La migraine : véritable maladie même si elle reste méconnue
23 janvier 2004
Lavieeco (25045 articles)
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La migraine : véritable maladie même si elle reste méconnue

Bien qu’elle touche 10 à 20% de la population mondiale (12 % de Marocains
au moins), la migraine n’est pas prise au sérieux.
52% de migraineux sont des hyperanxieux ou des stressés. 15 à 20%
imputent leurs crises aux aliments absorbés.
Mis au banc d’essai, les médicaments censés soulager la migraine
se sont avérés non satisfaisants.

Elle arrive souvent sans crier gare. Au début, c’est une sensation diffuse. Des pulsations d’un seul côté du crâne. Inutile de s’effrayer, se dit-on, ça va passer. Les minutes passent, la tête devient un champ de bataille. On prend alors une tasse de café, un cachet d’aspirine ou encore un Doliprane. L’effet ne se fait pas attendre : la tempête s’apaise. Pas pour longtemps. La douleur reprend de plus belle, devient persistante. C’est une crise caractérisée de migraine. Et lorsque la migraine s’installe, elle vous pourrit la vie, vous rend agressif, désagréable, insupportable. Vous vous en plaignez à votre entourage ; il ne fera montre d’aucune compassion. La migraine ? tout le monde y est sujet de temsp en temps, c’est bien connu. Il n’y a pas de quoi en faire… une migraine, vous dira-t-on, en guise de consolation. Vous répondez que vous, en revanche, vous souffrez vraiment. Mais voilà, la douleur n’est ni palpable ni visible.
Pourtant, on se rend compte aujourd’hui, à propos de ce trouble récurrent, qu’il peut s’agir d’une maladie. En préambule d’un ouvrage d’expertise collective sur la migraine, édité en 1998 par l’Inserm (…..), le professeur Marie-Germaine Bousser dresse le constat suivant : «Fréquente mais encore souvent méconnue, invalidante mais non prise au sérieux, objet d’intérêt continu de la part du grand public mais d’indifférence notoire de la part du corps médical, source inépuisable de descriptions littéraires mais réduites à la portion congrue dans l’enseignement médical, cible de nombreuses thérapeutiques efficaces mais jouissant néanmoins d’une réputation d’incurabilité, telle est la migraine au travers de quelques-uns de ses paradoxes !» Affection sous-estimée, et pourtant, elle touche 10 à 20% de la population mondiale. Au Maroc, où elle porte le nom fort éloquent de «chqiqa», pas moins de 12% de la population en subit les affres, affirment des chercheurs de l’Institut Pasteur.

Des causes organiques aussi variées qu’incompréhensibles
Une des particularités de la migraine réside dans la difficulté d’en poser le diagnostic, tant ses causes organiques sont multiples. A quoi il faut ajouter un seuil de tolérance à la douleur propre à chacun. Chose qui fait qu’on est plus dans le domaine du ressenti que dans celui du diagnostic pur et simple. En fait, la migraine n’est pas une maladie en soi. Elle est un ensemble de symptômes, avec, de surcroît, une composante psychologique. Les principaux symptômes sont :
– un mal de tête plus intense et plus durable que les maux de tête ordinaires ;
– une douleur localisée, affectant un seul côté de la tête, souvent concentrée sur un œil ;
– une douleur lancinante, des élancements, des pulsations ;
– des nausées et des vomissements (souvent) ;
– des brouillages au niveau de la vision ;
– une congestion nasale ;
– une sensation de froid ou des sueurs.
Maigre consolation, la migraine n’est pas le mal du démuni. La princesse Margaret, Lewis Carrol et Blaise Pascal… trois personnalités et un dénominateur commun : des migraines quasi permanentes dues, non à des désordres biochimiques, mais à des déséquilibres psychiques. 52% de migraineux sont dans ce cas. Signes particuliers : la migraine psychogène affecte surtout les tempes, la nuque et un endroit curieux, le vertex, point le plus élevé de la voûte cranienne. Cette douleur sourde et continue serait induite par une anxiété manifeste, une colère rentrée, un état dépressif ou des tendances névrotiques. On a, bien sûr, tenté d’établir un profil psychologique de ces migraineux: ce seraient des êtres ordonnés, méticuleux, hyperanxieux, à l’intelligence au-dessus de la moyenne. Ce seraient aussi des «nerveux rentrés» n’ayant pas de soupape libératoire. Ils gardent leurs émotions pour eux et mettent beaucoup d’application à refouler les problèmes de leur Moi. Résultat : tout cela fini par éclater en protestations migraineuses. Ce processus d’autodéfense constituerait toutefois un exutoire permettant d’éviter des troubles plus profonds et serait préférable à un état dépressif franc. On se console comme on peut.

