Les réseaux sociaux risquent-ils de jeter un froid sur les relations familiales ?
19 janvier 2018
Aziza belouas (1455 articles)
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Les réseaux sociaux risquent-ils de jeter un froid sur les relations familiales ?

La durée moyenne de connexion quotidienne est de deux heures selon l’ANRT. Les jeunes sont les principaux utilisateurs, mais les parents sont aussi de plus en plus connectés. La communication et les rapports entre parents et enfants sont de moins en moins directs.

Les réseaux sociaux font aujourd’hui partie intégrante de notre vie. Facebook, Twitter, Snapchat et Instagram occupent plus de 2 heures par jour du temps de près de trois-quarts des internautes marocains, selon une enquête menée par l’ANRT. Le Maroc est le pays de la région MENA où la moyenne d’âge est la plus faible, puisque 77% des utilisateurs ont entre 15 et 29 ans avec une préférence pour Facebook, suivi de Whatsapp. Et avec 13 millions d’utilisateurs de Facebook, le Maroc est le cinquième gros utilisateur de ce réseau en Afrique derrière l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Algérie et l’Egypte. Au Maghreb, le Maroc se place après l’Algérie où 43% de la population a un compte Facebook et la Tunisie où 50% de la population utilisent ce réseau. Les utilisateurs sont majoritairement des hommes et ils sont jeunes. Leur âge varie de 18 à 24 ans. Cette tranche représente 39% des utilisateurs contre 28% âgés de 25 à 34 ans.

Les jeunes Marocains, à l’instar de leurs pairs à travers le monde, sont donc très connectés. Ce qui est compréhensible, étant donné que le réseau social, plate-forme électronique, est très accessible, gratuit et rapide. Il permet aussi d’avoir un espace personnel via la création d’un «profil» à travers lequel les jeunes nouent des relations, certes virtuelles, mais qui semblent compter de plus en plus dans leur vie. Toutefois, on peut s’interroger sur l’impact de ces «relations à distance» afin de savoir quelle influence ont-elles sur les relations parents et enfants. Autrement dit, les réseaux sociaux ont-il réduit les échanges entre les parents et leurs progénitures ?

Selon des sociologues, on constate aujourd’hui une absence de communication réelle au sein de la famille et on se dirige de plus en plus vers une communication gestuelle, étant donné que chaque membre de la famille est plongé dans son téléphone, tablette ou PC. Ce qui revient à dire, comme le démontre l’Institut national de la statistique et des études économiques dans une étude sur le sujet, que l’âge ne constitue pas un facteur déterminant dans la fréquence d’utilisation des réseaux sociaux. Cependant, on retiendra tout de même qu’il justifie le choix du réseau social utilisé. Ainsi, par exemple, la tranche des 15-24 ans optera pour Facebook en vue de faire des rencontres, rejoindre un groupe ou bien visiter le mur d’un ami. Pour les 25-36 ans, la préférence ira vers Linkedln pour l’insertion sociale et économique par l’emploi ou l’évolution dans la carrière.

Aujourd’hui, notent les sociologues, les parents, qui souvent dénoncent l’utilisation abusive des réseaux sociaux, sont de plus en plus connectés et ne sont plus, poursuivent-ils, aussi attentifs à l’égard de leurs enfants. Ce qui est, selon Waffae Hajjani, coach certifiée, «dangereux dans la mesure où les parents connectés ne prennent même plus le temps de regarder leurs enfants au cours d’une discussion. Or, se regarder est très important car c’est dans le regard des parents que se construisent les enfants». Les parents le savent-ils ? «Souvent, je me ressaisis car, en discutant avec l’un de mes enfants, je suis totalement concentrée sur mon PC ! Et parfois, je suis tentée de dire oui à certaines demandes ou de donner une autorisation juste pour mettre fin à la discussion et me libérer !», explique Soraya, cadre bancaire âgée de 40 ans et mère de deux adolescents de 16 et 18 ans. Elle expliquera aussi que «parfois, faute de pouvoir me libérer, je rate des réunions scolaires et pour me rattraper je vais sur le site du lycée pour m’enquérir des dernières nouvelles et j’envoie des liens aux enfants pour les informer. Pire encore, je consulte Pronote et je fais mes commentaires par SMS ou par mail aux enfants!…». Soraya avouera que, dans sa famille, la communication directe perd du terrain au profit d’une connexion quasi permanente. «Même lorsque nous allons au restaurant, nous avons tous le nez dans nos téléphones ! C’est une tendance contre laquelle peut-être nous ne pouvons plus rien…».

