Les youtubeurs marocains à la conquête du net
13 septembre 2017
Hicham HOUDAIFA (118 articles)
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Les youtubeurs marocains à la conquête du net

Une nouvelle génération d’animateurs sur Youtube revendique le droit de s’exprimer librement sur des sujets d’intérêt public. Ils sont suivis par des millions de personnes, généralement jeunes. Youtube est devenu une vitrine professionnelle pour ces créateurs 2.0.

L’été 2017 a été marqué par l’agression sexuelle perpétrée par un groupe d’adolescents sur une jeune fille dans un bus à Casablanca. Une agression qui a été filmée et diffusée sur le net et les réseaux sociaux. La presse s’en est saisi. Les youtubeurs encore plus. Parmi eux Khalid Sherrif qui anime l’émission à succès «Black Moussiba» sur sa chaîne Youtube. Le sujet est grave, mais le ton du podcasteur est léger. Khalid oppose intelligemment des répliques de grands comiques comme Adil Imam, Hassan El Fad ou encore Mohamed El Jem aux déclarations des amis et à la famille des agresseurs/violeurs qui essaient de minimiser l’affaire, du porte-parole de la société de transport qui défend le chauffeur… La vidéo de 10 minutes se laisse voir et Khalid Sherrif réussit la prouesse de faire avec humour le tour de la problématique tout en pointant du doigt ce qui fait mal : la faillite du système éducatif et des parents, de plus en plus absents, dans la vie de leurs enfants…

La télé en danger ?

Bienvenue dans l’univers des youtubers. Un univers à part qui attire de plus en plus le public, notamment les jeunes de moins de 25 ans. «Je ne regarde plus la télévision, sauf pour un match de football pour le plaisir de le voir en groupe. Pour tout le reste, il y a Youtube pour mes séries préférées, pour écouter de la musique ou encore regarder les vidéos des podcasteurs», nous explique Salim, 17 ans, qui passe son bac cette année. Les podcasteurs, ce sont ces créateurs de vidéos, séries web qui durent quelques minutes, qu’ils «postent» sur une chaîne Youtube, mais aussi sur Facebook, Instagram, Snaptube. Il s’agit de vidéos mettant en scène une personne, le youtubeur, qui se filme en train de deviser sur une affaire, traiter d’un sujet ou raconter une histoire qui lui paraît importante. Dans ces vidéos, on parle de tout: de faits divers, de comment réussir son make-up, du conflit des générations… Le paramètre de succès pour ces youtubeurs, ce sont le nombre de «j’aime» et de «vues». Et ils sont nombreux ces réalisateurs de vidéos 2.0 à enregistrer des chiffres très respectables.

Anouar Ferhat fait partie de ces jeunes qui ont réussi le pari de mettre en ligne des vidéos qui touchent un grand nombre d’internautes. Ses émissions satiriques sur le smartphone ou lmakla (la bouffe) associent humour et critique de la réalité pour le plus grand plaisir de ses followers (suiveurs). Il a été consacré en 2017 youtubeur de l’année lors des derniers Maroc Web Awards, l’évènement web qui réunit chaque saison «geeks, blogueurs, influenceurs, entrepreneurs, politiciens, hauts responsables et journalistes afin de célébrer et promouvoir le web au Maroc».

Un des plus anciens, et des plus connus de ces youtubeurs, est Mohamed Nassib, qui met en ligne, depuis août 2011, une série animée autour du personnage de Bouzebal. On voit notre héros évoluer dans son environnement, un quartier populaire d’une grande ville marocaine, et faire face à des situations cocasses, comiques et touchantes. Bouzebal vient d’un milieu pauvre, ne travaille pas, n’est pas présentable et doit faire avec un physique et un look loin d’être avantageux. On le retrouve dans différentes situations et on découvre également d’autres personnages, ses voisins, amis et membres de sa famille, très représentatifs des réalités dans les quartiers marginalisés des grandes villes marocaines. Preuve du succès de la série : des répliques de Bouzebal sont devenues mythiques, étant reprises par des internautes notamment sur Facebook. Pendant des années, Nassib a été le youtubeur le plus suivi du pays avec un nombre d’abonnés dépassant le demi-million.

