La procréation médicalement assistée : Questions à Rachid Bezad, Directeur du Centre de la santé reproductrice au CHU Ibn Sina
3 octobre 2017
Aziza belouas (1413 articles)
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La procréation médicalement assistée : Questions à Rachid Bezad, Directeur du Centre de la santé reproductrice au CHU Ibn Sina

«Trois autres centres publics sont prévus à Marrakech, Fès et Oujda».

La Vie éco : L’ouverture d’un centre public de la PMA ne signifie-t-elle pas que l’on reconnaît l’infertilité comme un problème de santé publique?

La création de ce centre est à placer dans le cadre du développement de la santé reproductrice au Maroc qui est retenu parmi les Objectifs du développement durable. Il est à noter qu’au Maroc le programme de planification familiale a été essentiellement tourné vers les méthodes de contraception alors que la PMA a été largement négligée. Aujourd’hui, il y a des besoins exprimés par une grande partie de la population marocaine. On retiendra que 15% des couples en âge de procréation souffrent d’infertilité.

Est-il donc temps de reconnaître l’infertilité comme pathologie ?

Cela s’impose bien entendu car cela permettra une plus grande accessibilité et une meilleure prise en charge. Par ailleurs, au delà de l’aspect technique, cela donnera de l’espoir aux couples qui en souffrent. Cette souffrance, selon plusieurs études, serait du même niveau que celle ressentie par les personnes atteintes de cancer. La seule différence est que le cancer aura un impact sur le pronostic vital, par contre, l’infertilité impactera le pronostic fonctionnel et la vie n’est pas en danger. Mais elle connaît des complications psychologiques et sociétales. En effet, on doit souligner que les couples infertiles finissent par s’isoler socialement pour se protéger et pour éviter la pression familiale qui pèse sur eux et qui peut même perturber les tentatives de PMA.

 Votre centre peut-il apporter une solution à cette problématique financière ?

Nous avons pu mettre en place le centre grâce à un partenariat avec un organisme belge. Nos tarifs sont plus abordables, soit 50% moins chers que ceux facturés par les centres privés qui sont, il faut le rappeler, les pionniers dans le domaine de la PMA. Mais nous avons aussi des contraintes, notamment pour les achats de consommables dont les distributeurs ne procèdent pas à l’enregistrement auprès du ministère de la santé. D’autre part, il y a le coût de certains équipements, notamment les milieux de culture qui sont très coûteux.

 Acceptez-vous les personnes bénéficiant de la couverture par le Ramed ?

Pour l’instant, nous ne prenons pas de bénéficiaires du régime de l’assistance médicale pour les économiquement démunis. Les mécanismes du Ramed ne sont pas encore parfaitement rodés.

 Selon vous, quel est l’état actuel de la PMA au Maroc ?

L’offre s’est développée depuis les années 90, et ce, grâce aux initiatives privées, mais malheureusement on ne réalise pas suffisamment d’actes. La moyenne est de 400 à 500 cycles par an alors qu’en Europe les centres sont à 1000 cycles annuellement.
Pour améliorer cela, il faut une couverture médicale de la PMA ainsi que l’adoption du projet de loi afin de permettre une régulation de cette activité.

 Yaura-t-il d’autres centres publics ?

Oui, des projets sont en cours, notamment au CHU de Marrakech et il est bien avancé. Par ailleurs, deux autres centres sont prévus aux CHU d’Oujda et de Fès. A Casablanca, en revanche, rien n’est prévu, pour l’heure.

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