Evolution ludique des enfants : ils sont nombreux à ignorer les jeux à l’ancienne…
14 avril 2017
Aziza belouas (1373 articles)
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Evolution ludique des enfants : ils sont nombreux à ignorer les jeux à l’ancienne…

Colin-Maillard, cache-cache, les osselets, le ballon prisonnier… sont tombés aux oubliettes. Les tablettes et autres smartphones remplacent la corde à sauter, l’élastique, le ballon ou encore les billes. Zoom sur les activités ludiques des enfants…

Une enquête sur les jeux d’enfants dans le Sud du Maroc, précisément dans les villes de Tiznit et Sidi Ifni, a été réalisée par une association belge comptant parmi ses membres des MRE originaires de cette région. Le sujet de l’enquête étonne dans un premier temps, mais, en fait, il aborde une problématique intéressante : l’évolution ludique des enfants dans le milieu rural et périurbain. Autrement dit, est posée la question de savoir à quoi jouent les enfants dans ces milieux.

Les villes rurales ont certes été conquises par la télévision satellitaire et le téléphone ainsi qu’internet, mais «l’introduction du jeu électronique reste timide. Les enfants dans ces régions sont plutôt restés traditionnels. Les filles jouent à la poupée et les jeux des garçons sont plutôt liés aux batailles et à la guerre». L’enquête révèle que même si les jouets (les poupées, pistolets, etc.) ont fait leur entrée dans ces régions, les enfants continuent à créer leurs propres jouets à partir des matériaux locaux, notamment le bois ou encore l’argile. Mais ce qui est surtout intéressant c’est que la création de ces jouets et l’imagination de jeux donnent lieu à des contacts, à une proximité, autrement dit à une sociabilité des enfants. Ce qui est, selon des experts en psychologie infantile, «très important et constructif pour eux. Les échanges et la sociabilité contribuent à la construction de la personnalité de l’enfant et permettent un développement harmonieux de sa psychologie».

Pour plusieurs pédopsychologues, le jeu en milieu rural préserve, dans une certaine mesure, la sociabilité des enfants et leur ouverture sur l’autre ainsi qu’une proximité entre eux-mêmes lorsqu’il y a une différence d’âge. Qu’en est-il dans les villes, en particulier dans les grandes agglomérations où les jeux électroniques enregistrent un fort taux de pénétration ? Comment s’est opérée l’évolution ludique des enfants et quel impact a-t-elle eu sur leur sociabilité ?

Nombreux sont les enfants qui, aujourd’hui, ignorent les jeux d’antan. C’est le constat établi par des puéricultrices dans une crèche casablancaise. Et de poursuivre : «Les consoles, les jeux sur internet et les gadgets électroniques dominent malheureusement le monde des enfants, et ce, dès leur bas âge. Nous avons plusieurs enfants à la crèche qui savent à peine parler et qui manipulent les téléphones des parents. Ce qui est anormal !». Les puéricultrices expliquent que c’est pour contrer cette évolution des jeux électroniques que pendant les récréations les activités sont encadrées. «Nous organisons les jeux de groupe, notamment parce que nous savons que chez eux les enfants ne jouent pas… Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux ne connaissent pas Colin-Maillard, ignorent cache-cache et le ballon prisonnier par exemple», expliquent les responsables de cette crèche.

