Le Maroc reste un pays de transit pour la majorité des Subsahariens
18 mai 2017
Aziza belouas (1413 articles)
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Le Maroc reste un pays de transit pour la majorité des Subsahariens

Les migrants subsahariens sont de plus de plus nombreux dans les rues des grandes villes. Ils sont jeunes, parfois mineurs, et s’exposent aux risques de la rue. La majorité ambitionne de partir en Europe ; la régularisation de leur situation au Maroc reste un plan «B».

Ils sont, depuis début 2017, de plus en plus nombreux sur les grandes artères de Casablanca. Ils sont aussi de plus en plus jeunes ; certains ont à peine 16 ou 18 ans. Bonnets sur la tête, sacs à dos, jean’s et blousons, ils sont installés, seuls ou en groupe, dès les premières heures de la journée et jusqu’à des heures tardives sur certaines artères sécurisées et certains ronds-points. Ils, ce sont les migrants subsahariens. Selon les résultats d’une étude de l’association Caritas Maroc, publiés en 2016, 10% de ces Subsahariens sont des mineurs venus au Maroc via les frontières de l’Est en vue de traverser la Méditerranée.

En attendant, mendier semble être le principal moyen pour cette population de vivre lorsqu’il n’est pas possible de  trouver un emploi. «C’est très difficile de trouver un travail, cela fait huit mois que je suis au Maroc et je n’ai toujours rien trouvé. Pourtant je cherche tous les jours…», s’indigne ce jeune Malien, un habitué du boulevard de la Résistance. Cet ancien footballeur est arrivé au Maroc pas pour s’y installer mais pour aller vers l’Europe. Malgré les chances réduites, selon ce jeune Malien, de trouver un emploi et donc des ressources pour accéder à l’eldorado européen, il ne baisse pas les bras et garde le sourire même lorsque, explique-t-il, les automobilistes remontent les vitres de leurs véhicules ou lui lancent sèchement : «Va travailler !». 

Postés dans les grands ronds-points casablancais, ils gagnent en fin de journée entre 100 et 150 dirhams, raconte un Burkinabé qui rêve lui aussi d’atteindre l’autre rive de la Méditerranée. «Les Marocains sont généreux, ils nous donnent de l’argent ou à manger. Surtout le vendredi. Ma vieille voisine me laisse une assiette de couscous chaque semaine. Mais tout cela ne garantit pas une vie décente. Les opportunités de travail sont très réduites et je ne veux pas rester ici».

Pour ces deux jeunes et bien d’autres encore, le Maroc est essentiellement un pays de transit. Ils ont rejoint le pays après de longs mois de marche, traversant plusieurs pays pour se diriger vers les villes du Nord et de l’Oriental ou encore vers le Sud qui constitue également un autre point de passage vers le continent européen. Et s’ils atterrissent en masse dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Fès ou encore Meknès, «c’est parce que les autorités nous transfèrent dans des autocars vers ces villes pour nous éloigner des villes frontières et donc empêcher en quelque sorte notre transit vers l’Europe», racontent les Subsahariens rencontrés. Cependant, ils ne baissent pas les bras et après quelques semaines passées dans ces villes, ils sont nombreux à re-tenter le passage en Europe en se rendant dans les villes de Tanger, Oujda, Sebta et Mellilia car, disent-ils, ils ne veulent pas s’installer au Maroc et ne peuvent repartir dans leurs pays d’origine où souvent la situation politique et économique est difficile. 

Pas de revenus pour vivre et pour se soigner…

Et la vie est tout aussi difficile au Maroc, selon eux. «Nous vivotons, moi et mon groupe d’amis, et essayons de faire des économies pour passer en Europe. Ici, nous n’avons pas suffisamment de revenus pour vivre décemment», raconte le jeune footballeur malien. Les repas sont souvent constitués de sandwichs de fromage, charcuterie ou sardines en conserves achetés essentiellement dans les mahlabas où les prix sont à leur portée. Pour la plupart d’entre eux, un seul repas est pris par jour, sauf lorsqu’ils rôdent dans certains quartiers, des familles leur donnent à manger: les restes d’un tagine ou un plat de couscous le vendredi. Autres fournisseurs de nourriture : les marchands ambulants de fruits et légumes. «En fin de journée, au quartier Oulfa, il y a des marchands ambulants qui nous donnent gratuitement leurs invendus. En général, c’est ce que nous mangeons le soir», racontent des jeunes immigrés. Parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui soulignent qu’ils sont arrivés à s’intégrer avec les Marocains. «Le fait de loger dans des pièces dans la même maison avec les propriétaires, de nouer des relations avec le voisinage nous facilite quelque peu notre vécu au quotidien. Dans le quartier Errahma où je vis, nous sommes plusieurs à nous être liés d’amitié avec un jeune épicier du quartier qui nous vend les produits de première nécessité à crédit. Il y a une relation de confiance qui est cautionnée par la propriétaire du logement que nous avons pris en colocation», raconte Richard, un jeune Camerounais. Avec ses amis, ils vivent essentiellement de petits boulots informels dans le but d’épargner de l’argent pour passer de l’autre côté de la Méditérranée. Et lorsqu’ils ne trouvent pas de travail, ils prennent d’assaut les feux rouges et autres ronds-points pour mendier ou vendre des mouchoirs en papier et autres petits jouets et accessoires. Des activités qui ne garantissent pas un revenu régulier et encore moins une intégration sociale. Plusieurs d’entre eux comptent sur les initiatives de plusieurs associations marocaines et aussi africaines qui offrent un soutien financier et un accompagnement pour les démarches de régularisation de leur situation.

