Le concept de «Souk Namoudaji» séduit les marchands ambulants
10 octobre 2017
Aziza belouas (1413 articles)
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Le concept de «Souk Namoudaji» séduit les marchands ambulants

Trois plateformes sont déjà opérationnelles dans le quartier de Sidi Bernoussi à Casablanca. Les marchands soulignent l’amélioration de leurs revenus et de leurs conditions de vie. Ils réclament cependant une baisse du loyer et une couverture médicale.

Mohcine, on l’appellera ainsi, est un jeune commerçant de la plateforme de commerce de proximité (PCP). Un espace beaucoup plus connu sous le nom de «Souk Namoudaji». Ayant repris la feracha de son père décédé, il est aujourd’hui installé à l’espace Moutana, l’une des trois PCP de Sidi Bernoussi gérées par l’Association du développement de l’espace public (ADEP). «Il est vrai que lorsque j’étais à la Rue 28, les affaires marchaient bien également, mais maintenant les conditions d’exercice de notre commerce se sont améliorées : nous sommes mieux installés, l’espace est propre, nous sommes en sécurité et il y a également de la demande», témoigne Mohcine qui dit avoir développé son commerce et pour preuve il emploie deux autres jeunes avec lui…

Mohcine fait partie des marchands ambulants installés dans ce premier souk Namoudaji en activité depuis mai 2015 et qui est géré par l’ADEP. L’association gère aussi deux autres plateformes de commerce de proximité, Firdaous (2016) et Annassi (2017), dans la préfecture de Sidi Bernoussi.

Samedi, 15 heures. Tous les commerces de l’espace Moutana ne sont pas encore ouverts. Sont essentiellement ouverts, et cela se comprend car c’est Achoura, ceux qui vendent des jouets. Les autres commerçants arrivent peu à peu entre 15 et 16 heures, mettent de l’ordre dans leurs stands, exposent les nouveaux articles et attendent les clients qui sont, selon eux, un peu plus nombreux durant le week-end. «Les stands ouvrent toujours à partir de 15 heures ou après la prière d’Al Asr. Avant, il n’y a que très peu de clients qui viennent. Le souk reste en activité jusqu’à 23 heures et un peu plus tard en été en raison des vacances et de la présence des MRE…», explique Jamal Daloul, secrétaire général de l’association gestionnaire de ces espaces de commerce de proximité qui ont permis, depuis 2014, le recasement des marchands ambulants, les ferachas, de la préfecture de Sidi Bernoussi.

Aujourd’hui, Moutana, la première plateforme mise en place, abrite 310 marchands sur une superficie de 5 000 m2. Dans les deux autres espaces, Firdaous et Anassi, on compte respectivement 140 et 238 marchands informels. Globalement, et si l’on intègre les vendeurs de sandwichs et les poissonniers, ce sont 800 personnes qui ont bénéficié de ces nouvelles installations commerciales. «Leur recasement s’est fait suite à l’opération de recensement de 4 000 marchands ambulants effectuée, il y a trois ans, par la préfecture de Sidi Bernoussi-Sidi Moumen qui a appliqué le principe de la territorialité. Ainsi, ont seulement été retenues les personnes relevant de la préfecture de Sidi Bernoussi et celles qui n’y résident pas ne peuvent bénéficier d’un commerce et ne sont plus autorisées à occuper l’espace public», explique M. Daloul.

Les marchands se disent désormais à l’abri du vol et du racket…

Et d’ajouter : «Nous faisons de la veille régulièrement afin d’éviter l’installation de nouveaux ferachas dans la préfecture. C’est comme cela que nous pouvons, du moins nous l’espérons, éradiquer ce phénomène et pouvoir, d’une part, libérer l’espace public, et, d’autre part, organiser les activités commerciales dans la préfecture».

Le recasement s’est fait selon un cahier des charges et un règlement intérieur rigoureux. Ainsi, les ferachas recasés ont versé 6000 DH (5000 DH pour leur adhésion à l’association et 1000 DH au titre d’une caution pour le matériel qui leur est fourni). Par ailleurs, ils paient un loyer mensuel de 1 200 dirhams collecté par Cash Plus pour le compte de l’association gestionnaire.

