Les associations appellent à renforcer le leadership de la femme rurale
26 septembre 2017
Aziza belouas (1403 articles)
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Les associations appellent à renforcer le leadership de la femme rurale

Le sommet Women in Africa se tient du 25 au 27 septembre à Marrakech. Au Maroc, 57% des femmes interviennent dans les activités agricoles. Sur le continent, elles représentent 70% de la main-d’œuvre agricole. Ce travail demeurant informel, les associations, aussi bien nationales qu’internationales, luttent pour le leadership de cette population.

Les femmes ne doivent pas être toujours perçues comme les bénéficiaires des divers programmes et actions mis en place par les Etats ou les organisations non gouvernementales. C’est le message que souhaite passer Lamia Bazir, présidente de «Empowering Women in The Atlas», association créée en 2013, dans le village Adghagh, non loin de la ville d’Ifrane. Pour cela, elle viendra, accompagnée de femmes du Moyen-Atlas, au Sommet Women in Africa qui se tiendra du 25 au 27 septembre à Marrakech. Ces femmes, membres de l’association de Lamia Bazir, viendront raconter leur parcours, témoigner de l’importance du travail des femmes et de l’économie sociale et solidaire dans leur région et aussi partout dans le pays. Pour la présidente de Empowering Women in Atlas, «l’apport concret de ce sommet réside justement dans la présentation des expériences menées, ici et là, au Maroc ou partout ailleurs en Afrique, pour aider les femmes et les soutenir». Pour cela, les organisateurs ont consacré la première journée de cette rencontre, une journée ouverte à l’Université Cadi Ayyad, aux femmes africaines, du monde rural ou de la ville, pour raconter leur parcours et leur apport au développement économique et social de leurs villes, de leurs régions et aussi de leurs pays.

Autre message de la jeune présidente de l’association Adghagh : le leadership n’est pas exclusif à la femme urbaine. Preuve en est le travail accompli par Empowering Women in Atlas dans la région d’Ifrane, d’Azrou, etc. Aujourd’hui, l’association encadre 150 femmes travaillant dans des coopératives artisanales et de production des produits du terroir. «Il s’agit pour nous de briser les stéréotypes et de faire confiance à la femme marocaine et plus globalement africaine en créant des opportunités de travail et de développement permettant de générer un revenu régulier», souligne Lamia Bazir. Sur le terrain, cela est confirmé par la réussite de la coopérative Essafaa dans la ville d’Azrou, spécialisée dans la production de plantes aromatiques et médicinales. «Nous avons pu, dans le cadre de cette coopérative, valoriser les plantes médicinales de la région et surtout en réduire l’exploitation de façon non durable par des entrepreneurs qui ne sont pas de la région. Aujourd’hui, les huiles essentielles et autres produits de la coopérative sont commercialisés sur le marché local et même à l’étranger. Ce qui génère de la richesse pour les femmes membres et pour la région et surtout permet d’améliorer le niveau de vie», explique une responsable de la coopérative Essafaa.

C’est à des femmes comme celles regroupées dans les coopératives d’Ifrane, d’Azrou et du Sud du pays et aussi à des femmes entrepreneurs que le Sommet WIA est dédié. Cette initiative mondiale est destinée à développer le potentiel humain et à faire en sorte que les femmes africaines aient une influence sur leur propre écosystème.

Les femmes sont exclues, à des niveaux différents, du développement économique et social

Contribuant aux revenus des ménages, en charge de l’éducation et de plus en plus engagées dans les affaires de la cité, les femmes africaines portent le continent sur leurs épaules. Cette réalité constatée par Florence De Bigault, directrice d’Ipsos Afrique francophone, est confrontée à des réalités sociologiques et des représentations culturelles qui excluent, à des niveaux différents, les femmes du développement économique et social.

Selon une étude d’Ipsos Afrique francophone, 95% de la production agricole du continent africain est assuré par des femmes qui représentent 70% de la main-d’œuvre agricole de ce continent. Cette production demeure essentiellement informelle et non salariée, ce qui engendre une sous-représentation (8,5% au niveau de l’Afrique) marquée des femmes dans le salariat et le secteur non agricole. Par ailleurs, il est également constaté, selon Florence Bigault, que «la tertiarisation de l’économie africaine – reposant sur l’essor des secteurs du numérique, des télécoms ou des services financiers – pourrait conduire à un phénomène de progrès technologique en défaveur des femmes peu investies en capital humain».

