Les groupes de paroles, une thérapie pour parler et s’exprimer sans jugement
6 janvier 2017
Aziza belouas (1408 articles)
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Les groupes de paroles, une thérapie pour parler et s’exprimer sans jugement

Trois groupes démarreront, pour la première fois au Maroc, en janvier, à Casablanca, Rabat et Marrakech. Ils sont ouverts à tous ceux qui veulent partager leur vécu pour améliorer leur vie : des cadres, des étudiants, des femmes au foyer soumis à des pressions professionnelles, familiales ou conjugales.

«Lorsqu’un vécu impacte la vie professionnelle et privée, quand il devient lourd à porter et que les personnes ont puisé toutes leurs ressources pour améliorer leur vie, elles doivent se faire accompagner. C’est naturel», avance Nadia Kay, coach certifié en neurosciences, praticienne en hypnose avancée et psycho-praticienne. Et c’est pour répondre à ce besoin que Nadia Kay & Associates Coaching a créé des groupes de paroles à Casablanca, Rabat et Marrakech. Leur démarrage est prévu pour début janvier. Du lundi au vendredi, des personnes viendront parler et s’exprimer sans jugement pendant deux heures. Programmées en fin de journée, de 18h30 à 20h30, les séances ont des thématiques diverses: motivation et confiance, la vie affective, le stress, l’angoisse, l’anxiété, les relations familiales, de couples et avec les enfants et enfin les relations au travail. Réunissant des personnes (au minimum six) d’horizons différents, d’âges différents et avec un niveau d’instruction inégal, le groupe de paroles est encadré par un guide, notamment un professionnel de l’aide à la personne. «Ce guide doit ouvrir la séance, faire les présentations, passer la parole entre les divers participants, interroger le ressenti des uns et des autres et enfin clôturer la séance», explique Mme Kay. Elle précisera que le guide pose également les règles du groupe de paroles qui sont au nombre de six, notamment la confidentialité, l’anonymat, le libre-arbitre de s’exprimer ou pas, le non-jugement, le droit de réserve et enfin l’authenticité des propos.

Ces groupes de paroles sont, contrairement aux groupes existants et qui s’adressent exclusivement aux personnes de pathologies lourdes et de longue durée, ouverts à toute personne qui ressent le besoin et la nécessité de se faire aider pour améliorer sa vie et son bien-être. Ce type d’accompagnement est plus admis par les gens car il n’implique pas un statut de malade, donc pas de médicaments et pas d’examens médicaux. Ces groupes auront, selon les professionnels, «un effet miroir qui permet à chaque participant de partager le vécu de l’autre autour d’une thématique précise et l’énergie du groupe a un très important apport au niveau de l’avancement et du développement de la personne».

Avant de lancer les groupes de paroles, Mme Kay et ses consœurs de Rabat et Marrakech ont lancé un groupe de paroles de psychothérapeutes, de coachs et de praticiens de la relation d’aide. «Cela a eu de très bons résultats pour nous et nous avons souhaité généraliser cette expérience», dit Nadia Kay. Elle précisera par ailleurs qu’elle a déjà un groupe d’étudiants les samedis après-midi et l’expérience est aussi déjà lancée avec un groupe de chirurgiens autour de la thématique du trac. Ces groupes de paroles sont organisés autour de thématiques professionnelles ou privées et à la demande de particuliers ou d’entreprises au profit de leurs salariés. C’est un mix de coaching et d’accompagnement mais on soulignera qu’à la différence du coaching où le travail est axé sur les perspectives du futur, dans le groupe de paroles on intervient sur les problématiques du passé. D’un vécu qui ressurgit dans le présent et qui finit par constituer un sérieux blocage pour le développement de l’individu.

La demande est exclusivement marocaine et en majorité formulée par des femmes

La demande existe, selon Mme Kay, car «le Marocain a vécu et vit dans une société tiraillée entre la modernité et la tradition. Le Marocain craint le qu’en-dira-t-on et vit avec plusieurs pressions notamment familiales, conjugales et professionnelles. D’où la contrainte de répondre à plusieurs attentes aussi bien dans la sphère privée que dans le monde du travail. A un moment donné, il y a des hommes et des femmes qui se remettent en question et souhaitent améliorer leur vie. Ils veulent déclencher le changement». Et c’est de là que naît le besoin d’aide à la personne qui peut se faire par le biais du coaching, du groupe de paroles ou d’un suivi psychologique.  Selon plusieurs professionnels de la place, le besoin provient à 100% des Marocains et est majoritairement exprimé par des femmes. «Les femmes sont plus volontaires, plus rapides et plus motivées dans leurs initiatives. Il faut également souligner qu’elles sont beaucoup plus sollicitées en raison de leur triple fonction d’épouse, de maman et de femme active», dit Mme Kay qui ne manque pas d’ajouter que «la vie privée et la vie professionnelle sont liées. Ce qui explique que dans tout dysfonctionnement affectif se répercute et est ressenti au niveau professionnel. Le client prend conscience que tout est lié et accepte l’accompagnement et le questionnement».

