La socio-esthétique réconcilie les patients atteints du cancer avec le miroir
1 juin 2017
Aziza belouas (1393 articles)
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La socio-esthétique réconcilie les patients atteints du cancer avec le miroir

La socio- esthétique s’inscrit dans le programme «Beauté du Cœur» du Groupe L’Oréal. Le partenariat avec la Fondation Lalla Salma a permis de lancer cette action dans les centres d’oncologie de Casablanca et Rabat. Une extension à Marrakech et Fès est prévue avant la fin 2017.

Elles retrouvent le sourire, reprennent confiance en elles, acceptent leur maladie et abordent l’avenir positivement. Et ce, grâce au programme de socio-esthétique en faveur des femmes atteintes d’un cancer mis en place par L’Oréal Maroc en partenariat avec la Fondation Lalla Salma -Prévention et Traitement des cancers. Cette initiative est une déclinaison des actions de mécénat conduites par le Groupe L’Oréal via sa fondation créée en 2007. Des actions que le groupe inscrit dans une démarche de responsabilité sociale ambitieuse, pour partager son développement avec les communautés qui l’entourent. La fondation a choisi de mettre au service de l’intérêt général les deux grands domaines d’expertise sur lesquels le groupe s’est construit depuis plus de 100 ans : la Science et la Beauté. «Le programme est déployé à travers les filiales du Groupe L’Oréal dans le monde. Le démarrage au Maroc a eu lieu il y a trois ans, notamment à Casablanca, au Centre Mohammed VI pour le traitement du cancer, et à Rabat à l’Institut national de l’oncologie», explique Nadia Zekri, responsable communication Corporate de L’Oréal Maroc. Mme Zekri ne manque pas de souligner que le programme sera étendu à deux autres centres à la fin 2017 dans les CHU de Marrakech et Fès. Ce qui impliquera, à partir de novembre 2017, la formation de huit nouvelles esthéticiennes. 

C’est en avril 2014 que le Centre MohammedVI pour le traitement des cancers s’est doté d’un espace socio-esthétique où sont prodigués des soins mais aussi une écoute et un accompagnement des malades, en particulier les femmes. «La population féminine a été ciblée en premier temps mais par la suite nos actions se sont étendues aux adolescents atteints du cancer qui se soignent au centre et dont l’âge varie de 15 à 18 ans. A côté, nous répondons aussi aux demandes des hommes lorsqu’ils en expriment le besoin», avance Bouchra Lamsika, une des deux socio-esthéticiennes du centre. Et sa collègue Intissar Achagra d’expliquer que «les adolescents sont aussi une priorité car, à leur âge, il y a un besoin de soigner son image et de s’occuper de son physique». Les deux socio-esthéticiennes sont des professionnelles de l’esthétique et ont bénéficié, à l’instar de quatre autres esthéticiennes, d’une formation spécifique dispensée par l’équipe venue de France dans le cadre du programme Codes (Cours d’esthétique à option humanitaire et sociale) mis en place dans le cadre du programme «Beauté du Cœur» du Groupe L’Oréal.

En quoi consiste concrètement la prise en charge socio-esthétique des patients atteints de cancer ? Et pourquoi est-elle nécessaire ?

L’apparence et l’estime de soi sont intimement liées. La maladie, la précarité peuvent conduire à l’exclusion. C’est dans ce sens que le programme, explique-t-on à L’Oréal Maroc, apporte une réponse, notamment «restaurer l’apparence pour permettre de retrouver dignité, confiance et estime de soi, un premier pas vers la réinsertion». Concrètement, la socio-esthétique est une pratique professionnelle de soins-esthétiques auprès d’une population malade et fragilisée. «La maladie et les traitements, souvent agressifs, utilisés en cancérologie fragilisent le corps et l’esprit, avec des conséquences cutanées associées à une dégradation de l’état général. Elles entraînent une diminution de la qualité de vie, accompagnée souvent d’une dépréciation de l’image et de l’estime de soi», explique Nadia Zekri qui précise par ailleurs que «L’Oréal Maroc souhaite ainsi contribuer au mieux-être de personnes fragilisées». L’entreprise s’engage donc dans le cadre de ce partenariat à assurer la formation, à fournir les équipements et les produits utilisés. Les soins sont réalisés avec la gamme La Roche Posay, leader en dermo-cosmétique, distribuée par le Groupe L’Oréal.

