La coopérative, une alternative pour améliorer la condition des femmes
12 mai 2017
Aziza belouas (1373 articles)
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La coopérative, une alternative pour améliorer la condition des femmes

Très présentes dans le Sud du Maroc, les coopératives favorisent l’intégration sociale et économique des femmes. A Dakhla, Essaouira ou Taroudant, les femmes ont vu leur vie changer. Le Maroc compte 2 300 coopératives féminines, opérant principalement dans les filières agricole et de l’artisanat.

La coopérative de production et de commercialisation du couscous «khoumassi» de Dakhla-Oued Eddahab a une fois encore, et pour la troisième fois, décroché la médaille d’or de la qualité au SIAM. Fatima Ghallia Cherradi, sa présidente, en est très fière et affirme que «c’est une consécration pour la coopérative qui aujourd’hui confirme son savoir-faire et son sérieux». Créée en 2012, la coopérative est spécialisée dans la production du couscous «Khoumassi» confectionné à base de cinq céréales différentes, notamment la semoule de blé, la semoule de blé complet, la farine d’orge, la semoule d’orge et le mais. «Notre produit répond à un besoin de consommation des familles marocaines qui veulent de plus en plus des produits sains, bio et diététiques», explique Mme Cherradi qui tient à souligner par ailleurs que «la coopérative a contribué à assurer un revenu stable aux femmes qui en sont membres». Elle est composée de sept femmes, veuves et divorcées, qui étaient, jusqu’en 2012, femmes au foyer sans revenus. Aujourd’hui, elles sont autonomes et peuvent subvenir aux besoins de leurs familles.

De son côté, Fatima, membre de la coopérative féminine Tamanar, située dans la région d’Essaouira, témoigne : «Ma vie a totalement changé, j’ai aujourd’hui une indépendance matérielle par rapport à mon mari et je peux subvenir aux besoins de mes quatre enfants. Aujourd’hui, ils vont à l’école». Son association, spécialisée dans la production de l’huile d’argane, compte soixante femmes de la région qui, grâce à un savoir-faire ancestral, ont pu, d’une part, améliorer leur quotidien, et, d’autre part, contribuer à la valorisation de l’arganier qui pousse dans toute la région du Sud-Ouest marocain.

Comme ses consœurs de Dakhla et d’Essaouira, Latéfa, membre de la coopérative Taitmatine, dans la province de Taroudant, confirme que leurs coopératives ont contribué à la valorisation de l’arganier et à la lutte contre la précarité des femmes dans ces différentes régions. Dans son stand, elle expose les divers produits dérivés de l’argane : savon, huile cosmétique, crème corporelle. «Aujourd’hui, les femmes recherchent de plus en plus des produits faits à base d’huile d’argane, d’huile d’olive, de miel et de safran. Chaque année, lorsque nous exposons au SIAM, nous enregistrons une hausse de nos ventes. Cela est encourageant et nous sommes fières de notre travail». Agée de 28 ans, Latéfa a arrêté ses études à la troisième année du secondaire et est restée à la maison jusqu’à son mariage. Aujourd’hui son époux n’a pas de revenus stables ni réguliers et c’est grâce à son travail à la coopérative qu’elle couvre les dépenses de sa famille et en priorité les frais de scolarité. «Je ne veux pas que ma fille et mes deux fils abandonnent l’école, je veux qu’ils aient leurs diplômes et réalisent ce que je n’ai pas pu réaliser moi-même».

Ces trois témoignages attestent de l’importance des coopératives dans ces régions pauvres : elles ont contribué à l’amélioration des conditions de vie de leurs membres et à la lutte contre la précarité.

Gagner de l’argent mais aussi s’instruire…

Les femmes membres ont aussi, en plus du gain d’argent, pu s’instruire car dans plusieurs coopératives, des cours d’alphabétisation sont dispensés aux femmes qui le souhaitent. «C’est grâce à la coopérative que j’ai appris à écrire, à lire et à compter. Maintenant, je peux comprendre les informations télévisées, je peux écrire des lettres à mes frères qui vivent en France et mon fils m’a aussi appris à utiliser le téléphone pour envoyer des messages à ma famille», se réjouit Fatima, adhérente à la coopérative Taitmatine de Taroudant. Des cas pareils, il y en a beaucoup, car, dit-elle, «la coopérative nous a permis de sortir de l’ignorance et d’intégrer la vie non seulement en gagnant de l’argent et en dépensant mais aussi par l’apprentissage et de découverte de plusieurs choses».