Selon les professionnels, leurs clients se situent dans une tranche d’âge allant de 20 à 58 ans. Mais ils précisent que ce sont les personnes âgées de 38 à 58 ans qui manifestent le plus un besoin d’accompagnement. Et ils soulignent aussi une prédominance féminine. Globalement, les clients sont de la classe moyenne bourgeoise. Quant à ceux de la classe A+, ils préfèrent se rendre à l’étranger pour ce genre de suivi ou encore faire venir un coach qui facture 1500 euros la journée. Les résultats du suivi ne sont pas immédiats mais relèvent plutôt d’un travail de longue haleine. Ainsi, la durée moyenne d’un accompagnement se situe entre six et neuf mois avec une fréquence d’une séance par semaine. Et la durée minimale est d’un trimestre. Mais, de façon générale, les professionnels soulignent que l’accompagnement ne dépasse pas une année car «il faut préserver l’indépendance de la personne et non pas tomber dans l’assistance», explique Nadia Kay.

Le suivi se fait moyennant 500 dirhams la séance. Soit 2 400 DH le trimestre. Pour le suivi en entreprise, le tarif de la séance s’élève à 2 000 dirhams. Mais des réductions sont accordées à certains clients notamment les étudiants (30%) ou encore les personnes démunies qui peuvent être pris en charge gratuitement chez Mme Kay s’ils remplissent certaines conditions, notamment un revenu ne dépassant pas le Smig. Selon cette professionnelle, sur l’ensemble des participants aux groupes de paroles, 10% sont pris en charge gratuitement. Les tarifs sont établis, explique une coach professionnelle, spécialiste du bien-être au travail et des générations Y et Z, «de façon à démocratiser et rendre accessible la thérapie en groupe de paroles car aujourd’hui le besoin existe et est important». Les professionnels concluent donc que ce type d’accompagnement n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un luxe ou une option faite par snobisme. Loin de là, les individus dans la société sont actuellement de plus en plus sollicités et doivent faire preuve de responsabilités multiples. Ce qui les conduit à se remettre en cause et donne lieu à un besoin d’amélioration de la vie. Et les professionnels de conclure que «ce type de thérapie a toujours existé puisque dans les familles, il y a toujours eu une grand-mère, une tante ou une cousine à qui l’on se confie, en qui on a confiance et qui constitue un référent dans notre famille et qui permet de libérer la parole. Aujourd’hui, en raison des mutations que connaît la cellule familiale et les pressions toujours liées à la performance, les individus ont un réel besoin de s’exprimer. Et ceci est aussi valable dans le cadre professionnel».

Selon les psychothérapeutes et les coachs, les générations Y et Z sont de plus en plus demandeuses d’accompagnement. Il y a un réel besoin qui a justifié, expliquent les professionnels, la création de ce type de thérapie. En effet, en milieu professionnel, lorsque l’on vient de l’étranger après avoir fait ses études, on réfléchit aux opportunités professionnelles, à la gestion de carrière et si l’on n’est pas accompagné on se retrouve quelque peu dans une situation de solitude et d’isolement. Et c’est là que l’accompagnement pour le développement personnel est nécessaire. Aujourd’hui, les professionnels sont très sollicités par les entreprises et notamment des PME dans le secteur des services en vue de la cohésion des équipes, la performance, la gestion des conflits et aussi dans la capacité de travailler en équipe. Par ailleurs, dans ces entreprises, il y a des jeunes cadres, dans la tranche d’âge de 20 à 35 ans, qui demandent de plus en plus un accompagnement individuel. Les jeunes qui ont de très hauts potentiels, qui ont des parcours brillants sont animés par la quête de la perfection et de l’excellence. Ils ont une psychologie particulière, ils ont peur de l’échec donc autant de contraintes qu’ils doivent gérer et qui justifie l’appel à un coach et le recours à une thérapie de groupes. Ces personnes partagent les mêmes valeurs et ont un objectif commun : le mieux-être et la recherche des compétences du savoir-être. Globalement, il s’agit de personnes qui ont des métiers exposés à un grand stress dans le secteur de la santé notamment les médecins, les infirmiers particulièrement en oncologie. Ou encore dans les centres d’appels, la banque, le trading… Par ailleurs, les professionnels soulignent que la demande provient de deux types de personnes : d’une part, ceux qui n’ont jamais bénéficié d’aucun type d’accompagnement, et, d’autre part, ceux qui ont fait des suivis et qui veulent essayer cette forme d’accompagnement.

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