Comment la vente directe a changé la vie de milliers de femmes
26 décembre 2017
Aziza belouas (1425 articles)
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Comment la vente directe a changé la vie de milliers de femmes

Fonctionnaires, salariées, étudiantes ou femmes au foyer, elles ont opté pour la vente directe comme activité principale ou secondaire. Une opportunité pour leur épanouissement et l’amélioration de leurs conditions de vie. Témoignages…

Fatiha, Rachida, Leila et Rachid sont tous les quatre convaincus que pour faire de la vente directe il ne faut pas être diplômé d’une grande école. Ce qu’il faut, disent-ils unanimement, «c’est le sens du contact, de la motivation et une connaissance du produit distribué». En effet, les entreprises de la vente directe recrutent divers profils : étudiantes, femmes fonctionnaires en particulier dans l’enseignement, salariées du privé, ouvrières et femmes au foyer. Aucune condition d’âge ni de niveau d’instruction n’est exigée. Ce qui est par contre souhaité, explique-t-on dans le secteur, chez une représentante ou une ambassadrice, c’est l’esprit commercial et le sens des affaires.

Introduite au Maroc durant les années 90, cette activité est un concept, de l’avis des professionnels, qui séduit de plus en plus de consommateurs marocains. Preuve en est la croissance annuelle de 15% enregistrée régulièrement au cours de ces sept dernières années. Et nos quatre témoins qui opèrent, depuis plusieurs années, dans le secteur, confirment son développement et racontent comment cette activité a changé leur vie…

Pour le couple Fatiha Bouchikhi et Rachid Gharbi, tous deux fonctionnaires résidant à Rabat, «intégrer le réseau de vente de ForEver Living Maroc nous a ouvert de nombreux horizons et a permis de vivre une seconde vie professionnelle…». Tout a commencé lorsque Fatiha a assisté à une présentation des produits ForEver Living Maroc, spécialiste des produits à base d’aloe vera. «Au début, j’ai trouvé que les avantages aussi bien en nature qu’en numéraire dont parlaient les représentants étaient quelque peu exagérés. Mais lorsque j’ai assisté à une journée de reconnaissance, il y a eu un véritable déclic et j’ai décidé d’intégrer le réseau. C’était en 2010», explique Fatiha qui est aujourd’hui manager sénior après avoir gravi plusieurs échelons de la pyramide du système. En effet, les représentants débutent Novus (nouveau distributeur) pour devenir ensuite animateur adjoint, animateur, manager, manager leader et enfin, le dernier grade, manager senior. Le passage d’un grade à un autre s’effectue sur la base d’un nombre de points correspondant au niveau des ventes réalisées. Le démarrage de l’expérience était motivant et captivant selon Fatiha Boucheikhi dont l’élan fut malheureusement ralenti par la maladie. Un cancer du sein qui a nécessité un arrêt de deux ans certes mais qui lui a permis de découvrir les bienfaits des compléments alimentaires de la marque contre les effets secondaires de la chimiothérapie. «Lors d’un contrôle médical mon médecin traitant a été surpris par l’amélioration de mon état de santé. Une autre motivation pour moi pour reprendre mon activité. Et quelque temps après, j’ai conseillé ces compléments à une personne atteinte aussi de cancer et qui a rejoint mon équipe…». La reprise d’activité s’est faite en 2013 malgré la ferme opposition de son époux, Rachid Gharbi, qui nous explique son refus: «Je ne connaissais pas l’activité de la vente directe, je n’en étais pas convaincu. De plus et avant tout, il y avait son état de santé. Mais, elle m’a tenu tête. Et un jour, j’ai décidé de l’accompagner à un événement à Oujda et sur le chemin du retour, je lui ai dit inscris-moi !». Ainsi, commença la deuxième carrière de Rachid Gharbi. Il est désormais également conquis par la vente directe et devient ainsi manager adjoint de son épouse jusqu’en 2017 où il renonce à son grade avancé de manager adjoint pour demander son propre agrément pour constituer sa propre équipe et recommencer au bas de l’échelle. Et ceci pour une double motivation : avoir son équipe, d’une part, et améliorer les revenus du couple, d’autre part. En effet, indique le couple, la vente directe, outre l’épanouissement personnel et le contact humain, leur a permis d’augmenter leurs revenus et de financer les études de leur fille au Canada.

