Le programme Tayssir sera réaménagé pour une plus grande équité
20 octobre 2017
Aziza belouas (1409 articles)
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Le programme Tayssir sera réaménagé pour une plus grande équité

Le ciblage géographique basé sur la commune sera remplacé par le ciblage individuel des ménages. Le programme subira une réforme en trois étapes entre 2018 et 2021. Pour les enseignants, des mesures d’accompagnement s’imposent…

Le programme «Tayssir», lancé en 2008 et consistant à apporter un soutien financier aux ménages pauvres et démunis pour lutter contre l’abandon scolaire, fera l’objet d’un réaménagement. Les équipes du ministère de l’éducation nationale planchent actuellement sur ce projet. Objectif : d’une part, revoir le ciblage de ce programme en vue de sa généralisation à tous les ménages éligibles, et, d’autre part, en développer les outils de gouvernance. On passera ainsi d’un ciblage géographique, basé sur la commune, à un ciblage individuel.

Le ciblage géographique touche tous les ménages d’une commune bénéficiaire, y compris ceux non éligibles au programme Tayssir. Le ciblage individuel, en revanche, va permettre d’identifier de manière fiable les ménages éligibles. Ainsi, il y aura rationalisation des ressources qui permettra l’élargissement de la cible et une plus grande viabilité du programme. La mise en place, également prévue, d’un registre social unique permettra d’améliorer, selon le ministère, le ciblage non seulement pour Tayssir mais aussi pour tous les autres programmes à caractère social. Un suivi annuel de ce registre permettra de couvrir, d’ici 2021, la totalité des ménages potentiels à ces aides.

Il est à noter que le registre social unique nécessite la mise en place d’une base de données nationale segmentée et catégorisée. Selon des sources à la Primature, ce nouveau ciblage impose un  rapprochement des bases «Tayssir» et «Ramed» en vue d’une analyse croisée des données pour une identification précise et juste des bénéficiaires potentiels du programme.

Actuellement, le ciblage géographique concerne les communes qui répondent aux critères suivants : un taux de pauvreté supérieur à 30%, un taux d’abandon scolaire dépassant 8% et enfin l’éligibilité aux actions de l’Initiative nationale du développement humain. Les équipes du ministère évalueront chacun des critères avant de mettre au point une formule de «scoring» pour classer les ménages sur la base de critères déterminés de pauvreté et de vulnérabilité. Ce travail d’identification est en cours, mais au ministère de l’éducation nationale on semble être décidé à adosser le programme Tayssir au Régime de l’assistance médicale pour les économiquement démunis (RAMED).

Par ailleurs, à la Primature, il est souligné que la réforme de Tayssir se fera en trois temps entre 2018 et 2021. Ainsi, dans une première étape, il sera procédé au  réaménagement du ciblage. Ensuite, dans un second temps sera réalisée une étude d’impact pour enfin, dans une dernière phase, élargir le programme au cycle secondaire. Il est à noter que Tayssir a déjà fait l’objet de trois évaluations, et ce, depuis son lancement en 2008. En 2009, a été évaluée la phase pilote, ensuite en 2012-2013, le programme a fait l’objet d’une évaluation qualitative à l’occasion de l’étude d’évaluation des mesures et des stratégies mises en place dans le cadre du programme d’urgence 2009-2012 financée par l’UE. Et en 2016, le ministère de l’éducation nationale a lancé, en coordination avec l’ONDH, un projet d’évaluation d’impact des mesures de l’appui social.

Les enseignants demeurent sceptiques quant à l’impact de Tayssir

Et c’est sur la base des conclusions de ces évaluations qu’a été décidé le projet de réaménagement de Tayssir pour élargir la base des bénéficiaires et répondre équitablement aux objectifs de ce programme. S’inscrivant dans la stratégie du ministère de lutte contre l’abandon scolaire, le programme Tayssir a pour objectif de contourner les obstacles d’ordre socioéconomique et géographique qui freinent l’accès et la rétention des enfants dans le système éducatif. Concrètement, il s’agit d’une aide aux familles pour supporter les charges et les coûts directs et indirects de la scolarisation de leurs enfants, à condition d’assurer l’assiduité des enfants à l’école.

Les premiers résultats sont encourageants selon le MEN. Ainsi, les évaluations révèlent une réduction du taux d’abandon de 57%, un retour aux bancs de l’école à hauteur de 37%, une nette amélioration des acquis des élèves bénéficiaires. Selon le bilan communiqué par le MEN, le programme concerne dix régions, cinquante provinces et 434 communes rurales. Depuis son démarrage en 2008, 3,8 milliards de dirhams ont été versés. Le programme a profité aujourd’hui à 860 100 élèves contre
87 795 en 2008. Le nombre de ménages bénéficiaires a également augmenté durant les neuf dernières années puisqu’il est passé de 47 052 à 526 400 familles. Le bilan ministériel retient également que le montant moyen octroyé par famille et par an s’élève à 1500 DH. L’aide étant plafonnée à 3 enfants par famille. Par ailleurs, les responsables du ministère de l’éducation nationale précisent que l’on a procédé à la régularisation d’arriérés de l’ordre de 567MDH sur une ardoise globale de 752 MDH au titre de l’année scolaire 2015-2016. Pour 2016-2017, les arriérés s’élèvent, selon les statistiques du ministère, à 777 MDH. Ces retards de paiement des allocations sont dus à l’insuffisance de l’enveloppe allouée au ministère. Le budget destiné à la lutte contre l’abandon scolaire s’élève, rappelons-le, à 827 MDH. Encore un dysfonctionnement qui risque de compromettre le financement de ce programme social. Et certains observateurs de faire le rapprochement avec le fonctionnement du Régime de l’assistance médicale pour les économiquement démunis.  Selon ces sources, «il faut que les pouvoirs publics soient vigilants quant au volet financier de ce programme car les défaillances budgétaires risquent de provoquer des dysfonctionnement comme c’est le cas pour le RAMED. Le manque de fonds peut même condamner Tayssir à l’échec».

