De plus en plus de patients recourent à la naturopathie
25 mai 2017
Aziza belouas (1377 articles)
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De plus en plus de patients recourent à la naturopathie

Elle ne remplace pas la médecine conventionnelle mais en est complémentaire. Les personnes souffrant de diabète, de rhumatismes ou de maladies digestives en sont les principaux demandeurs. Les médecins appellent les patients à une grande vigilance…

La naturopathie n’est pas connue de tout le monde, mais elle fait doucement et sûrement son entrée au Maroc. Selon des praticiens, de plus en plus de personnes s’y intéressent, la découvrent et y recourent pour se soigner. Définie comme une médecine non conventionnelle, la naturopathie vise à équilibrer le fonctionnement de l’organisme par des moyens jugés «naturels» : régime alimentaire, hygiène de vie, phytothérapie, techniques manuelles, exercices, etc. Elle fait partie des approches dites «holistiques». Ce n’est pas une médecine nouvelle puisqu’elle puise ses racines dans l’antiquité, depuis Sumer, les Esséniens et dans les médecines ayurvédiques en Inde ainsi qu’en Chine. Et on la retrouve surtout chez Hippocrate, considéré comme «le père de la médecine», qui prônait déjà la diététique associée à la théorie des humeurs qui constituent le corps humain. Hippocrate révélait ainsi à chacun «son médecin intérieur», c’est-à-dire des processus naturels de régénérescence propre à chacun, voire d’autoguérison.Il faudra attendre la fin du 19e siècle pour voir apparaître la naturopathie moderne, d’abord aux Etats-Unis grâce à John Scheel et Benedict Lust, puis en France dans les années 1940. Et c’est plus récemment, soit au milieu des années 2000, que les Marocains commencent à s’y intéresser et à l’essayer.

La naturopathie est la grande synthèse des méthodes naturelles de santé. Elle met l’hygiène de vie à la première place. D’où les cinq principes de la naturopathie établis par Hippocrate : ne pas nuire ; la nature est guérisseuse ; identifier et traiter la cause ; détoxifier et purifier l’organisme et enfin la naturopathie enseigne.

Dans la médecine allopathique dite conventionnelle, le protocole de soins est, généralement, identique pour tout le monde. Dans une première étape, le médecin généraliste fait un diagnostic et, selon les symptômes, il décide de prescrire un traitement ou de diriger, si besoin est, le patient vers un spécialiste. Le protocole de traitement se base essentiellement sur le médicament. Et ce, dans le but de soulager les symptômes. Lorsque ces derniers disparaissent, on considère que le malade est guéri.

La naturopathie a une vision différente de la maladie et des traitements: on ne va pas combattre la maladie, mais chercher à soutenir l’organisme pour qu’il ait toutes les capacités d’auto-guérison. Ce qui peut se faire par une détoxification, pour éliminer les surcharges qui peuvent bloquer certains processus de défense, par une revitalisation pour combler les manques qui empêchent le corps d’avoir tout son potentiel de fonctionnement, ou encore par une stabilisation pour que le corps ait un fonctionnement optimum. En gros, le naturopathe et le patient vont réharmoniser le style de vie pour qu’il soit adapté au bon fonctionnement du corps, et aussi utiliser des aides naturelles, notamment l’eau, les plantes, les techniques manuelles, etc. L’objectif étant d’aider le corps à s’équilibrer lui-même et à gérer son auto-guérison seul.

