SIAM 2017 : Entretien avec Fatiha Berrima, DG de l’ONCA
23 avril 2017
Alie Dior NDOUR (5 articles)
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SIAM 2017 : Entretien avec Fatiha Berrima, DG de l’ONCA

«Nous ne sommes plus dans une logique de vulgarisation, mais dans une démarche de conseil agricole moderne et intégré».

Le conseil agricole a été réorganisé en 2013 avec la création de l’ONCA. Quatre années après, comment se présente cet organisme?

L’ONCA, créé en vertu de la loi 58-12, est l’organisme national chargé du pilotage et de la coordination du dispositif du conseil agricole caractérisé par le fait qu’il est multi-acteurs. Depuis sa création, l’office a mis en œuvre plusieurs chantiers de dynamisation de ce dispositif marqués par plusieurs réalisations. Nous pouvons citer :

– l’opérationnalisation de son organisation aux niveaux national, régional et local ;

– la mise en œuvre des Plans d’action régionaux du conseil agricole (PARCA : 12) qui constituent des feuilles de route établies en concertation avec les différents acteurs de la Stratégie nationale de conseil agricole (SNCA) au niveau régional et destinés à accompagner les Plans agricoles régionaux (PAR) du PMV ;

– la mise en place des organes et outils de gouvernance et de gestion de l’ONCA ;

– l’accompagnement des projets structurants du PMV ;

– la mise en œuvre d’un plan de communication et de marketing, ainsi que de nouveaux concepts tels que le village itinérant du conseil agricole, centre d’appels… ;

– l’accompagnement à la mise en œuvre des contrats programmes des filières de production par l’établissement et l’exécution des conventions de partenariat avec les interprofessions et les instituts de recherche, de formation et de développement agricoles ;

– l’organisation des agriculteurs au sein de groupements, coopératives ;

– la réalisation des projets structurants de l’ONCA, à savoir la normalisation des actions de conseil agricole, la normalisation du métier du conseiller agricole ainsi que son plan de charge ;

– le renforcement du réseau des cellules de coordination et d’appui (CCA) par les centres mobiles de conseil agricole pour améliorer le taux de couverture…

L’office est un acteur essentiel dans la mise en œuvre du PMV. A-t-il les moyens de ses ambitions ?

Partant du caractère pluriel et multi-acteurs du conseil agricole, le partenariat constitue un des axes fondamentaux de  notre intervention, ce qui permet d’avoir des effets de leviers très intéressants.

Aujourd’hui, on peut affirmer que l’office dispose d’atouts considérables lui permettant de jouer pleinement son rôle dans la mise en œuvre de la SNCA et par conséquent contribuer effectivement à la réalisation des objectifs du PMV.

Ces atouts prennent plusieurs formes :

– son organisation qui lui confère une représentativité à tous les niveaux  (central, régional, provincial et local) permettant de renforcer la proximité avec les agriculteurs ;

– ses ressources humaines qualifiées notamment son cœur de métier: les conseillers agricoles ;

– son cadre d’intervention basé sur le partenariat, mécanisme opérationnel qui favorise l’implication de manière claire et complémentaire de l’ensemble des acteurs du dispositif du conseil agricole «Dispositif pluriel»;

– son mode d’intervention caractérisé par sa diversité;

– son rôle essentiel dans l’organisation des agriculteurs et le suivi de leurs projets.

– ses partenariats stratégiques avec la recherche, la formation et l’enseignement lui permettent de jouer son rôle d’interface dans la diffusion des résultats de la recherche ;

Vous disposez de plusieurs outils de vulgarisation et de formation comme l’école au champ, le centre d’information télévisuel interactif, le village itinérant… Comment organisez-vous
vos interventions ?

Depuis l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie nationale du conseil agricole, nous ne sommes plus dans une logique de vulgarisation, mais plutôt dans une démarche de conseil agricole moderne et intégré qui place les besoins des agriculteurs au sommet de nos priorités et opère selon une approche filières.

Pour répondre aux besoins des agriculteurs, agricultrices et de nos partenaires, nous avons mis en place plusieurs canaux et outils de communication et de diffusion de l’information.

Il y a d’abord les écoles aux champs (FFS) installées chaque année dans les différentes régions du Maroc et qui concernent différentes filières. Lors des FFS les agriculteurs, les facilitateurs (conseillers agricoles) et les spécialistes matières qui participent dans l’animation, s’entraîdent pour dépasser les difficultés techniques, organisationnelles, environnementales, commerciales et de valorisation des produits et sous-produits agricoles.

Ensuite, l’un des outils phares adopté dans le conseil est le village itinérant du conseil agricole qui constitue un espace mobile avec lequel l’ONCA traverse toutes les régions du Royaume. Donc, à travers ce village, les agriculteurs et les organisations professionnelles sont dotés d’un espace qui leur permet d’échanger les expériences et le savoir-faire en matière des techniques de production, de valorisation, de commercialisation,

L’Office organise également des sessions de formation et de sensibilisation dans toutes les filières agricoles, principalement pour les Groupements d’intérêt économique (GIE), les agriculteurs, les organisations professionnelles agricoles ainsi que les femmes rurales.

A cela il y a lieu d’ajouter qu’il est l’un des partenaires institutionnels des manifestations agricoles au Maroc (Siam, Sidattes, Festival de l’olivier, Fête des roses, Festival des amandiers, etc.). Et pour enrichir  ces outils, ses  douze directions régionales viennent d’être dotée de centres mobiles de conseil agricole équipés de matériels techniques et de communication.  De même, une importance particulière est accordée au conseil agricole à travers les médias et les technologies de l’information et de la communication en général.

