois supérieur au taux de chômage national (10,6%). Le taux de chômage des personnes en situation de handicap, de modéré à sévère, il s’élève à 67,75% (174 494 personnes). Ce taux est 6 fois supérieur au taux de chômage national.

Concernant la scolarité des personnes en situation de handicap, l’enquête nationale souligne qu’un jeune sur deux (55,1%) en situation de handicap, de degré léger à très sévère, est scolarisé. Par ailleurs, il est noté que 79% des enfants handicapés âgés de 5 à 17 ans ont atteint, au plus, le niveau primaire au moment de l’enquête.

Absence de synergies et faible convergence entre les programmes publics

Pour le Groupe AMH, Amicale marocaine des handicapés, «la Journée mondiale des personnes handicapées célébrée le 3 décembre de chaque année est une occasion de faire le point sur l’état des lieux et cela permet aussi de constater que les personnes handicapées sont toujours en situation d’exclusion en dépit de la stratégie nationale et des divers programmes publics mis en place par le gouvernement». En effet, les pouvoirs publics ont mis en place plusieurs programmes à travers le ministère de la solidarité, de la famille, de l’égalité et du développement social, les établissements sous sa tutelle, notamment l’Entraide nationale et l’Agence de développement social. Seulement, selon des observateurs, la réalisation de ces programmes n’est pas optimisée en raison d’un manque de synergie entre les différents partenaires. Autrement dit, le manque de coordination sur le terrain explique que ces programmes, même s’ils sont inscrits dans la stratégie nationale, ne répondent pas parfaitement aux besoins des personnes à handicap. Selon la société civile, très active dans le domaine, «la synergie entre les diverses actions est nécessaire entre le public et l’associatif fortement impliqué dans le domaine du handicap. On compte aujourd’hui plus de 1 000 associations nationales actives pour l’accompagnement des personnes en situation de handicap aussi bien au niveau de la concrétisation de leurs projets de vie, dans la prise en charge médicale, dans la scolarisation et la formation…».

Pour ce qui est de la scolarisation, nombreux sont les enfants en situation de handicap qui ne vont pas à l’école. Or le texte de loi amendant le dahir n°1.63.071 du 13 novembre 1963 relatif à l’obligation de l’enseignement fondamental ouvre la voie à la scolarisation obligatoire des enfants handicapés et impose aux parents de scolariser leur enfant  jusqu’à l’âge de 17 ans. Pour ce qui est de l’insertion professionnelle des personnes à besoins spécifiques, des initiatives ont été entreprises pour insérer ces personnes dans le marché du travail. C’est notamment le cas de l’association «Espoir Maroc» qui organise chaque année un forum d’emploi, «Handicap Maroc». Cette rencontre est destinée à mettre en relation directe des personnes handicapées avec des entreprises privées ou publiques, à travers des espaces emploi et formation.

Un partenariat avec la société civile est nécessaire

Enfin, pour l’accessibilité dans les lieux publics, un obstacle majeur pour cette population, de nombreux aménagements sont prévus notamment dans les gares ferroviaires. Des espaces d’accueil et de vente adaptés seront mis en place, ainsi que des sanitaires pour les personnes à mobilité réduite, des places de parking dédiées et diverses commodités d’accessibilité : rampes d’accès, ascenseurs, fauteuils roulants… Sur les quais, des circuits adaptés, des passages dénivelés ainsi que des quais surélevés seront installés. «Pour l’heure, il s’agit de chantiers qui n’ont pas encore vu le jour et il faut dire que les personnes à mobilité réduite ont toujours et encore un quotidien difficile et dur. Il reste beaucoup à faire pour rendre les administrations, les commerces, les écoles, les habitations, les transports et la voirie accessibles à toutes les personnes en situation de handicap». Tout comme il reste beaucoup à faire en matière d’accès aux soins. Car seuls 34,1% des personnes souffrant de handicap bénéficient d’un régime de protection sociale et 60,8% n’ont pas accès aux soins généraux offerts par le système de santé. Par ailleurs, 37,5% des personnes souffrant de handicap de degré modéré à sévère ont besoin d’aides techniques.