Les Marocains connaissent encore peu cette thérapie

Tout ce processus est expliqué aux patients par les praticiens lors des premières séances. «Au Maroc, le nombre de personnes connaissant cette médecine reste aujourd’hui encore réduit. La plupart des gens pensent encore que la naturopathie c’est se soigner par les plantes et ne savent pas en quoi cela consiste vraiment. Ce qui est normal car depuis toujours on nous a enseigné une vision de la maladie et de la santé suivant le principe de la médecine conventionnelle. C’est pourquoi, nous, praticiens, devons d’abord expliquer la thérapie aux patients afin de la leur faire découvrir avant de les soigner», explique Nouaamane Benani, naturopathe à Casablanca. Installé depuis 2008, Dr. Benani dit ne pas avoir de profil précis des personnes qui recourent à la naturopathie. «Nous recevons des malades de toutes les catégories sociales. Mais ce qu’il faut retenir c’est que la plupart d’entre eux souffrent de maladies chroniques, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, les rhumatismes, l’arthrose, l’hépatite et même certains cancers». L’apport de la naturopathie est important dans ces cas, avance Anissa Alami, naturopathe exerçant à Marrakech. Car, poursuit-elle, «pour ces pathologies, le traitement médicamenteux n’est pas suffisant, il faut l’accompagner et le compléter par une hygiène de vie déterminée et une alimentation adaptée et équilibrée afin de permettre au fonctionnement du corps de s’équilibrer». Les traitements des pathologies chroniques peuvent, en raison de leurs effets secondaires, affaiblir le corps et aussi perturber son bon fonctionnement, c’est pourquoi les praticiens parlent des trois principes alimentaires de naturopathie.

Ainsi, en premier lieu, la naturopathie préconise, pour le maintien du bon fonctionnement du corps, la consommation d’aliments anti-déprime en hiver. Par exemple, les poissons gras et les fruits de mer doivent être consommés au moins quatre fois par semaine pour faire le plein d’iode. Car les carences en iode, très fréquentes, peuvent en effet provoquer des baisses de moral et de tonus. Autres aliments à privilégier d’après les naturopathes : la betterave (surtout crue), les pommes de terre, les noix et autres fruits oléagineux, ainsi que le jaune d’œuf.

Deuxièmement, la naturopathie recommande la bonne association des aliments. Par exemple, les céréales doivent être consommées en même temps que les légumes secs ou les légumes verts. Cela permet de stabiliser la glycémie et d’avoir suffisamment d’énergie toute la journée. Autre exemple : en naturopathie, les fruits ne doivent pas être associés à d’autres aliments mais être consommés seuls, à bonne distance des repas. L’explication est simple : si vous mangez votre fruit en guise de dessert, il va rester bloqué des heures dans l’estomac à cause des autres aliments présents. Il va ainsi fermenter et produire de l’alcool, nuisible notamment au foie. Par contre, s’il est consommé tout seul il sera rapidement digéré et ne fermentera pas.

En dernier lieu, les naturopathes accordent une grande importance à l’équilibre acido-basique. Car une alimentation trop acide nuit gravement à la flore intestinale. L’estomac ne filtre alors plus correctement les toxines, qui envahissent et affaiblissent l’organisme. D’où la nécessité d’une alimentation détox pour éviter les aliments sources d’acidité comme les sucres raffinés, le thé noir et le café. Il est plutôt recommandé de consommer des légumes lacto-fermentés, des fruits ou encore des graines germées.

Pas de prise en charge dans le cadre de l’assurance maladie

  Cette alimentation équilibrée limite, selon les naturopathes, les effets secondaires des médicaments mais aussi prévient les complications de certaines affections. Notamment dans les cas de cancers et d’hépatites. «Mais cela ne signifie pas, soulignent les naturopathes, que le régime alimentaire est suffisant. Les patients ne doivent en aucun cas arrêter leur traitement. Mais ils doivent le compléter ou le soutenir par une discipline alimentaire très stricte», explique DrAlami. La durée du régime alimentaire varie d’un cas à un autre en fonction de l’état du patient. Etant donné que chaque personne a un fonctionnement différent, une génétique différente et un parcours de vie différent, les naturopathes mettent en place un protocole distinct de suivi. Le naturopathe prendra aussi en compte le physique mais également le mental, l’émotionnel, l’énergétique et l’environnement socio-culturel du malade. Dans ce sens, on peut souligner le caractère complémentaire de la naturopathie qui ne peut remplacer la médecine conventionnelle. Elle permet de renforcer les capacités d’auto-guérison et d’auto-régénération de l’organisme.

Le suivi par le naturopathe peut aller de six mois à deux ans. Il peut même être permanent, explique Nouâmane Benani, «car certaines personnes souhaitent avoir une hygiène de vie saine».

