Choumicha, le cordon bleu, se met à  table
31 octobre 2003
Et-Tayeb Houdaifa (80 articles)
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Choumicha, le cordon bleu, se met à  table

En 1993, elle fait ses premières gammes dans l’animation, grà¢ce au «Mot juste»
Touche-à -tout, elle a exploré, en dix ans, multiples domaines : depuis la cuisine jusqu’à  la comédie, en passant par le livre et le costume.
Choumicha passe le plus clair de son temps à  faire de la fine cuisine pour les beaux yeux des téléspectateurs. Son mari, lui, s’accommode de pà¢tes et de grillades.

Son prénom sonne radieux. Elle le porte bien. Choumicha Chafay arbore constamment un sourire éclatant, aime tailler une bavette, discuter de tout, badiner, se tordre de rire avec de tonitruants éclats. Mais derrière ce naturel bon enfant, se cache un tempérament de feu. Choumicha fait tout avec passion, au risque d’épuiser ses collaborateurs. Aussi claque-t-elle la porte dès qu’elle flaire de la tiédeur chez ceux qui l’entourent. Ainsi s’expliquent ses multiples errances et éclipses. En dix ans, elle aura fait le tour de nos ondes et cathodes. Aujourd’hui, elle a fixé ses amarres sur Radio FM, où elle prodigue, chaque jour, des conseils aux femmes. Sur 2M, elle se laisse apercevoir chichement: trois minutes, une fois par semaine. Et ses admirateurs seront surpris de la voir prochainement sur TVM dans un rôle inhabituel, celui de comédienne dans la sitcom Soufiane.

En attendant, nous n’avons pas résisté à la tentation de «cuisiner» l’apprêteuse des Chhiouate.

La Vie éco : Après près d’un an d’absence, vous êtes réapparue sur 2M jeudi 23 octobre; est-ce un retour vers la chaîne avec laquelle vous étiez en délicatesse ?
Choumicha : Ce n’est pas à proprement parler un retour, puisque je n’anime pas une émission mais que je me contente de livrer, une fois par semaine, pendant trois minutes, ce qu’il est convenu d’appeler des «infomerciaux». Je présente la recette d’un plat donné, puis j’introduis, à un moment de la cuisson ou de la préparation, le produit dont je désire vanter les qualités.

Votre parcours est parsemé d’éclipses, de ruptures et de retrouvailles. Vous avez commencé par coanimer avec Ramzi Le mot juste sur 2M puis, un jour, vous vous êtes volatilisée. Quelques temps après, on vous retrouve sur radio FM où vous animez un magazine féminin…
… Oui, c’était un magazine féminin intitulé Casa promo qui, pendant deux heures, prodiguait aux femmes des conseils pratiques, leur donnait des recettes culinaires et faisait la promotion d’articles et de produits…

Radio FM, 2M, puis, à nouveau radio FM. Inconstante ?
Non, je ne suis pas du tout inconstante. Je me considère plutôt comme une personne exigeante et rigoureuse. Je respecte le travail qu’on me confie et je le fais avec passion. Aussi, quand il y a un quelconque manquement aux règles de droiture et de correction de la part de mes employeurs, je rends mon tablier.

Vous étiez un fruit précoce quand vous avez tapé dans l’œil de 2M…
Je venais d’effectuer un stage à 2M, après celui de la société de production Qorum. La chaîne recherchait une animatrice pour un magazine féminin. J’en avais le profil puisque j’avais réussi aux tests, mais mon âge, 19 ans, me disqualifiait. J’étais déçue. Par souci de compensation, Qorum, coproducteur du Mot juste, fit appel à moi pour coanimer cette émission. Et c’est comme ça que c’est parti.

On dit pourtant que c’est grâce à la pub que tout a commencé…
C’est vrai. Nestlé cherchait, pour une pub de Maggi, une jeune femme, «fraîche et agréable». Je me suis alors présentée, et j’ai eu la chance d’être retenue. D’ailleurs, c’est grâce à cette pub que j’avais été repérée par la recruteuse de 2M. Après le succès de mon premier spot publicitaire, j’ai arrêté net mes études pour m’aiguiller vers la communication. A l’époque, je poursuivais, à la Fac de Science de Casablanca, un cursus de maths-physique.