Aujourd’hui, il y a une préoccupation qui est sans doute bien prise en compte dans vos actions, la durabilité. Est-ce que le petit producteur, votre principale cible, est conscient de cette contrainte ?

Le développement agricole durable doit être économiquement compétitif, socialement équitable et écologiquement responsable.

La petite et moyenne agriculture présente des potentialités (produits de terroirs, savoir-faire local et connaissances endogènes des agriculteurs…), mais aussi des contraintes (dégradation des ressources naturelles, fragilité des systèmes de cultures et d’élevage, sous valorisation des produits, difficultés de commercialisation…).

Sur la base des forces et faiblesses identifiées de chaque écosystème, des actions de conseil agricole sont menées pour réduire les impacts probables sur l’environnement socioéconomique et écologique.

Les actions de conseil agricole destinées aux moyens et petits agriculteurs ne se limitent pas uniquement à des thématiques portant sur l’itinéraire technique des cultures, le mode de production et de valorisation des produits agricoles, etc ; elles traitent également des contraintes d’actualité liées à la préservation des ressources naturelles, à l’économie d’eau d’irrigation, à l’utilisation des énergies renouvelables, notamment le biogaz et l’énergie solaire, à la protection de l’environnement (sensibilisation aux effets des margines)…

Par ailleurs, outre la sécurité alimentaire et les impératifs de productivité et de compétitivité, l’une des préoccupations majeures de l’ONCA est d’accompagner les agriculteurs pour mener une agriculture durable, qui produit plus en quantité et en qualité, mais  qui sauvegarde les ressources naturelles et protège l’environnement. Il s’agit en effet de l’un des buts essentiels recherchés à travers l’accompagnement de la stratégie du développement de l’irrigation, notamment l’économie et la valorisation de l’eau d’irrigation, qui permettra de mieux rationaliser l’utilisation des ressources en eau, de limiter la surexploitation des nappes phréatiques dans un contexte de déficits pluviométriques et de sécheresses récurrents et de réduire la demande énergétique du secteur de l’irrigation.

Les actions menées, outre le transfert de technologies, mettent l’accent sur le rôle des nouvelles technologies de l’information et la maîtrise des connaissances sur les systèmes de production en adoptant des méthodes et outils appropriés et ainsi qu’une démarche participative pour répondre à la demande des acteurs. Ce sont des préalables pour formuler et réussir les meilleures interventions techniques, socio-économiques et écologiques au profit de la petite agriculture dans le cadre des PARCA.

Avez-vous une démarche particulière pour les sensibiliser sur ce sujet ?

La sensibilisation se fait à travers des journées de démonstration, d’information, de sensibilisation, de formation ou des écoles aux champs, et ce en partenariat avec les institutions (INRA, ONSSA, ENAM), les interprofessions et les Chambres régionales d’agriculture. Des thèmes tels que la préservation des ressources naturelles, l’opération de semis direct, l’utilisation des énergies renouvelables, etc., y sont traités. L’office produit et diffuse également des supports audio-scripto-visuels afférents à la sensibilisation à l’économie d’eau et d’information autour des incitations financières de l’Etat dans le cadre du FDA.

L’installation des cellules de conseil de fertilisation dans les centres de conseil agricoles figure parmi les chantiers en cours. Ces cellules auront pour tâche de sensibiliser les agriculteurs à l’intérêt de l’analyse du sol et à la fertilisation raisonnée des cultures. L’analyse du sol permet d’établir un plan de fertilisation optimisé en tenant compte des réserves du sol. La fertilisation raisonnée est une des composantes essentielles de l’agriculture raisonnée, respectueuse de l’environnement. Ainsi, l’agriculteur est accompagné dans la rationalisation de ce poste de dépenses pour lui permettre d’améliorer son revenu.

En parlant de durabilité, on fait aussi référence au problème de l’eau. Et comme la petite agriculture dépend encore beaucoup de la pluie, qu’en est-il du programme national de lutte contre les effets du déficit pluviométrique ?

L’office a accompagné le Programme gouvernemental d’atténuation des effets du déficit pluviométrique dans l’ensemble de ses composantes, à savoir l’opération orge subventionnée, l’aliment composé, l’assurance multirisque climatique, l’économie d’eau et la sensibilisation à la reconversion des céréales d’automne en culture de printemps dites de remplacement.

Les actions de conseil agricole s’inscrivent également dans les programmes structurants du Plan Maroc Vert, en l’occurrence le Programme national d’économie d’eau d’irrigation (PNEEI). Ainsi, le plan de charge des conseillers agricoles déployé au niveau du terrain, donne une priorité à cette problématique. A cet effet, les thèmes de conseil agricole se focalisent sur la valorisation du m3 d’eau et la sensibilisation des agriculteurs à opter pour la reconversion du système d’irrigation traditionnel vers le système localisé économe en eau d’irrigation et ce dans le cadre des incitations que l’Etat accorde à l’économie d’eau (Fonds de développement agricole).

Commentaires

  1. Oudghiri Hassan
    Oudghiri Hassan avril 25, 12:12
    L.inter.profession et notamment les chambres d.agriculture regionales ne cessent d.etre sollicitées par ses membres et les PETITS AGRICULTEURS qui reclament plus d.encadrement et de projets du pilier ll du PMV de la part de l.onca et les dra a l.insatar des actions des CT ancetre de l.onca .Ce vide a mon avis est dû au retard des equipements en unités mobiles regionales , le retard de recrutement des jeunes conseillers agricoles (depart en retraite massif des ex.vulgarisateirs)et bien sur la centralisation des moyens humains et financiers pour financer les PARCA alors que des contrats programmes avec les 12 onca regionaux serait le creneau adequat pour pallier a cette sitution.

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