Amélioration du revenu et ouverture sur le monde…

Le couple dit gagner un revenu supplémentaire de 50000 dirhams par mois, en sus de la rémunération de leur premier emploi. Sans compter les bonus variant de 400 à 800 euros par mois. Aussi, il importe de souligner que Forever Linving accorde annuellement, lors d’un événement à l’international, des chèques aux meilleurs distributeurs dont la valeur atteint les 100 000 dirhams. Pour 2018, l’événement se déroulera à Dallas et comptera parmi ses participants 10 Marocains.

Aujourd’hui conquis par la vente directe, Rachid Gharbi estime que cette deuxième activité, après la fonction publique, est une réussite dont les apports sont indéniablement positifs pour le couple. «D’abord, cela a permis de nous rapprocher, d’avoir les mêmes centres d’intérêt et nous partageons beaucoup plus de choses ensemble ainsi qu’avec nos enfants qui sont aussi impliqués et suivent de près notre expérience avec Forever Living Maroc», explique M. Gharbi. Et son épouse d’ajouter : «Au-delà de ce rapprochement au sein de la famille, ce travail nous a permis de nous ouvrir sur l’autre, notamment nos partenaires mais aussi de voyager et découvrir le monde: Johannesburg, Dubai, Barcelone, Rome et bientôt Dallas… Des voyages que l’on ne pouvait pas faire avant».

Et des voyages, Leila, chef de groupe chez Oriflamme, spécialiste suédois de cosmétiques, n’en a jamais rêvé. Veuve avec trois enfants, cette femme au foyer n’a pas pu, six années durant après le décès de son mari, offrir des vacances à ses enfants. «En été, l’immeuble se vidait, nous étions les seuls à rester sur place et les seules sorties que l’on s’autorisait étaient une journée à la plage Ain-Diab et l’on faisait une partie du trajet à pied. Et c’est sur la route qu’un jour j’ai croisé une distributrice de Oriflamme», se rappelle Leila qui avait alors refusé de voir le catalogue que lui a présenté celle qui devint, quelques semaines plus tard, son chef de groupe. «Je n’avais pas d’argent pour l’achat de cosmétiques, la priorité pour moi alors c’était la nourriture et la scolarité des enfants. Nous avons échangé nos numéros de téléphone et elle m’a contactée quelques jours plus tard pour me proposer de travailler avec elle», indique Leila qui n’a aucun diplôme et pour qui travailler pour une société étrangère relevait de l’impossible. Pour leur première rencontre à Oriflamme, Leila a emprunté une robe, une paire de sandales et un sac. Elle se souvient aussi avoir demandé 100 dirhams à son frère pour acheter un produit. «Mais je n’ai pas eu besoin d’acheter les produits, c’est mon amie qui m’a dépannée. Je suis revenue avec mon catalogue et avec une peur au ventre de ne pas trouver de clientes !», se souvient-elle. Le lendemain, direction le hammam, sur conseil de son fils aîné, pour démarrer son activité. Ainsi, elle reconnaîtra, les larmes aux yeux que «Jab Allah tissir, j’ai eu six clientes pour un chiffre d’affaires de 700 dirhams. Et pour fêter mes premières commandes mon fils m’a invitée pour un goûter à la mahlabba du quartier!». Depuis, dix années se sont écoulées et Leila prend, tous les dimanches, le petit-déjeuner avec ses trois enfants chez Paul. «C’est une revanche sur toutes les privations que nous avons endurées auparavant», dira-t-elle. Aujourd’hui, elle est chef de groupe constitué en majorité de femmes au foyer et chefs de ménage. «C’est un choix que j’ai fait car je suis passée par cette situation et je veux leur donner la chance de s’en sortir…», explique Leila dont la vie s’est nettement améliorée grâce à la vente directe. Son revenu qui n’excédait pas une pension de 2 500 dirhams peut atteindre actuellement les 18000 dirhams par mois. Ce qui lui a permis d’inscrire son fils dans une université espagnole et d’envoyer sa fille à l’ENCG Settat. Sa dernière passera le bac dans deux ans.

Au-delà du revenu, la vente directe lui  a permis de voyager dans plusieurs villes du pays qu’elle ne voyait qu’à la télévision et, souligne Leila, «même à l’étranger notamment en Espagne, en France et en Italie pour les vacances. Ce qui nous change des journées à Ain-Diab, plage sur laquelle nous avons été prendre le ftour pendant le Ramadan pour nous souvenir des bons moments partagés il y a quelques années»

Du Thermomix à Fissler….