Le Maroc, rappelons-le, a lancé, en 2014 et 2016, deux opérations de régularisation en vue d’une intégration des Subsahariens. Mais sont-ils tous intéressés ?

Selon les statistiques du ministère chargé des Marocains Résidents à l’Etranger, le département a reçu, lors de la première opération de régularisation, 27 643 demandes, dont 18 694 ont été acceptées. Plus de 10000 demandes acceptées concernent des femmes. A noter que les postulants sont originaires de plus de 112 pays. Selon des jeunes subsahariens, «l’intégration est une bonne opportunité pour les familles qui sont ici car cela leur permet de se stabiliser et de bénéficier des prestations que l’Etat marocain propose pour leur intégration, notamment les soins de santé, la formation et le logement. Cependant, les jeunes arrivés seuls au Maroc ne sont pas intéressés car ils veulent pratiquement tous partir en Europe. Car il y a de plus importantes opportunités de travail et d’amélioration des conditions de vie». Et d’ajouter que «le fait d’être régularisé ne garantit pas une vie facile ici car même si certains Marocains sont ouverts d’esprit et composent avec les voisins africains, nous remarquons qu’il y a quand même certains comportements racistes de la part de certaines personnes. Et c’est ce qui complique certains de nos projets, notamment trouver un logement ou du travail»

Les femmes réussissent mieux leur intégration…

Deux jeunes Maliennes, âgées de 28 et 35 ans, confirment les difficultés de trouver un logement ou un travail mais elles disent avoir eu de la chance : «Un jour, nous étions à un feu rouge du Hay Hassani, et une jeune femme est venue vers nous pour nous proposer un travail chez elle comme femmes de ménage. Nous avons hésité au début, mais après nous l’avons contactée et elle nous a embauchées. Je fais le ménage et la cuisine et mon amie s’occupe des enfants. Nous avons un contrat de travail, elle nous a aidées à faire les demandes de régularisation. Nous avons eu nos cartes de séjour. Donc tout va bien et je vais même au pays cet été pour ramener ma mère qui est restée toute seule là-bas», raconte l’une des deux amies qui tient à préciser que les «jeunes Subsahariennes réussissent mieux à s’intégrer au Maroc». Expliquant cela, une agence de placement de femmes de ménage africaines souligne que «les femmes recherchent beaucoup la stabilité que les hommes, et, d’autre part, elles supportent beaucoup moins la précarité et les conditions de vie dans la rue en attendant un éventuel transit réussi vers l’Europe». A l’agence de recrutement, on précise que l’on réussit de plus en plus à placer les jeunes femmes, surtout celles qui ont un niveau d’instruction car les familles marocaines recherchent davantage des nounous instruites qui maîtrisent les langues française et anglaise. 

Par ailleurs, d’autres profils de femmes subsahariennes ont pu réussir leur intégration. C’est le cas d’un groupe de six filles originaires du Mali, du Cameroun et du Burkina Faso, qui se sont installées, depuis une année, à Hay Hassani et vendent, pour gagner leur vie, «des tissus africains et de la cuisine de leurs pays d’origine». Leurs premiers clients ont été leurs voisins du quartier qui les ont recommandées à d’autres clientes marocaines. «Les tissus se vendent beaucoup plus que les recettes de cuisine car les Marocaines apprécient les étoffes bariolées et multicolores pour faire des djellabas ou des robes pour l’été», raconte l’une des filles qui ne veut pas parler du réseau d’importation des tissus qui viendraient essentiellement du Sénégal et de la Mauritanie.

Selon une étude publiée en 2016, les femmes représentent 25% des migrants subsahariens arrivés au Maroc. Fuyant les conflits politiques ou la pauvreté dans leurs pays d’origine, ces Subsahariens considèrent le Maroc comme un pays de transit et très peu d’entre eux veulent y résider, peut-on lire dans l’étude. Leur profil? Ils sont en moyenne âgés de 45 ans, et 75% d’entre eux sont célibataires. Dans leur pays, ils étaient à hauteur de 50% des travailleurs indépendants et 25% des salariés non déclarés. Donc leur périple vers le Maroc vise une amélioration de leur niveau de vie grâce à leur transit vers l’Europe. Un voyage qui leur coûte cher, environ  10 000 dirhams, financé par leurs économies ou des emprunts consentis par les proches et les amis…

Le Maroc a lancé, en décembre 2016, sa deuxième opération de régularisation des immigrés subsahariens. La première phase a été menée en 2014 et a permis la régularisation de près de 20 000 personnes. Les réalisations de la deuxième opération ne sont pas encore dévoilées par le ministère en charge des MRE. Dans tous les cas, au-delà des statistiques, il importe de souligner que l’ambition des autorités est d’insérer convenablement ces populations dans la société. Et pour cela, des projets d’éducation, qualification et emploi doivent leur être assurés pour que ces personnes puissent évoluer comme des citoyens marocains. Pour la réussite de ces projets, les autorités impliquent les associations qui attestent d’une expérience réussie dans le cadre des projets de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Parmi les axes prioritaires de ces projets figurent l’intégration économique et sociale, l’auto-emploi, l’apprentissage des langues et de la culture marocaines, ou encore l’éducation et la formation des enfants d’immigrés, voire leur insertion dans le cursus scolaire.

Commentaires

  1. Muslim
    Muslim mai 18, 21:36
    On gagne rien avec eux, en plus ils sont tous noirs

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