Le don de sang n’est toujours pas un réflexe chez les Marocains
19 septembre 2017
Aziza belouas (1413 articles)
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Le don de sang n’est toujours pas un réflexe chez les Marocains

Le pourcentage de donneurs par rapport à la population se situe à 0,96%. La recommandation de l’OMS est de 1% minimum. Une stratégie 2017-2020 est lancée pour doubler le nombre de dons notamment grâce à la fidélisation. La société civile et les ministères de l’intérieur et des habous mis à contribution.

Les vacances d’Aid Al Adha n’ont pas été favorables au redressement du stock de sang. Ce dernier a, selon Mohamed Benajiba, directeur du Centre national de transfusion sanguine et d’hématologie (CNTSH), enregistré une baisse puisqu’il est passé de 5 jours à quatre jours. Il est à rappeler qu’avant l’Aid, la situation avait connu une amélioration suite à l’appel au don lancé au début du mois d’août.

Mais en dépit de ce fléchissement, le directeur du CNTSH assure que l’appel au don a quand même donné ses fruits. Plusieurs associations se mobilisent pour sensibiliser les citoyens. Ce qui est très important, souligne le docteur Benajiba, «dans la mesure où le don n’est pas encore un réflexe chez le Marocain qui n’a pas encore acquis cette culture».

Aujourd’hui, le stock est de 4 300 poches de sang. Le taux de satisfaction au niveau national se situe entre 85% et 90%. Ainsi, sur une demande de six poches par exemple, on ne donnera que 4 poches. Le centre ambitionne de couvrir à 100% les besoins exprimés aussi bien par les hôpitaux que par les cliniques et pour cela il faut assurer la régularité du don. Celle-ci est indispensable dans la mesure où la durée de vie du sang est très courte, notamment cinq jours pour les plaquettes.

Selon les statistiques communiquées, à ce jour, 260000 dons ont été collectés au niveau national depuis le début de l’année 2017. L’objectif pour le Centre national de transfusion sanguine et d’hématologie (CNTSH) est de multiplier par deux les dons en recrutant plus de donneurs et en les faisant revenir plus souvent. Ce pourquoi a été adoptée la stratégie 2017-2020. Pour rappel, le pourcentage de donneurs par rapport à la population demeure faible. Il se situe à 0,96% alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un taux minimum de 1%. Les donneurs réguliers représentent à peine 22% des donneurs globaux.

La stratégie 2017-2020 du centre repose sur deux grandes mesures, à savoir l’amélioration de l’accueil au niveau des centres de prélèvement et l’élaboration d’un fichier national des donneurs de sang. Le centre a ainsi mis en place une application destinée à rappeler les donneurs. Ainsi, explique-t-on au CNTSH, lorsqu’un donneur se présente à un centre de prélèvement, ses données sont enregistrées. Il est rappelé deux mois plus tard par SMS ou par mail. Actuellement opérationnelle dans 8 centres de transfusion sanguine, cette application sera disponible, dès l’année prochaine, dans tous les centres du pays. Ce qui permettra de répondre à l’objectif principal de la stratégie nationale, à savoir la fidélisation des donneurs. Celle-ci se fera au moyen d’une promotion régulière auprès du grand public qui ne sera pas, de l’avis du directeur du CNTSH, aisée en raison du déficit en effectif. Et pour remédier à ce manque d’effectif, une alternative a été trouvée: l’implication de la société civile et la mise en place de partenariats avec les ministères de l’intérieur et des habous.

Absence de référentiel d’utilisation du sang au Maroc !

Deux conventions ont été signées avec ces deux départements ministériels. Ce qui a permis une forte implication du personnel du ministère de l’intérieur ainsi qu’un soutien logistique de ses services extérieurs pour l’organisation des programmes annuels de don de sang dans les diverses régions du pays. Pour sa part, le ministère des habous contribue à une sensibilisation continue des citoyens via les préposés religieux dans les mosquées ainsi que l’organisation des campagnes durant Ramadan. Ainsi, on notera que pour Ramadan 2017, il y a eu 25 000 dons. Ce qui a permis, dans une certaine mesure, selon le docteur Benajiba, d’amortir la baisse du stock durant cet été.