Et des bons moments, Rachida Abdelwahid en a beaucoup partagé avec l’équipe de Birgitt’s Deutsche Qualitat, importateur et distributeur exclusif de Ronic et de Fissler, marque allemande d’électroménager haut de gamme. Cette femme au foyer a été, il y a dix-sept ans,  la première à commercialiser le robot auto-cuiseur Themomix importé par la même entreprise. Mais, depuis huit ans, la société Birgitt’s a changé de fournisseur et détient exclusivement la carte Fissler au Maroc. «Un changement que nous avons opéré pour répondre aux besoins de la femme marocaine qui peut aujourd’hui totalement équiper sa cuisine avec des articles Fissler, notamment des cocottes, des poêles, des tajines, des wok ainsi que des marmites faites en inox médical», explique Birgitt Botthur, directeur de l’entreprise dont le réseau de vente est volontairement réduit. Soit une équipe de dix personnes qui ont développé chacune un portefeuille clients assez garni composé de femmes au foyer et femmes actives. Et là, le travail est beaucoup plus convivial que dans les autres enseignes de vente directe dans la mesure où les représentantes organisent tous les jours de la semaine, sauf le dimanche, des cours de cuisine pour la démonstration et aussi la présentation de leurs recettes faites à base d’ingrédients naturels, de produits du terroir et bio. «Nous programmons chacune nos rencontres pour présenter les articles ainsi que les recettes. Nous essayons d’apporter du nouveau à chaque fois pour équiper de façon moderne la cuisine de nos clientes», s’enorgueillit Rachida Abdelwahid qui a commencé son activité dans son entourage proche dans un premier temps, mais «aujourd’hui et avec le bouche à oreille je reçois des clientes de diverses villes du pays. Et je me déplace aussi avec Birgitt Bo et le reste de l’équipe dans les villes de Rabat, Marrakech, Fès, Tanger et Agadir à la rencontre des femmes de ces régions». Parmi ses clientes fidèles, Rachida compte ses trois filles qui ont, dit-elle, «grandi avec les articles Fissler et qui en sont aujourd’hui utilisatrices. Elles sont mariées et toutes ont équipé leur cuisine avec les articles Fissler et Ronic». Pour Rachida, la vente directe lui a permis d’occuper ses journées, de faire des rencontres et surtout d’aider son amie allemande à développer son business au Maroc. Son activité lui a permis d’avoir un revenu régulier dont elle ne souhaite pas communiquer le montant mais elle tient à préciser qu’elle est  autonome financièrement. Toutefois, au-delà du volet matériel, elle a pu, aussi, s’intéresser à la cuisine  et en particulier des recettes diététiques et saines à base de produits du terroir. «Je réponds ainsi à des exigences et des besoins qui se font de plus en plus sentir au niveau des familles marocaines. Je les teste d’abord chez moi et mon époux est le premier dégustateur et me donne son avis», indique Mme Rachida qui a également impliqué son époux, ingénieur, qui l’assiste sur le volet technologique des appareils distribués. «Il me renseigne sur les aspects technologiques des appareils, ce qui me permet de mieux conseiller mes clientes à qui nous assurons un service après-vente», souligne Rachida qui ne manque pas d’ajouter que son activité lui a permis de rester active.

En dépit des difficultés rencontrées par certaines enseignes et les critiques des mécanismes de fonctionnement, la vente directe semble avoir de beaux jours devant elle. L’activité enregistre une croissance soutenue de 15% par an et les professionnels, pour un meilleur positionnement de ce concept commercial, se sont regroupés en 2013 au sein de l’Association marocaine de la vente directe. Selon les opérateurs, la vente directe porte essentiellement sur les cosmétiques et les bijoux.

Plusieurs enseignes se partagent ce marché notamment Avon, Oriflamme, Forever Living Maroc ou encore Christian Lay. Si chaque enseigne est spécialisée dans un type d’articles, le système de vente, quant à lui, est identique : pas de niveau d’instruction requis et l’organisation en réseau pyramidale. Les représentants doivent en parrainer d’autres. Les chefs de groupe sont rémunérés sur la base des ventes de leurs filleuls. La commission varie, selon les enseignes, de 20 à 30% du montant global de la commande. Et pour motiver le réseau de vente, les enseignes octroient des bonus aux plus performants. Par ailleurs, on notera que la vente se fait soit sur catalogue ou encore dans le cadre de réunions ou boutiques de démonstration organisées chez les représentants ou dans les show-rooms des entreprises. La vente directe attire beaucoup plus les femmes, qu’elles soient actives ou au foyer, dont l’âge varie globalement de 18 à 60 ans. L’activité est source d’un revenu supplémentaire pour celles qui souhaitent arrondir leurs fins de mois, tout comme elle peut être le revenu principal pour les femmes inactives. Le chiffre d’affaires individuel réalisé en moyenne se situe entre 15 000 et 18 000 dirhams.

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