Un loyer que plusieurs commerçants voudraient voir baisser. Mohcine, notre jeune vendeur de jellabas, estime aussi que le loyer est élevé mais il pense qu’il peut être maintenu à ce niveau si les commerçants pouvaient bénéficier d’une couverture médicale et sociale. «C’est ce que je voudrais avoir. Aujourd’hui, les conditions logistiques d’exercice de notre activité se sont améliorées mais nous voulons être couverts contre les aléas de la vie. Je suis jeune, je veux fonder une famille et pour cela il me faut un minimum de sécurité», dit Mohcine. Il reconnaîtra, par ailleurs, que la plateforme de commerce de proximité garantit leur sécurité et structure leur activité. En effet, dans les trois plateformes de commerce de proximité, actuellement opérationnels, l’association assure les prestations de gardiennage, d’éclairage, de surveillance et de nettoyage. «Nous avons, en plus des caméras de surveillance, des agents de sécurité placés à l’extérieur des plateformes ainsi que dans les couloirs de chaque plateforme, des femmes de ménage. L’eau et l’électricité sont également incluses dans le loyer. Celui-ci ne pourra être revu à la baisse si l’on veut assurer en contrepartie une prestation de qualité», indique le secrétaire général de l’ADEP. Il tient à préciser «qu’auparavant, lorsque ces personnes étaient dans la rue, leurs charges étaient plus importantes dans la mesure où ils devaient payer un loyer en contrepartie de leur emplacement. Le montant variait de 1500 à 5 000 DH voire plus en fonction de la taille de la ‘‘tabla’’ et de l’emplacement géographique. De plus, ils doivent aussi payer 100 DH pour l’eau et l’électricité. Ce qui revient plus cher que le loyer actuellement versé à l’ADEP». Certains commerçants ajouteront qu’ils devaient également verser un bakchiche à certains agents d’autorité pour éviter la saisie de leurs marchandises. Ces mêmes commerçants reconnaissent l’amélioration des conditions d’exercice de leur activité.

Ils avouent aussi avoir un meilleur niveau de vie grâce à une amélioration de leurs revenus. Pour preuve, plusieurs commerçants ont acquis un logement, une voiture et se sont mariés. Aussi, ils sont nombreux à avoir agencer leurs chapiteaux et à en avoir refait la décoration. Tout comme d’autres ont procédé au recrutement d’une ou deux personnes pour les aider dans leur commerce. Si aucune estimation du chiffre d’affaires réalisé n’est avancée, les responsables de l’ADEP évaluent la valeur des marchandises dans les boutiques à 10000 ou 15 000 DH en fonction de l’activité.

Le non-respect du règlement intérieur est sanctionné pour éviter l’anarchie

Outre cette amélioration de leur situation matérielle, le recasement dans les plateformes de commerce de proximité a aussi contribué, d’une part, à une amélioration des relations entre commerçants et entre clients et commerçants, et, d’autre part, à un encadrement des rapports avec les gestionnaires. Et ceci grâce à la mise en place d’un règlement intérieur qui fixe les droits et devoirs des anciens marchands ambulants et du gestionnaire de ces espaces. «Avant leur installation, les commerçants ont pris connaissance du règlement intérieur et l’ont accepté. Un livret leur a été remis et ils disposent d’un crédit de 30 points chacun. Tout manquement à l’une des dispositions de ce règlement est sanctionné par le retrait de points», explique Jamal Daloul. Les infractions sont essentiellement des disputes avec le client, entre commerçants ou encore le dépassement des limites accordées pour l’exposition de la marchandise et autres produits mis en vente.

De son côté l’Association de développement de l’espace public s’engage à soutenir et appuyer les commerçants dans leur activité. Et cela via des actions de formation et d’animation ponctuelle. En ce qui concerne la formation, elle porte sur la gestion de l’activité, les comptes et le développement de l’activité. «Cette formation s’impose, car les commerçants recasés ont des profils différents: il y a les analphabètes, les personnes qui n’ont pas terminé leur scolarité et il y a des titulaires de licence dans diverses disciplines. La formation est ajustée selon les cas et s’adresse globalement à toutes cette population», explique l’ADEP. L’association prend aussi en charge certaines opérations d’animation sur le lieu de vente pour promouvoir l’activité des commerçants et aussi sensibiliser les résidents de la préfecture de Sidi Bernoussi à l’apport de ces plateformes de commerce de proximité et leur utilité. Parmi les activités, on citera la programmation de soirées culturelles, l’organisation des tombolas et des jeux à l’occasion des fêtes religieuses, Ramadan ou encore de la Journée mondiale la femme. Autant d’actions visant la promotion du modèle du Souk Namoudaji et d’accompagner les commerçants à s’organiser et sortir de l’informel.

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