218 141 élèves ont quitté les bancs de l’école en 2016

Un avis partagé par un maître d’école à Khmiss Zmamra : «Il faut que les ménages perçoivent régulièrement leurs allocations car lorsqu’il y a des retards de paiement, il y a un grand risque d’abandon scolaire. Par ailleurs, il faut procéder au ciblage pointu des bénéficiaires». Et d’ajouter : «A Khmiss Zmamra, des familles qui ne sont pas pauvres bénéficient des aides de Tayssir alors que leurs revenus provenant essentiellement de la production de betterave sucrière sont importants. Ces ménages profitent des allocations alors qu’en fait ils n’y ont pas droit. Et il faut souligner que dans ces familles, en dépit de leur situation financière, il y a un taux d’abandon scolaire important et incompréhensible». Cet enseignant nous dira également que dans sa localité, «malgré Tayssir, les enfants ne viennent pas régulièrement en classe. Il suffit qu’il y ait un événement dans la famille ou dans la localité et les classes sont désertées. Par exemple, le jour du souk, on peut compter les élèves présents sur les doigts d’une main». Pour les encourager à rester à l’école, indique cet enseignant, «nous allons souvent faire du porte à porte pour sensibiliser les familles. En général, les mères sont ouvertes à notre discours et souhaitent voir leurs enfants, et en particulier les filles, poursuivre leur scolarité. En revanche, les pères restent peu sensibles à cette problématique». Dans cette même école, les enseignants, en majorité des jeunes originaires de Casablanca, organisent des tournois de foot et des jeux culturels pour motiver les enfants.

Si les enseignants de l’école de Khmiss Zmamara sont impliqués dans le programme Tayssir et apportent leur appui, à Had Oulad Frej, dans la région de Doukkala, les enseignants d’un collège sont critiques sur Tayssir et peu impliqués dans le processus. «Donner une aide n’est pas une solution pour lutter contre l’abandon scolaire. Au collège par exemple, certains enfants disent que ce sont les parents qui profitent de cet argent donc ils s’absentent…Il faut approcher ces jeunes et les sensibiliser à l’importance des études». Cela ne relève-t-il pas également de leur rôle ? Pourquoi ne le font-ils pas ? A cette question, les enseignants répondent froidement que «ce n’est pas de notre ressort, ce sont les pouvoirs publics qui doivent le faire et revoir leur programme». Aux initiatives de leurs voisins à Khmiss Zmamra, ils restent insensibles…Pour eux, Tayssir a certes réduit l’abandon scolaire dans certaines régions mais cela n’est pas une solution car c’est au passage du collège ou du lycée que l’on compte le plus d’abandons des élèves. Selon les statistiques annoncées par le ministère de l’éducation nationale, 218 141 départs prématurés de l’école ont été enregistrés durant l’année scolaire 2016. Ce qui représente 4% de l’effectif global scolarisé. Une problématique qui doit, d’une part, selon certains enseignants, être bien cernée aussi bien dans le monde rural que dans les villes, et, d’autre part, être traitée pas seulement  au moyen de Tayssir mais par d’autres mesures. Lesquelles ? Ces enseignants n’ont avancé aucune suggestion et estiment que «cela est du ressort des pouvoirs publics. Les aides sociales sont certes un important premier pas, mais ce programme, comme le RAMED pour la santé, doit être amélioré et accompagné par d’autres mesures».

Sont éligibles au programme Tayssir les enfants inscrits à l’école bénéficiaire et âgés de 6 à 15 ans. Un autre critère pour bénéficier de ce programme est lié à l’assiduité de l’enfant. Celui-ci ne doit pas dépasser quatre absences par mois. Le montant de l’allocation mensuelle s’élève à 60 DH par enfant pour les deux premières années du primaire, 80 DH pour les deux années qui suivent et 100 DH pour les deux dernières années du primaire et enfin 140 DH pour les élèves aux collèges. Les bourses sont attribuées dix mois par an et les transferts monétaires se font, selon le MEN, tous les deux mois. En moyenne, il est procédé à trois tranferts par an. Le paiement s’opère au niveau des agences Al Barid Bank (ABB) avec qui une convention de partenariat a été établie avec le ministère depuis le lancement du programme. En effet, deux modalités de paiement ont été convenues : le paiement par «guichet fixe» qui se fait au niveau de l’agence ABB en cas de proximité et d’accessibilité de l’agence par rapport au lieu de résidence des familles bénéficiaires. Deuxièmement, il y a le paiement par «guichet mobile» : un déplacement est prévu de l’agent ABB accompagné de l’équipe provinciale «Tayssir» au lieu de résidence des ménages où s’opère le paiement au niveau du douar ou au sein de l’établissement scolaire. Le ciblage se fait par commune, les communes rurales sont ciblées en fonction de leur appartenance au programme INDH, avec un taux de pauvreté supérieur à 30% et un taux d’abandon scolaire supérieur à 8%. Toutes les écoles primaires localisées dans le territoire des communes retenues et répondant à ces critères sont éligibles.

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