Conscients des risques de l’exclusion des femmes africaines, les Etats de ce continent ont engagé plusieurs actions et programmes dans les domaines économiques et politiques pour l’encadrement des femmes aussi bien urbaines et entrepreneurs que dans le milieu rural. Ainsi, en ce qui concerne le volet politique, on retiendra que plusieurs pays ont initié le débat sur la parité. Ainsi, au Maroc où les femmes représentent 21% des députés du Parlement, le projet de loi 14.79 portant création de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toute forme de discrimination a été adopté par la Chambre des représentants en août dernier mais pas encore publié au Bulletin officiel. Par ailleurs, la loi organique n°29-11 relative aux partis politiques dispose que les femmes doivent représenter 30% des instances dirigeantes des partis. On retiendra que certains partis ont atteint et même dépassé ce quota. Cependant, le Maroc arrive derrière certains pays africains comme le Sénégal ou le Rwanda où les femmes représentent respectivement 45% et 57% des députés parlementaires.

Au niveau économique, l’Afrique n’a également aucun intérêt de se passer de la compétence de la moitié de sa population. Pour cela, plusieurs refontes du cadre institutionnel de l’activité féminine ont été entamées. Objectif : réduire et éliminer à terme les barrières à la contribution des femmes au développement économique. «C’est dans ce cadre que plusieurs associations de soutien à la femme, et en particulier à la femme rurale, agissent pour encourager l’autonomisation des femmes», avance Lamia Bazir. Et cela passe par une politique volontariste de refonte des codes familiaux et d’équité de l’accès au crédit bancaire initiée à l’échelle du continent. Enfin, les organismes internationaux doivent contribuer également à promouvoir l’entrepreneuriat féminin. Ce qui permettra à l’Afrique de se doter de leaders femmes qualifiées ou non. Car, pour l’heure, le leadership et l’entreprenariat demeurent, selon des observateurs, propres à la femme urbaine, diplômée et nantie.

Femmes africaines: consommatrices, éducatrices, initiatrices et décisionnaires d’achat

«Prenons, par exemple, le cas de diverses dirigeantes d’entreprise mises en avant annuellement par la presse nationale et internationale. Il s’agit le plus souvent d’héritières qui sont à la tête de sociétés ou groupes familiaux. Et lorsqu’elles ne sont pas héritières, elles sont diplômées mais poussées par un membre de la famille influent dans la sphère politique ou économique. Du coup, elles n’ont pas de mérite alors qu’il y a du potentiel humain dans certaines régions éloignées qu’il faut encourager, encadrer, aider et soutenir…», pense la responsable d’une association qui requiert l’anonymat.

Alors qu’elles restent encore, dans de nombreux pays, marginalisées et exclues, les femmes africaines ont réalisé des révolutions silencieuses dans divers domaines. Ainsi, une étude récemment réalisée par l’institut de sondage Ipsos dans sept pays africains (Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun, Ouganda, Kenya, Nigéria et Afrique du Sud) révèle que 74% des 3544 femmes interrogées considèrent que leur condition s’est améliorée depuis 2012. Et 89% d’entre elles disent être décisionnaires ou co-décisionnaires des achats du ménage. L’éducation de leurs filles et leur accès à l’emploi est la priorité de ces femmes.

Par ailleurs, la même étude retient que 72% de ces femmes se préoccupent en priorité de leur indépendance financière. Ce que confirme Fatma Icchou, présidente d’une association d’huile d’argane à Taroudant : «Notre travail a permis à plusieurs femmes du douar d’être autonomes et de prendre en charge parents, maris et enfants». Toutefois, les coopératives restent encore limitées dans la mesure où un grand nombre n’arrivent pas à établir des liens avec les organismes gouvernementaux permettant d’intégrer les femmes dans la chaîne de valeurs. Un objectif visé par le WIA qui ambitionne de faciliter l’identification, le rassemblement et la formation des femmes africaines talentueuses par des entreprises internationales et panafricaines. Les 300 femmes et hommes, dirigeants d’entreprises, débattront donc du 25 au 27 de ce mois de l’autonomisation des femmes. Et en priorité la femme rurale. Mais, selon plusieurs intervenants associatifs, le projet de l’autonomisation de la femme africaine ne doit pas s’arrêter le 27 septembre… Ce qui fait dire à Lamia Bazir «qu’au Maroc, par exemple, l’on doit passer à la phase deux des programmes de l’INDH. C’est-à-dire qu’après l’encouragement de la création des coopératives, il faut aujourd’hui se pencher sur la rationalisation de leur gestion et la capitalisation de l’existant».

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