La période estivale, faut-il le noter, connaît une pénurie à l’échelle internationale dans la mesure où le nombre de donneurs, partis en vacances, enregistre une baisse drastique. Pour parer à cela, au Maroc, et grâce aux diverses actions menées avec les associations et les partenariats avec les ministères précités, plusieurs campagnes ont été organisées dans plusieurs villes du Royaume pour aller vers les donneurs. Notamment à Marrakech, Agadir, Meknès (Sahat Lahdim), Tétouan (caravanes à Martil) ainsi qu’à Oujda. Ces caravanes mobiles permettent, selon le CNTSH, de toucher un grand nombre de donneurs qui sont en vacances et pour ceux qui travaillent il y a une flexibilité des horaires. Ainsi, une forte affluence des donneurs est constatée en fin d’après-midi et durant la soirée. Selon le CNTSH, le nombre de donneurs a atteint 120 par jour durant la tranche de 18h à 1h du matin. Alors que durant les matinées, le nombre n’excède pas 15 volontaires.

Si la faiblesse des dons durant l’été est due aux départs en congé et entre autres à l’indisponibilité des donneurs, la forte consommation de sang s’explique, de manière générale dans les villes de Casablanca et Rabat, par la présence des Centres hospitaliers universitaires où la demande est très élevée. Ces CHU, en raison d’une répartition inégale de l’offre en soins, accueillent et soignent les habitants des deux agglomérations mais aussi les patients venus d’autres villes du Maroc. Ainsi, on retiendra qu’à Casablanca on est à 400 ou 450 poches par jour alors que les besoins se situent entre 500 et 550 poches par jour. A Rabat, le besoin est estimé à 300 poches quotidiennement alors que la disponibilité varie de 200 à 220 poches. Le CNTSH signale aussi que dans les villes de Marrakech, Agadir et Fès des besoins urgents en produits sanguins sont enregistrés.

La forte consommation s’explique également, selon le CNTSH, par une surconsommation ou plutôt une consommation non justifiée de sang dans les cliniques privées. Ainsi, les chirurgiens et les réanimateurs, prévenant d’éventuelles hémorragies, demandent des poches de sang. Celles-ci lorsqu’elles ne sont pas utilisées dans les 24 heures suivant leur sortie du frigo sont perdues et donc inutilisables. «Cela est dû à l’absence de référentiel d’utilisation au Maroc !», regrette Mohamed Benajiba qui rappelle qu’«au niveau mondial, on parle d’économie du sang».

Pour le Maroc, cet hématologue préconise la garantie d’un nécessaire équilibre entre la consommation et le stock. C’est l’enjeu auquel la stratégie 2017-2020 doit répondre. Les Marocains sont donc appelés à participer régulièrement et en grand nombre aussi aux campagnes de don de sang en se présentant aux centres de transfusion sanguine au moins trois fois par an. Ces dons contribueront à sauver des accidentés, mais aussi des malades qui ont besoin chaque jour de produits sanguins.

Ne pouvant encore communiquer les chiffres 2017, le CNTSH souligne qu’en 2016, près de 313 500 dons ont été collectés. Soit une hausse de 5,6% par rapport à l’année précédente. La collecte et la distribution du sang relève légalement du CNTSH qui gère 16 centres régionaux implantés à travers le pays.

Notons que 45% des donneurs marocains se situent dans une tranche d’âge allant de 18 à 35 ans. Ce qui représente un avantage certain pour faire face à la pénurie des dons au Maroc contrairement à certains pays européens confrontés à la problématique du vieillissement de leurs populations. C’est le cas de la France qui a dû pousser l’âge limite pour le don du sang de 65 ans à 75 ans afin de permettre de faire face à la demande.

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