Pauvres, analphabètes, les femmes des régions du Sud du Maroc ont vu leur vie changer grâce aux coopératives. Ces groupements féminins ont en effet offert une alternative importante aux femmes démunies en milieu rural qui étaient, pour leur grande majorité, des femmes au foyer sans revenus. Ils leur ont permis d’avoir une activité génératrice de revenus, d’être autonomes, de se former mais aussi et surtout de s’exprimer. Aujourd’hui, sur les 16 000 coopératives que compte le pays, 2 300 sont exclusivement féminines.

Fondées sur les principes de solidarité, d’enrichissement personnel et de durabilité, les coopératives représentent un moyen d’intégration des femmes dans le développement économique de leur région et d’amélioration de leur statut social. «Les femmes membres des coopératives s’épanouissent grâce à leur travail solidaire et rémunéré», avance Fatima Ghalia Cherradi. Et d’ajouter que l’intérêt des coopératives a été aussi de faire prendre conscience aux femmes, et même aux hommes, de l’importance des produits locaux et leur valorisation.

Pour rappel, c’est à partir des années 2000 que la coopérative est devenue un instrument de création d’emploi, et d’intégration économique et sociale des femmes. Historiquement, la création des coopératives au Maroc remonte à 1937, à l’initiative de certains producteurs, notamment dans les filières céréalière et oléicole. Mais, c’est entre 1956 et 1983 que l’Etat a décidé d’organiser les coopératives et d’intervenir dans leur gestion, notamment en mettant en place un cadre juridique, en assurant un encadrement technique et en créant l’Office de développement de la coopération (ODCO). Après le désengagement étatique en 1983, les coopératives, et en particulier celles féminines, ont connu un grand essor. Selon les statistiques officielles, il se crée près de 120 coopératives chaque année. Principalement dans les secteurs de l’agriculture et de l’artisanat.

Par ailleurs, les coopératives ne se limitent pas à l’intégration sociale de leurs membres, mais elles ont aussi un rôle dans le développement économique, social, politique et environnemental de leurs communautés. Elles contribuent ainsi à la diversification économique en vendant des produits et des services à des prix abordables. Sur le plan social, elles valorisent les ressources humaines par la formation et aussi la diffusion des valeurs de l’entraîde et de la solidarité. Par ailleurs, au niveau environnemental, elles permettent une transformation responsable des ressources naturelles.

Cependant, dans la pratique, certains problèmes limitent encore leur bon fonctionnement et parfois même leur succès. Parmi ces limites, les responsables de certaines coopératives citent le manque de formation des femmes, la difficulté de commercialisation des produits et enfin le leadership masculin, bloquant quelque peu l’épanouissement des initiatives féminines.

Concernant ce dernier point, il faut noter que les hommes sont souvent impliqués dans le processus de création du projet et demeurent les interlocuteurs principaux des femmes pour la création des coopératives.  Dans plusieurs coopératives, on signale le manque de collaboration des hommes détenteurs de l’information et le blocage de l’émergence des projets coopératifs. Dans un second temps, on notera aussi que l’analphabétisme des femmes membres des coopératives bloque le développement de leurs activités. Ce qui rend nécessaire un accompagnement des femmes en vue de développer leurs coopératives. Mais pas seulement, car il est également signalé que les femmes ont aussi besoin d’un appui pour la commercialisation de leur production. En effet, la vente des produits reste aujourd’hui une grande problématique pour les coopératives. Pour celles rencontrées au SIAM, les salons et les foires sont une opportunité mais il faut une stratégie déterminée et un business model pour que les produits des coopératives soient compétitifs et se positionnent sur le marché local et aussi à l’international. Les coopératives soulignent toutefois la création des magasins de l’économie solidaire qui permettent la commercialisation et la promotion de leurs produits.

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