Pas d’accord du tout avec les propos de cette mère de famille, Mohamed, âgé de 54 ans et père de deux enfants, explique qu’il a pu maîtriser l’utilisation des réseaux sociaux dans sa famille. «Lorsque nous sommes avec les enfants, âgés de 10 et 15 ans, aucun de nous n’a le droit d’utiliser son téléphone, sa tablette ou son PC. Lorsque nous sortons ensemble, seule ma femme et moi-même avons nos téléphones sur nous pour les cas d’urgence. Nous profitons de ces moments pour discuter avec nos enfants, échanger, faire des activités sportives ensemble et parler de leur scolarité». Pour Mohamed, les relations familiales et les rapports avec les enfants ne peuvent se faire que de façon directe. Il évoque les soirées du samedi passées avec ses parents, ses frères et parfois les tantes, les oncles et les cousins devant la télévision à regarder Oum Keltoum chanter ou d’autres artistes marocains. Il se souvient également «des soirées de Ramadan consacrées à des parties de cartes en famille. Aujourd’hui, après le f’tour la maison est calme : les enfants sont connectés dans leurs chambres, les parents, après la prière, se connectent également. Il faut dire que, durant ce mois, Facebook ainsi que les autres réseaux transmettent un grand nombre de messages relatifs aux valeurs familiales ou religieuses».

Les réseaux sociaux favorisent les rencontres en amis plutôt qu’en famille

Les relations virtuelles via les réseaux sociaux auront-elles ainsi raison de la chaleur des réunions familiales ? Soraya craint que ce ne soit le cas. Pour présenter ses vœux à sa famille à l’occasion des diverses fêtes, elle recourt au SMS, Whatsapp ou aux messages sur Facebook envoyés à ses parents, frères et sœurs… C’est plus rapide, dira-t-elle, et aussi les messages pour ces occasions sont tout prêts. Il suffit d’un clic pour les envoyer. Un simple clic qui ne pourra pas remplacer, selon les sociologues, «la chaleur d’un câlin ou le respectueux baiser sur la main ou le front du père ou de la mère. Quel que soit notre âge, nous avons besoin de ces gestes dont la symbolique est importante». Et le témoignage de Mostafa, père de trois filles mariées, confirme cela. Il estime que les réseaux sociaux l’ont privé de vivre pleinement sa situation de grand-père. «Aujourd’hui, je ne peux pas, comme le faisait Ba Sidi avec nous, réunir mes petits-enfants et leur raconter des Hjayates. Aujourd’hui, lorsqu’ils viennent chez nous, je n’ai droit qu’à une bise furtive sur la joue et ils se plongent dans leurs tablettes ou téléphones. Mes filles ne peuvent intervenir et elles sont elles-mêmes sollicitées par téléphone, ou alors elles doivent répondre à des mails urgents ou se connecter sur leur compte pour un besoin dit professionnel!». Et de poursuivre amèrement: «Résultat, lorsqu’ils repartent à la fin de l’après-midi, nous n’auront eu que quelques petites conversations…». Pour ce grand-père, les réseaux sociaux favorisent d’une part des rapports distants et froids avec les membres de la famille, et, d’autre part, ils donnent la priorité aux relations amicales.

Un constat que confirme une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques menée au Lycée Bernard Palissy de Gien en France auprès d’un échantillon sondé de 49 élèves de 15 à 19 ans. Les conclusions de cette étude laissent apparaître la préférence des jeunes pour les relations amicales entretenues sur les réseaux bien que les relations familiales peuvent être aussi entretenues en ligne même si c’est rarement. Preuve en est les conclusions de cette étude qui expliquent que «les jeunes voient plus fréquemment leurs amis que leurs familles. Une tendance qui s’inverse avec l’âge dans la mesure où les personnes sondées âgées de plus de 29 ans voient plus leurs familles que leurs amis». Les auteurs de l’étude en déduisent que l’éloignement de la famille est favorisé par les rencontres en amis sur les réseaux sociaux. Cependant, ce travail révèle que le temps passé en moyenne avec les parents s’est avéré, quand même, supérieur à celui passé en ligne. Soit 1h 33 minutes pour le temps en compagnie des parents contre 1h 17 minutes pour le temps en ligne. Une petite différence qui atteste, selon les sociologues, que l’ampleur des réseaux sociaux ne viendra certainement pas à bout des traditionnelles sorties en familles.

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