La prise en charge par le naturopathe s’effectue sur la base d’un dossier médical du patient qui permet de cerner son état de santé et l’état d’avancement de sa maladie. Les consultations sont facturées 200 à 300 dirhams. «A ma première consultation, j’ai beaucoup plus découvert cette nouvelle médecine et après une période de réflexion, je suis revenue pour une deuxième consultation. Cela fait six mois que je suis suivie, je fais des bilans réguliers et mes analyses s’améliorent progressivement», se réjouit une des patientes du Dr Benani. Elle souffre d’une hépatite C et est sous traitement depuis une année. «Le médecin m’a prescrit le régime alimentaire adapté à mon état et a surtout précisé les aliments qui me sont strictement interdits, notamment les viandes rouges, les œufs et les fruits de saison. Mon régime est surtout basé sur les légumes crus ou en jus, le poisson, les graines germées et les produits de la ruche. Par ailleurs, le naturopathe recommande la consommation de certaines plantes et épices comme le romarin, le curcumin, la fenugrec et le persil en graines ou frais», poursuit cette patiente qui estime que les «frais de traitement chez le naturopathe devraient être remboursés par l’assurance car nous payons la consultation et nous faisons périodiquement un bilan biologique et radiologique».

Le naturopathe établit avec le patient un «plan d’action» pour plusieurs mois basé essentiellement sur une alimentation et une hygiène de vie saines. Mais il recommande aussi des préparations de plantes, de graines et des produits de la ruche sous plusieurs formes (boissons, en poudre ou en gélules) qui aident à améliorer la qualité de vie, du sommeil, de l’appétit, etc. Ces préparations sont, par précaution, achetées au centre de naturopathie et la facture peut aller jusqu’à 1 500 dirhams pour trois à quatre semaines de prises.

En France, la naturopathie n’est pas remboursée par la sécurité sociale, mais certaines mutuelles le font dans le cadre des offres complémentaires. «Au Maroc, il faudra certainement attendre encore car il faut avant bien introduire la naturopathie…», conclut Anissa Alami qui tient à souligner que «la naturopathie agit aussi dans le préventif et permet d’alléger le coût des affections lourdes. Peut-être le ministère de la santé devrait-il considérer l’apport médical de cette discipline…».

Si dans les pays européens le nombre des consultations chez les naturopathes enregistre une hausse importante, au Maroc, la demande commence à être ressentie par les médecins. Et en particulier les gastroentérologues, les endocrinologues et les rhumatologues dont les patients sont de plus en plus demandeurs de cette médecine non conventionnelle. «Plusieurs de mes patients prennent, à côté de leur traitement pour le diabète, des préparations à base d’ail, de persil ou de fenugrec. Lorsqu’ils m’en parlent, parce que ils sont nombreux à ne pas vouloir le dire au médecin, je leur conseille de faire attention aux associations de plantes ainsi qu’au dosage qui peuvent être dangereux. On sensibilise, mais après on ne peut pas contrôler…», explique Dr Mohamed Tazi, diabétologue au CHU de Casablanca. Un de ses confrères, gastroentérologue qui souhaite garder l’anonymat, ne cache pas son opposition à la naturopathie : «Je suis foncièrement contre ce type de traitement car plusieurs patients arrêtent leurs traitements médicamenteux et lorsqu’ils ont des maladies graves comme le cancer, par exemple, surviennent des complications irréversibles !». Et de poursuivre : «Je m’y oppose aussi et surtout lorsque l’on sait qu’il ne s’agit pas d’une spécialité enseignée à la faculté de médecine. Certains naturopathes sont médecins oui, mais la plupart suivent des formations en naturopathie et c’est de là que vient le danger !». Par ailleurs, certains médecins estiment qu’il n’y a pas de mal à se faire suivre par un spécialiste pour adopter une hygiène de vie et une alimentation saine, mais «il ne faut en aucun cas arrêter les traitements. Car cela peut être fatal dans le cas de certaines pathologies. A mon avis, le ministère de la santé doit envisager une stratégie de communication pour éclairer et sensibiliser les citoyens. C’est une démarche préventive».

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