La manifestation d’un processus d’auto-défense contre la dépression
Toujours est-il que l’anxiété, définie comme le fait d’attendre plus ou moins consciemment un événement envisagé comme désagréable, inquiétant, voire dangereux, est à la tête des déclencheurs psychiques de la migraine. Elle est suivie de près par une autre tension mentale : le stress. Les élancements douloureux guettent aussi les sujets qui se privent de nourriture alors qu’ils doivent se sustenser, ceux qui modifient leur rythme de sommeil, les personnes sensibles à la lumière vive ou au vacarme, celles qui sont allergiques au parfum entêtant, à la cigarette ou aux relents nauséabonds. Même certains médicaments comme les analgésiques ou les contraceptifs oraux peuvent créer la migraine, à travers leurs effets secondaires.
15 à 20% de migraineux imputent leurs crises aux aliments absorbés. Les mou-ches à bière et les fervents de la dive bouteille doivent mettre de l’eau dans leur vin, faute de quoi ils pourraient être victimes de cette affection douleureuse, suspendue par ailleurs au crâne des amateurs de fromages vieillis et de chocolat, lequel ne fait pas seulement fondre de plaisir. Le yaourt possède bien des vertus, mais peut procurer aussi quelques déplaisirs. Tout à l’exemple des aliments fermentés ou marinés.
Pourquoi des facteurs aussi diversifiés que la consommation de fromage et l’allergie aux odeurs fortes sont-ils susceptibles de favoriser la migraine ? Mystère.

Une pathologie sans profil type
Face à la complexité inhérente à la migraine, les patients se trouvent désarmés. Ils ont le sentiment qu’on les prend pour des geignards. Pis, pour des simulateurs. Ainsi, Maria, directrice d’une agence de publicité. Parce que, depuis dix ans, ses crises de migraine étaient précédées de troubles visuels, son médecin l’a aiguillée vers un ophtalmotogiste, qui jugea bon de surcorriger sa myopie, aggravant ainsi ses troubles. Parce que son affection s’accompagnait de difficultés d’élocution, elle fut prise en charge par un psychologue. Et parce que la douleur affectait sa mâchoire, elle fut traitée pour névralgie. Jeune, active, bien dans sa peau, Maria n’a pourtant guère le profil d’une personne «à risque».
La difficulté vient en fait de ce que, dans cette pathologie, il n’existe pas de profil type. L’âge ? Aucune différence significative. Les premières crises surviennent pendant l’enfance et tendent à disparaître au-delà de la cinquantaine. Le sexe ? Si les femmes semblent plus concernées que les hommes (deux fois plus, estime-t-on), ceux-ci supportent moins cette sorte de douleur. Quant aux facteurs héréditaires, ils n’interviennent que dans une forme rare : la migraine hémiplégique familiale.
Vu l’absence de progrès thérapeutiques dans la lutte contre la douleur, les patients doivent se livrer à un parcours interminable, souvent épuisant, parfois désespérant, pour débusquer un traitement efficace, qui s’avère rarement fructueux. Il n’est que de lire le dossier sur les médicaments, paru dans
le Nouvel Observateur du 12 novembre 2003. En ce qui concerne les migraines, aucune thérapeutique au long cours n’est satisfaisante. Les anti-inflammatoires, tout comme l’aspirine, sont indiqués pour les maux de tête ordinaires, mais font l’effet d’un cautère sur une jambe de bois quand ils s’attaquent à la migraine chronique. En outre, ils induisent des risques digestifs non négligeables. Le paracétamol (Doliprane) est logé à la même enseigne. Cet antalgique peut venir à bout d’un banal mal de tête, mais capitule devant la migraine. L’ibuprofène (Advil) est en mesure de soulager celle-ci, avec, cependant, des dommages collatéraux : somnolence, risques de gastriste, d’ulcération du tube digestif et d’allergie. A un cran au-dessus se placent les triptans (Zomig). Ils peuvent être miraculeux, mais potentiellement dangereux (somnolence, risques de vertige et de douleurs musculaires). La forme nasale des triptans, type Imigrane, est intéressante car elle traite rapidement la crise. Certains patients y sont, cependant, insensibles. Quant aux traitement non médicamenteux, telles que la massothérapie, l’acupuncture ou l’ostéopathie, ils sont peut-être utiles, mais leur efficacité n’est pas démontrée scientifiquement.
La meilleure solution reste la prévention. La première étape qui s’impose est d’identifier le ou les éléments qui déclenchent les crises. Pour ce faire, on recommande de tenir un «journal de migraine», où l’on consignera les circonstances entourant la survenue de chaque crise. Il faudra noter tous les aliments absorbés pendant les dernières 24 heures, les symptômes, sa situation psychologique (stress…), les conditions extérieures (lumière vive, bruits…), et toute information qui semble pertinente. Il est utile aussi de noter les symptômes les plus anodins, qui précèdent la crise de migraine. En effet, il est plus facile de combattre la migraine si on agit dès l’apparition des premiers symptômes.


Conseils en cas de crise

• S’allonger dans une pièces sombre et calme.
• Presser la tempe du côté douloureux.
• Frictionner le front avec une boule de menthe.
• Appliquer un gant de toilette humide et frais sur la tête.
• Prendre un bon café afin de resserrer les vaisseaux sanguins, dilatés en période de crise.
• Manger un morceau de sucre et se protéger des à-coups lumineux avec des verres légèrement teintés

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