Enfance Maghreb Avenir s’active pour lutter contre l’abandon scolaire
10 février 2017
Aziza belouas (1413 articles)
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Enfance Maghreb Avenir s’active pour lutter contre l’abandon scolaire

L’association intervient dans les écoles primaires et les collèges à Nouasser, Casablanca, Marrakech et Mohammédia. Environ 14 000 enfants profitent aujourd’hui de ses actions : réhabilitation des écoles, acquisition de véhicules de transport scolaire, don de cartables…

Lutter contre l’ignorance et l’exclusion scolaire. C’est l’engagement pris par l’association Enfance Maghreb Avenir Maroc, créée en 2005 et antenne de Enfance Maghreb Avenir France. Sa fondatrice et présidente, Najate Limet, reprend, pour justifier leur  devise «l’école est un droit et non un privilège», la phrase de Victor Hugo : «Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons». Elle nous confie que «l’éducation est devenue aujourd’hui l’affaire de tous et doit être au cœur des investissements et des engagements des dirigeants de ce monde». Voilà pourquoi l’association œuvre pour l’aménagement et la création de lieux d’accueil dans les établissements publics dans les quartiers défavorisés.

C’est dans la province de Nouasser que l’aventure a commencé il y a dix ans. Depuis 2006 en effet, l’EMA a pu rénover et créer des espaces de travail et sanitaires dans douze écoles primaires dans cette province mais aussi à Casablanca, à Marrakech et à Mohammédia. Ce qui a permis, explique Najate Limet, le maintien des enfants, en particulier les filles, dans le milieu scolaire, la conservation d’un environnement sain pour les enfants et les enseignants, l’ouverture à la culture et la diminution des risques de transmission des maladies. «Le premier constat que nous avons établi avec les équipes de l’EMA, au début de notre action, est la vétusté des infrastructures, leur inadaptation aux besoins des élèves et des enseignants. Plusieurs écoles ne disposent pas de blocs sanitaires, n’ont pas de raccordement à l’eau courante ni de bureaux pour les directeurs d’écoles!», déplore Najate Limet qui est, aussitôt ce bilan alarmant établi, allée à la recherche de bailleurs de fonds en France en premier lieu et au Maroc ensuite.

Le budget annuel de l’association s’élève à 260 000 euros dont 69% sont consacrés aux projets de rénovation et de construction et 22% sont destinés au financement des événements. A souligner que les recettes de l’association proviennent à hauteur de 42% des fondations internationales, 9% d’entreprises françaises, 6% d’entreprises marocaines, 9% de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) et 7% des dons et adhésions.

Le taux des élèves qui finissent leur parcours scolaire est tombé à 30%

Dans toutes les écoles où Enfance Maghreb Avenir est intervenue, les travaux ont essentiellement porté sur les structures sanitaires mises aux normes fixées par la Banque Mondiale, sur le raccordement au réseau d’eau potable et d’électrique ainsi que la construction des murs d’enceinte et les espaces sportifs.

Les actions sont menées en partenariat avec les pouvoirs publics, notamment le ministère de l’éducation nationale et l’INDH. Un partenariat étroit qui permet, selon l’association, de dresser tout d’abord un état des lieux des établissements et de lister les besoins. Ce que confirme Ibtissam Rigua, responsable de la division INDH de la province de Nouasser : «Nous ne pouvions rater l’occasion qui nous été donnée de travailler, en 2005, avec EMA, car c’est une opportunité dont la province avait besoin dans la mesure où plusieurs établissements scolaires présentaient des insuffisances au niveau des infrastructures. L’INDH doit, dans le cadre de ses procédures, travailler avec les associations ainsi que les communes et notre partenariat avec EMA s’inscrit dans ce cadre». Ainsi, les projets menés dans cette province ont été réalisés grâce à un cofinancement des deux parties assuré à hauteur de 70% par l’INDH et 30% par l’association. Ils portent essentiellement sur le remplacement des bâtiments en préfabriqué par des constructions en dur. «C’est primordial pour nous car les installations scolaires doivent répondre à des normes précises pour garantir la sécurité des élèves et des enseignants. Il faut souligner aussi les risques pour la santé dans la mesure où les constructions en préfabriqué comportent de l’amiante… Nous avons, en 2016, pu procéder au remplacement de sept classes dans plusieurs écoles sachant que dans une deuxième phase prévue pour 2017 notre programme concernera 24 classes», avance la responsable de la division INDH de Nouasser. Et d’ajouter que «la collaboration avec l’association représente un levier positif pour l’action de l’INDH dans la province dans la mesure où EMA nous suit dans les divers projets et notamment dans le cadre du financement puisque aujourd’hui sa contribution dépasse les 30% prévus initialement».