De maths-physique à la cuisine, le virage est plutôt abrupt…
Pensez-vous ! La cuisine est à la fois un art et une science. Quand je suis dans mon atelier en train d’apprêter des aliments, c’est comme si j’officiais dans un laboratoire. En quoi consiste l’acte de cuisiner, sinon à mélanger les ingrédients, comme on le fait pour les expériences chimiques, afin de parvenir à une bonne composition ?

Et la cuisine, vous êtes tombée dedans quand vous étiez petite ?
Presque. Comme toutes les Marocaines qui ont été élevées au sein d’une famille conservatrice. On y préparait les jeunes filles essentiellement à leurs devoirs d’épouses. La tâche culinaire occupait une place prépondérante dans cette éducation. Quand j’étais gamine, je n’y ai pas coupé. Comme tout le monde, je devais mettre la main à la pâte.

Si l’on en juge par le résultat, vous y avez pris goût.
Au début, je ressentais cela comme une corvée. J’avais envie de sortir, d’aller au cinéma, de participer aux anniversaires, aux boums. Au lieu de cela, une fois rentrée du lycée, je n’avais droit qu’aux séances d’apprentissage : cuisine, couture, tricot, broderie… C’était pas une vie! Mais, avec l’âge, je ne regrette pas cette éducation sévère aussi bien que fructueuse. C’est grâce à elle que je peux mener ma barque.
Vous en êtes à votre deuxième livre de cuisine, vous êtes costumière, vous faites des doublages de voix, animez une émission radiophonique quotidienne, jouez dans un feuilleton… En un mot, vous êtes hyperactive. Quelle carence cherchez-vous à compenser par cette boulimie ?
Je ne cherche pas à compenser quoi que ce soit. Il est vrai que je suis hyperactive, c’est ma nature et je n’y peux rien. Je ne crois pas que ce soit un défaut. J’ai besoin de m’occuper, je n’aime pas rester oisive. Ne dit-on pas que l’oisiveté est mère de tous les vices. Je ne souhaite pas attraper de vices, ou plutôt mon vice c’est le travail.

Avec vos talents de cordon bleu, vous soignez votre mari aux petits oignons…
Qui vous a raconté ça ? Franchement, je ne le soigne pas outre mesure. D’autant qu’il n’est pas particulièrement exigeant et qu’il mange ce qu’on lui sert.

Si je comprends bien, votre mari se montre très accommodant et vous en profitez pour ne pas trop vous dépenser à la maison.
Il n’est pas accommodant mais simple dans ses goûts. Nous n’avons pas, lui et moi, les mêmes goûts culinaires. Il préfère le gratin, les pâtes ou les grillades, quand, moi je raffole de tajines, de ragoûts et autres spécialités marocaines.

Comment parvenez-vous à accorder vos goûts avec les siens ?
En modernisant les plats marocains. J’y mets moins de sauce, je les allège, je les rends plus digestes. De toute façon, mon mari ne piquera jamais une colère à cause de la bouffe. Ça m’arrange parce que je passe parfois une journée entière à faire la tambouille. Quand je rentre chez moi, je n’aspire qu’à me détendre, en lisant un livre, en regardant la télé ou en m’occupant de mes enfants.

Vous adorez la cuisine marocaine, certes, mais quel est le mets que vous aimez par-dessus tout ?
Le couscous.
Il y en a plusieurs sortes.
Toutes les sortes. Même le couscous à l’eau.

Dans quelles sources vives puisez-vous ces recettes si inspirées ?
Dans les vieux livres de cuisine, bien sûr. Mais pas seulement. Tout, pour moi, peut être source d’inspiration. J’ai mangé, il n’y a pas longtemps, dans un restaurant français, des topinambours aux amandes effilées. J’ai adapté la recette à notre qadra. Le résultat est succulent. Vous savez, il n’y a pas de secret : une bonne cuisine, ce sont des compositions qui s’harmonisent et des saveurs qui vont ensemble. Donc, quand je tombe sur une composition intéressante, je la restitue différemment, en y ajoutant mon grain de sel.