La scène des youtubeurs a pris de la consistance ces dernières années, avec l’arrivée de podcasteurs de qualité qui ont su attirer un nombre important d’abonnés. Yassine Jerram fait partie des stars montantes de la galaxie Youtube. Le jeune homme est également animateur dans une chaîne de radio privée de la place. Comme bon nombre de youtubeurs, il a commencé à filmer en amateur, en utilisant son téléphone portable. Puis il s’est lancé dans la vidéo sur Youtube avec des podcasts le mettant en scène. Dernièrement, il a aussi investi le créneau de la vidéo musicale. Amine Raghib, lui, s’est consacré à des sujets pratiques. Il essaie d’apporter, via ses vidéos, une information qui pourrait améliorer la vie des internautes. Auteur de Al Mouhtarif Chanel, une chaîne Youtube qui existe depuis 2011, il met en ligne des vidéos avec un savoir important en termes de nouvelles technologies, à la fois informatif et éducatif, et ce, à destination d’un public de jeunes et de moins jeunes. Sur Al Mouhtarif Channel, on parle des «sensor box» pour les téléphones portables, de protection informatique…

Autre star montante du podcast utilitaire, Abdellah Abujad. Ses chaînes Youtube H-ne9qra, Finene9qra, H-ne5dam rencontrent un grand succès chez les internautes, parce que notre podcasteur propose des vidéos didactiques sur les différentes catégories des diplômes marocains, l’enseignement, le développement personnel… Dans la même foulée, il lance un autre programme sur Youtube, H-daro où il met en scène des success stories de jeunes Marocains qui ont réussi à s’imposer. L’homme a créé sa propre boîte Abujad.com et s’est lancé dans l’entreprenariat.

Autre star du podcast «made in Morocco» : Simo Sedraty. Il a été l’auteur de vidéos hilarantes autour de sujets comme lmard (la maladie), lflouss (l’argent) ou encore l’grissage (les agressions). Affichant des nombres de vues très respectables et 500000 abonnés, Simo Sedraty est un talentueux comique qui, à travers ses vidéos, réalise une critique fine de la société marocaine. Et le public des internautes semble l’apprécier. La preuve par les chiffres !

Le make-up, un sujet porteur

La galaxie Youtube se conjugue également au féminin. Les youtubeuses ont investi le créneau de la mode, de la beauté et du make-up. En tête de file, on retrouve Zeineb et sa chaîne Zei Beauty. Cette animatrice radio et lauréate de l’Institut supérieur de l’information et de la communication s’affirme comme une des blogueuses beauté les plus suivies sur le net. On retrouve également Zaina Aguenaou qui, elle, en plus du registre beauté, traite également des sujets de cuisine et de style de vie. Quant à Hind Touissate, elle a choisi de s’intéresser à des sujets des plus sérieux, comme la condition féminine par exemple. Sa chaîne Youtube «According to Hind» s’adresse tout d’abord à une audience internationale puisqu’elle l’anime en langue anglaise. Puis, comme elle aime le répéter, chacune de ses vidéos a une histoire. «Women who made Morocco proud» (des femmes qui rendent le Maroc fier) est une des vidéos qui a été bien reçue sur le net. «Je me retrouvais avec un groupe où l’on a commencé à parler des Marocaines dans des termes peu respectables. Je voulais répondre à cette injustice à ma manière, en publiant une vidéo où je présentais dix femmes marocaines qui font la différence dans notre pays», expliquait-elle dans un entretien au Maroc Web Awards. Hind met en ligne également, cette fois-ci en arabe, la série Mine ayna nabdae (par où commencer?) qui raconte le parcours de jeunes qui ont pu percer dans les pays arabes. Cette militante d’Amnesty International s’est récemment lancée dans l’entreprenariat social en créant sa propre structure, Beta Changemakers, qui lui permet de gagner de l’argent tout en contribuant à aider des jeunes entrepreneurs en herbe.

Si aux Etats-Unis les stars de la galaxie Youtube gagnent des sommes importantes, quatre à cinq millions de dollars par an pour certains d’entre eux, au Maroc, cela ne semble pas être le cas. Une bonne partie de nos youtubeurs nationaux ont une autre activité professionnelle, en plus de celle de podcasteur. D’autres, plus jeunes, considèrent Youtube comme une distraction. Pour recevoir de l’argent de Youtube, en plus d’enregistrer un nombre précis et important de «vues» et d’abonnés, il faut adopter le statut de partenaire Youtube. Les vidéos deviennent ainsi monétisées. Mais, compte tenu de l’étroitesse du marché publicitaire marocain sur Youtube, les revenus des youtubeurs marocains restent limités. En fait, pour bon nombre de youtubeurs, la plateforme Youtube devient ainsi une vitrine pour ces créateurs qui leur permet une visibilité, synonyme de potentielles opportunités professionnelles…

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