Les actions d’Enfance Maghreb Avenir ont, à aujourd’hui, profité à 13 600 enfants, en particulier des petites filles qui ont pu être scolarisées ou maintenues dans le milieu scolaire.

Selon les statistiques officielles du ministère de l’éducation nationale, l’abandon scolaire au Maroc a enregistré une hausse durant ces cinq dernières années. Son taux dans le secondaire est passé de 10,4% à 12,2% entre 2011 et 2015. Alors que dans le primaire, selon le rapport du MEN publié en mai 2016, le décrochage scolaire a connu une légère baisse, passant de 3,2% à 2,9%. On retiendra également que le taux des élèves ayant fini le parcours scolaire a enregistré un recul important puisqu’il est passé de 37,5% à 30% au cours de la période 2011-2015. Selon ce même rapport, il apparaît que les filles sont plus touchées par l’abandon scolaire malgré une nette amélioration de leur scolarisation. Ainsi, dans le secondaire, le taux d’abandon scolaire des filles se situe à 12,2%. Dans le primaire, il est de l’ordre de 3%. Par ailleurs, le coût de l’abandon scolaire est estimé à 3 milliards de dirhams par le Conseil économique, social et environnemental.

Des chiffres qui ne font pas qu’alarmer les responsables de EMA mais ils les motivent et les encouragent à travailler davantage. «Le contact avec nos partenaires et nos bailleurs de fonds est constant, nous leur soumettons un suivi régulier de la situation de l’éducation au Maroc et aussi le suivi de nos réalisations. Ce qui permet de cerner les besoins des écoles où nous intervenons et d’avoir les financements nécessaires. Mais pas seulement. Le suivi du secteur nous permet également de développer des projets d’accompagnement», explique la présidente d’Enfance Maghreb Avenir.

En effet, l’intervention de cette association ne se limite pas uniquement à la rénovation des écoles dans la mesure où celle-ci a lancé des projets spécifiques comme le don de cartables pour les enfants démunis, l’équipement de salles multimédias ainsi que le développement du transport scolaire. «Ce dernier, avec l’absence des blocs sanitaires, est l’un des principaux motifs de décrochage scolaire chez les filles. Les familles craignent pour la sécurité de leurs filles lorsqu’elles doivent faire de longs parcours pour aller à l’école ainsi que pour leur santé, sachant que l’hygiène n’est pas garantie», signale Najate Limet.

Pour enrayer donc l’éloignement des écoles, l’association a pu acquérir en partenariat avec la délégation de l’INDH et du MEN à Nouasser, depuis 2011, douze véhicules. Ce qui a permis de transporter quelque
1 380 élèves. Il est à noter que les communes prennent en charge les frais de gasoil alors que l’EMA paie l’assurance et les salaires des chauffeurs. Sans compter le lavage hebdomadaire des bus. «Il s’agit pour nous d’offrir aux enfants un moyen de transport propre et de préserver leur dignité», disent les responsables de l’association qui tiennent, par ailleurs, à préciser qu’elle prend aussi en charge l’entretien régulier des écoles par le biais de la distribution, tous les quinze jours, des produits d’entretien.

Et toujours dans le souci du maintien dans le milieu scolaire, l’association procède aussi, avec ses partenaires locaux, à la distribution des cartables qui ne contiennent pas seulement les articles de papeterie mais aussi les manuels scolaires qui coûtent cher. Pour réduire les coûts des manuels, l’association a mis en place un partenariat avec des éditeurs marocains qui ont fourni les livres nécessaires. Mais plus important encore, le programme «Bouquiner au Maroc» a pour objectif de rendre les livres accessibles aux enfants grâce à la création de bibliothèques de classe. «Les livres sont des coffrets en bois sculptés pour souligner le caractère précieux du livre. Ce projet a été réalisé avec la Fondation d’Arfeuille et l’INDH», explique Mme Limet qui souligne qu’aujourd’hui «Bouquiner au Maroc» profite à 64 classes dans sept écoles et à 2 427 élèves. Soit 3 649 livres qui ont été distribués en 2015.   

Ces projets d’accompagnement ont permis l’adhésion des enseignants ainsi que des familles aux divers chantiers de l’association. Aujourd’hui, l’EMA prend en charge 12 établissements et 8 500 enfants sont concernés. Les projets sont développés en partenariat avec 160 adhérents et donateurs.