Etes-vous souvent invitée par des amis ou des relations?
Je n’ai pas beaucoup d’amis. Et quand je ne travaille pas à l’extérieur, je n’aime pas trop mettre le nez dehors. Je suis incurablement pantouflarde. Quant à être invitée, je le suis plus souvent qu’à mon goût. Aussi, je n’hésite pas à décliner les invitations embarrassantes.

Mais quand vous acceptez une invitation, vous amusez-vous à évaluer la qualité des mets offerts ?
Je ne me permets pas d’agir ainsi. J’ai une sainte horreur des gens qui jugent les autres. Quand je suis chez des gens, je ne joue jamais à la difficile : un simple plat de légumes, une ratatouille ou une bissara me comblent, pour peu qu’ils soient apprêtés dans les règles de l’art.

Vous dévorez les livres, vous vous gavez de télévision, vous travaillez comme quatre, l’excès serait-il votre règle de conduite ?
Il faudrait peut-être nuancer. Je n’ai pas le sentiment de trimer plus que de raison mais juste assez pour me sentir bien dans ma peau. La lecture, surtout celle des romans, et la télévision, me servent à décompresser, après une journée éprouvante. Peut-être que j’en fais un grand usage, mais je ne suis pas foncièrement excessive. Du moins, je ne me vois ainsi.

Sur votre ancienne émission, Chhiouate, on ne tarissait pas d’éloges, mais à côté du concert de louanges ne se glissait-il pas quelques critiques?
C’étaient les gardiens de l’orthodoxie culinaire qui réagissaient de façon critique, quand un dogme n’était pas observé à la lettre. Moi, ma religion en la matière a toujours été la suivante : pour chaque plat, il existe une recette de base à partir de laquelle on peut broder à sa convenance. Car, sans une touche personnelle, un plat devient banal. Et ça, les puristes ne sont pas près de l’admettre. Fatima Hal a ouvert la pastilla, alors qu’elle est en principe fermée. Personnellement, sans renier la pastilla à l’ancienne, je trouve que ce trait d’audace a rehaussé l’esthétique de ce mets. Mais, il y en a que cette dérogation à une règle ancestrale hérisse. Si on ne peut pas, en faisant la cuisine, inventer, créer, adapter, modeler, l’exercice sera fade.

D’aucuns reprochaient à vos recettes leur inaccessibilité aux budgets modestes. Qu’y répondiez-vous ?
D’abord, que ce grief est dénué de fondement. Je savais que mon public n’était pas composé que de gens fortunés. Aussi, je veillais à proposer des mets peu onéreux: lentilles, haricots, légumes, sardines… Cependant, je ne pouvais pas me cantonner aux recettes économiques. De temps à autre, j’en élaborais de plus coûteuses. Ainsi, toutes les bourses y trouvaient leur compte.

Histoire d’ajouter une corde à votre arc déjà garni, vous avez troqué, le temps d’un tournage, votre tablier contre l’habit de comédien.
Vous faites allusion à ma participation à la sitcom réalisée par Noureddine Lakhmari, Soufiane. Sachez que je m’y suis impliquée à la suite d’un bizarre concours de circonstances. Comme je suis costumière, la productrice de la sitcom, qui est une amie, m’avais demandé de lui donner un coup de main pour les costumes. J’ai accepté. Sur ce, la comédienne qui devait incarner le personnage principal a fait faux bond. Toute l’équipe me pria de la remplacer. J’ai demandé à réfléchir. J’ai eu des angoisses au point d’en perdre l’appétit et le sommeil. Je ne me sentais pas de taille à affronter la caméra. Ils ne voulaient rien savoir. Ils m’ont convaincue.
Et voilà comment je me suis retrouvée comédienne.

En tant que femme, épouse et mère, quel sentiment suscitent en vous les propositions royales de refonte de la Moudawana ?
Un sentiment de soulagement. Maintenant, je pourrai engendrer des filles en toute quiétude, sachant qu’elles jouiront de la plénitude de leurs droits. Mais si on ne peut que louer le nouveau code personnel, il faut que ses bénéficiaires soient réellement édifiées sur leurs droits et leurs obligations. Faute d’une telle prise de conscience, elles auront tendance à interpréter abusivement les mesures préconisées

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