Les pouvoirs publics ont certes engagé des actions visant la prise en charge de cette population et l’amélioration de leur quotidien, mais un effort continu et soutenu est nécessaire pour la promotion de leurs droits. Ce qui implique, selon les associations, un partenariat avec la société civile.

Le gouvernement a adopté, en 2015, une politique publique intégrée (2016-2026) visant à promouvoir les droits des personnes en situation de handicap. En juillet 2017, un plan d’action national (2017-2021) pour la mise en œuvre des politiques publiques intégrées visant à promouvoir les droits de cette catégorie de la population a été adopté. Sur le plan juridique, on notera également la promulgation, en 2016, de la loi-cadre 97.13, inspirée dans sa définition du handicap de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Toutes ces mesures visent la prise en charge multidimensionnelle d’une population estimée à plus de deux millions de personnes. Selon le ministère de la solidarité, de la famille, de l’égalité et du développement social, la politique nationale contribue, au niveau des droits économiques et sociaux des personnes en situation de handicap, via le Fonds d’appui à la Cohésion sociale, à mettre à disposition les appareils nécessaires afin d’assurer une assistance technique, la promotion de l’insertion professionnelle, des activités génératrices de revenus et l’amélioration des conditions d’éducation des enfants. Ainsi, les provisions financières du fonds sont passées de 55 à 111 millions de dirhams entre 2015 et 2016. En ce qui concerne le soutien de la scolarisation des personnes en situation de handicap, la Vision stratégique 2015-2030 prend en considération la jouissance de cette catégorie du droit à l’éducation. Les statistiques disponibles indiquent un taux de scolarisation d’enfants handicapés âgés de 6 à 17 ans de 49,5%, équivalant à 85000 enfants, soit une augmentation de 15,5% par rapport aux résultats de la première enquête nationale sur le handicap réalisée en 2004. Les réalisations dans ce domaine ont été renforcées par la construction de 700 classes intégrées au profit de 8 000 élèves et la publication d’une décision ministérielle en mai 2017 qui a pour objectif de prendre les dispositions nécessaires pour adapter les examens diplômants aux élèves en situation de handicap dans les écoles primaires et secondaires. Sur le plan de l’intégration professionnelle, les personnes en situation de handicap ont droit à un quota de 7% tel que stipulé dans les circulaires ministériels 05.81 et 07.92 concernant les conditions et les modalités d’organisation des concours de recrutement dans les fonctions publiques et l’aide sociale des personnes en situation de handicap. Par ailleurs, il y a lieu de signaler que le Code du travail de 2004 interdit la discrimination fondée sur le handicap En ce qui concerne le droit à la santé, la loi 65.00 (novembre 2002) garantit aux enfants handicapés un système de couverture médicale à vie. En outre, la loi-cadre 97.13 prévoit un diagnostic précoce du handicap et l’accès aux services de santé nécessaires. Enfin, concernant la mobilité, une étude de l’existant a été réalisée sur l’accessibilité des moyens de transport et deux cadres de référence ont été élaborés. Le premier sur les normes techniques relatives à l’accessibilité dans les moyens de transport et le deuxième à propos des caractéristiques à insérer dans les cahiers des charges relatifs à la gestion des moyens de transport. Dans le même contexte, la loi sur la communication audiovisuelle garantit l’accès des personnes ayant une déficience auditive aux programmes diffusés. Egalement, le nouveau projet de loi relatif au Conseil national des droits de l’Homme prévoit la mise en place du mécanisme national de suivi de la mise en œuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Par ailleurs, le ministère signale que la stratégie inclut le soutien et le renforcement des acteurs de la société civile agissant dans le domaine du handicap. On compte aujourd’hui 1 000 associations au niveau national organisées en 35 réseaux associatifs. Ces associations bénéficient du soutien financier de l’État pour gérer leurs projets et soutenir leurs objectifs de sensibilisation. En 2016, le soutien financier des associations œuvrant dans le domaine de la scolarisation des enfants a atteint 53 millions de dirhams. Dans le domaine sportif, la valeur du soutien financier a atteint, en 2016, plus de 8 millions de dirhams.

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