Ambiance festive ce vendredi 27 janvier à l’Ecole Oulad Ismail à Errahma. C’est la veille des vacances d’hiver. Dans les classes, neuves et décorées par les enseignants, les élèves font la fête en attendant de récupérer leurs bulletins de notes. «Nous ne nous faisons pas de soucis pour les résultats car aussi bien les enseignants que les enfants sont bien impliqués dans le travail scolaire ainsi que dans toutes les activités de l’école qui compte maintenant sept classes primaires», explique Najia Khair El Idrissi, directrice de l’école depuis 2009. A cette époque, l’établissement comptait deux classes en plein champ et jouxtant un bidonville. Mais aujourd’hui, il n’y a pas photo ! La directrice de l’école raconte l’aventure avec EMA : «Des mon arrivée en 2009, j’ai rencontré la présidente de l’EMA en visite dans la commune pour le repérage des établissements scolaires. J’ai fait part de nos besoins qui ont été soigneusement listés et le travail a commencé… En priorité au niveau des infrastructures car l’école ne comptait que deux classes et n’avait pas d’enceinte». Enfance Maghreb Avenir, une fois les fonds trouvés, a construit cinq nouvelles classes ainsi que les murs d’enceinte. Et plus important, elle aménage le bureau de la directrice qui n’en avait pas. «Pendant plusieurs mois j’ai travaillé dans ma voiture qui me servait de bureau ! Aussi, les seize enseignants n’avaient pas de salle des professeurs». Aujourd’hui, l’école a totalement changé après la construction des blocs sanitaires pour les filles et les garçons et même des douches afin que les enfants puissent se laver après les activités sportives. «Ce qui est une première dans les écoles publiques et une avancée pour cet établissement qui n’était même pas raccordé au réseau d’eau potable», dit Mme Khair El idrissi. L’établissement compte sept cents élèves et même s’il souffre encore, à l’instar des autres écoles publiques, de surcharge des classes, il est très accueillant et se distingue des constructions avoisinantes du bidonville dont est issue la majorité des élèves. Ceux-ci viennent aussi des immeubles d’à côté où logent les familles recasées. Démunis pour la plupart d’entre eux et ayant des besoins spécifiques, ces enfants avaient besoin d’un accompagnement et surtout d’un environnement sain pour rester dans le milieu scolaire. Et cela a été possible, selon la directrice de l’école, grâce aux divers investissements réalisés par EMA qui a aménagé une salle multimédia et équipé les sept classes de téléviseurs en vue de permettre aux enfants de se familiariser avec les nouvelles technologies et l’audiovisuel. «L’école participe chaque année à des événements artistiques et cinématographiques, et a même remporté plusieurs prix au niveau de la délégation régionale. Nous avons aussi remporté un prix en Espagne avec le film documentaire que nous avons réalisé», raconte Khadija Moujahid, enseignante responsable du programme «Scénario pédagogique». L’école, qui affiche annuellement un taux de réussite de 100% à l’examen national du Certificat d’études primaires, n’a enregistré aucun abandon scolaire ces dernières années. «Au contraire, nous constatons que les parents suivent réguliérement les résultats des enfants du début à la fin de l’année. Et dès qu’il y a une mauvaise note, ils viennent s’enquérir des raisons», indique le professeur Moujahid. Elle est aussi psy et coach pour les enfants à difficultés spécifiques de l’école : «Nous avons eu des cas d’hyperactivité et de dyslexie que nous avons adressés aux spécialistes pour des suivis thérapeutiques. Par ailleurs, nous travaillons également avec le dispensaire qui prend en charge les enfants démunis». Impliqués, les enseignants de l’école, tous des jeunes avec une moyenne d’âge de 30 ans, mènent, selon la direction, des actions pour compléter le travail de l’EMA : des collectes de vêtements, des fournitures scolaires et la prise en charge des frais des sorties scolaires. L’objectif est d’encourager les familles à scolariser leurs enfants. Mais aussi et surtout à s’impliquer dans la vie de l’école. Et les responsables de l’école se remémorent l’aide des familles lorsque l’établissement a été inondé en novembre 2011: «EMA a remplacé tout le matériel endommagé et a pris en charge toutes les rénovations dont certaines ont été effectuées par les parents qui sont menuisiers, plombiers, peintres et autres. Sans oublier que les parents d’élèves sont venus d’eux-mêmes nettoyer l’école», conclut la directrice de l’école.

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