7 000 patients ont bénéficié de ce programme depuis 2014

Les soins esthétiques consistent en des massages du crâne et du dos, des modelages, des maquillages correcteurs, des soins de visages, des ongles, des pieds et des mains. «Cela peut paraître futile lorsque l’on présente cela à des cancéreux mais c’est primordial et cela leur remonte le moral. Plusieurs patientes avouent que la socio-esthétique les a réconciliées avec le miroir… Et cela leur fait du bien», explique Intissar Achagrar, socio-esthéticienne de l’hôpital du jour au Centre MohammedVI pour le traitement du cancer. Et d’ajouter : «Au premier contact avec les patientes, certaines sont réticentes mais une fois qu’on leur a expliqué la démarche, elles se laissent faire et demandent qu’on les maquillent avant la visite de leurs maris. Parfois même, ce sont les époux qui demandent à ce qu’on le fasse pour que leurs épouses ne dépriment pas…».

Selon les statistiques communiquées, 7 000 patients, dont principalement des femmes, ont bénéficié du programme de la socio- esthétique dans les deux centres d’oncologie de Casablanca, de Rabat. Depuis 2014, ce sont 33 000 prestations de soins esthétiques qui ont été prodigués gratuitement.

Il est à noter que les prestations socio-esthétiques sont principalement assurées dans les centres publics dans le cadre de ce partenariat entre la Fondation Lalla Salma et la Fondation L’Oréal.

Selon les socio-esthéticiennes du Centre Mohammed VI, l’impact sur les femmes bénéficiant du programme est impressionnant. Elles reprennent confiance en elles et sont optimistes quant à l’évolution de leur maladie. Et cela n’est pas seulement dû aux soins physiques, souligne Bouchra Lamsika, «mais également à une écoute active non médicalisée qui maintient le patient lié avec le monde extérieur». C’est avec des mots simples, loin du jargon médical que les socio-esthéticiennes communiquent avec les patientes, les sensibilisent et les poussent à se confier, à parler de leur maladie et aussi de leur vie privée. C’est une prise en charge non médicalisée complémentaire à celle de l’équipe soignante et à titre gratuit. «Ce qui est important car cela nous permet, à nous médecins, d’avoir des patients psychologiquement stables et d’aborder les protocoles de traitement de façon sereine», avance Dr Abdelatif Benider, oncologue et médecin chef du Centre Mohammed VI pour le traitement des cancers.

Dans cette optique, les socio-esthéticiennes assurent un soutien psychologique pour les patients atteints du cancer qui le plus souvent cachent leur maladie. Dans la majorité des cas, une ou deux personnes seulement dans l’entourage du malade sont au courant de sa maladie, de son état et de l’évolution de la pathologie. «Les malades sont discrets et la majorité d’entre eux souffrent mais n’osent pas s’ouvrir et parler de leur maladie», expliquent les socio-esthéticiennes du centre. Par ailleurs, l’accompagnement psychologique s’impose également car les patients du centre, selon les responsables, «sont démunis et ont des conditions de vie précaires et difficiles. Et, surtout, ils n’ont pas de liens avec leur entourage. En particulier les femmes âgées cancéreuses qui sont traitées au centre et qui sont seules et délaissées».

Il importe de noter que plus de 90% des patients traités au centre sont couverts par le Régime de l’assistance médicale pour les économiquement démunis (RAMED). Notons que les 10% restants sont des bénéficiaires de l’AMO. Ils sont également pris en charge dans le centre dans le cadre de la couverture médicale des régimes de la CNSS et de la CNOPS. Si les patients sont au départ réticents à la nécessité de l’accompagnement socio- esthétique, ils arrivent plus facilement à parler de leurs conditions de vie… Si les soins socio-esthétiques permettent une remise en forme des traits des visages dévastés par les cures de chimiothérapie et de radiothérapie, l’écoute psychologique permet de rehausser le moral de ces malades…

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