Les cours de récréation sont de moins en moins animées

Nombreux sont les parents qui se rappellent encore de la magie, de la complicité et de l’ambiance bon enfant des jeux d’autrefois. Et aussi la stimulation et la motivation auxquelles ces jeux de groupe donnaient lieu. Or, la visite de plusieurs crèches et écoles primaires nous a permis de constater que les cours de récréation sont moins animées. Pas de marelle tracée au sol, pas de corde à sauter (sauf en cours d’éducation physique), pas de partie de foot, etc. D’autres jeux sont certes organisés par les maîtresses et autres animatrices mais on peut dire, selon une animatrice, «qu’il n’y a pas de spontanéité des enfants, ils s’adonnent au jeu mais souvent l’on sent que c’est beaucoup plus par obligation que par plaisir. Ce qui est décevant car le jeu permet le développement de la personnalité des enfants». C’est pour cela que Mohamed Berrada, pédopsychologue à Casablanca, estime que «les parents doivent autant que possible encadrer et organiser les jeux de leurs enfants. Notamment des jeux à l’ancienne. Et il faut surtout privilégier les jeux à l’extérieur, notamment à la plage ou encore dans la forêt. Organiser des pique-niques avec la famille ou des amis constitue une opportunité pour laisser les enfants jouer en groupe. Car, actuellement, on constate que les familles se font un restaurant et les enfants sont plongés dans leurs tablettes ou téléphones et les parents discutent entre eux!». Pour le docteur Berrada, «les jeux électroniques ne favorisent pas le développement cognitif des enfants ni leur épanouissement, mais au contraire ils favorisent leur isolement par rapport à leur environnement». Ce spécialiste recommande donc l’organisation des activités des enfants et de jeux de société simples, amusants et favorisent le contact et la communication. On peut citer les jeux de cartes comme Tarot, Belote ou encore les Milles bornes ; les jeux de lettres comme le scrabble ou bien les jeux d’ambiance comme Loups-Garous, Trivial Poursuit, Monopoly ou Cluedo qui sont parfaits pour une soirée ou pour meubler un après-midi d’hiver.

Ces jeux de société favorisent le développement des capacités cognitives des enfants. Notamment les jeux de stratégie et de négociation (Cluedo, Risk, Stratego, Puerto Rico), les jeux coopératifs (Pandémie, Ghoste Stories, etc.) qui permettent aux joueurs de coordonner leurs actions et de s’entraîder pour atteindre un objectif. 

Si pour Mohamed Berrada il faut revenir aux jeux anciens, pour d’autres spécialistes il faut faire un mix entre les jeux à l’ancienne et les jeux électroniques. Ces derniers n’ont pas toujours bonne image : ils sont critiqués pour la violence lorsque le but est de tirer sur tout ce qui bouge et ils sont souvent également jugés «abrutissants» et enfermant les joueurs dans un monde factice. D’où le risque de voir les enfants et les adolescents totalement coupés de leur entourage. Mais il n’y a pas que du mauvais puisque les jeux électroniques, tout comme l’informatique, font partie du quotidien et il est devenu difficile de s’en détourner, aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Pour des psychologues, les jeux multimédias sont aussi bénéfiques pour le développement des capacités cognitives des enfants. Ils recommandent également les jeux physiques qui sont aussi bon pour le développement harmonieux des enfants, développent l’esprit de compétition et d’équipe et permettent une unité des groupes d’enfants… Le mix des deux types de jeux, sous le contrôle parental, menacerait moins, concluent les spécialistes de la question, la sociabilité des enfants…

– La Marelle

La marelle est l’un des jeux d’antan les plus amusants ! Un jeu de saut, demandant un minimum d’adresse, dont le principe consiste à pousser -à cloche-pied- un palet, dans des cases numérotées, tracées à la craie sur le sol. Il existe encore une poignée d’enfants qui connaissent ce jeu. Mais celui-ci n’a malheureusement pas autant de succès qu’il y a plus d’une cinquantaine d’années.

– Tina

Le jeu d’osselets ou Mala en darija. Des cailloux plats et un code de jeu bien établi, et hop, le tour était joué, un jeu était né. Il consistait à envoyer 4 cailloux plats en l’air et de les rattraper avec le dos de la main. Un jeu d’agilité pas facile du tout et celui qui y parvenait faisait la fierté de ses amis ou ses frères et sœurs…

– Zwe Kanet

Pour ce jeu de stratégie, il faut des billes multicolores, les «kanet» de toutes sortes : colorées, non transparentes, transparentes avec un motif coloré à l’intérieur, totalement transparentes et claires comme la lune, en acier… Chaque bille possède une valeur. Aujourd’hui, il existe encore des enfants qui s’adonnent à ces jeux dans certains villages. Et l’on peut noter que le jeu de billes a pu résister au déferlement des jeux électroniques.

– Cerf-volant

Le cerf-volant d’antan n’avait rien à voir avec celui acheté dans les magasins chinois ou en grande surface de nos jours. Autrefois conçu avec du papier mousseline ou du journal, avec des bâtons, de la ficelle et de la colle (souvent préparée à base de farine et d’eau), le cerf-volant était une véritable œuvre artisanale, en plus d’être un excellent instrument de jeu fabriqué. Les enfants étaient contents de voir leur cerf-volant voler haut dans le ciel.

– Lastik

Des cases numérotées sont dessinées à l’aide de craie ou de cailloux. L’enfant tortille un élastique en le roulant plusieurs fois sur le bras avant de le lancer dans une des cases. S’il tombe dans l’une des cases avec un numéro inscrit dessus, il récupère le nombre d’élastiques correspondant au chiffre du «banquier», celui qui est responsable des élastiques. Si, par contre, l’élastique tombe en dehors des cases, c’est le banquier qui le récupère.

– Daour

Les enfants avaient pour habitude de récupérer une jante de roue et de la rouler sur l’asphalte à l’aide d’un bâton en bambou. Les enfants organisaient des courses pour mesurer leur rapidité et leur capacité à maintenir la roue en équilibre.

Pour les pédopsychologues, l’univers des jeux est directement lié à la sociologie de l’enfance. Le jeu est considéré comme le propre de la jeune enfance, un moment où l’enfant se met à exister comme un sujet culturel. L’univers du jeu peut être appréhendé de deux manières: premièrement, il y a, selon les sociologues, le jeu frivole et gratuit. C’est-à-dire qu’il s’oppose au sérieux de la vie réelle. Et l’on fait alors la distinction entre le temps perdu et le temps bien employé, le temps de loisir et le temps de travail, l’imaginaire et la réalité, la liberté et la contrainte. Dans ce cas, on dit que le jeu repose du sérieux. Deuxièmement, le jeu est une activité sérieuse, éducative, pédagogique, qui contribue au développement affectif, sensori-moteur, cognitif, moral, intellectuel et social de l’enfant. C’est la psychologie du développement. Celle-ci considère le jeu comme une activité qui intègre la dimension sociale, interactive, raison de sa contribution au développement de l’enfant. Dans ce cas, les activités ludiques permettent d’apprendre en se distrayant et de se distraire en apprenant aussi bien à l’école qui forme par le jeu, mais aussi à la maison où l’enfant peut jouer à des jeux formateurs. C’est pour cela, expliquent les pédopsychologues, qu’il est essentiel de sensibiliser les familles à l’importance du jeu dans le développement de l’enfant. Et leur préciser que «le jeu est chez l’enfant une activité essentielle, nécessaire à son équilibre et à son développement global, psychomoteur, affectif et social». Les jeux peuvent donc être considérés comme des activités dans lesquelles les enfants se construisent personnellement en développant leurs capacités et compétences tout en expérimentant le monde social, les systèmes de valeurs, normes, règles (réciprocité, justice, coopération, compétition) et les rapports sociaux (d’âge, de sexe, de classe, de rôle, etc.). Par ailleurs, les spécialistes de l’enfant expliquent que cette conception du jeu implique une attention particulière à la socialisation de l’enfant. Celui-ci acquiert et expérimente, à travers le jeu, diverses compétences et intelligences sociales devant faire de lui un acteur social relativement autonome et susceptible de mobiliser stratégiquement ses ressources. Socialiser un enfant, c’est à la fois l’intégrer dans les différents cercles sociaux auxquels il appartient, et en même temps lui apprendre l’autonomie personnelle.

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