«Ahmed Cherkaoui a été ambassadeur universel de l’art»
6 avril 2018
Fadwa Misk (365 articles)
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«Ahmed Cherkaoui a été ambassadeur universel de l’art»

50 ans après son décès, Ahmed Cherkaoui se dévoile au public marocain à travers une exposition hommage au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Noureddine Cherkaoui, l’un des conseillers scientifiques de l’événement, n’est autre que le fils de l’artiste peintre. Il nous parle du parcours de l’exposition, ainsi que du legs de son père.

 «Ahmed Cherkaoui : entre modernité et enracinement» est la première exposition posthume au Maroc ?

Depuis son décès, il y a eu quelques galeries qui exposaient ses toiles, dans l’année 1970. Mais c’est bien la première exposition de cette importance depuis la mort de mon père. Comme je le dis, il y avait une sorte d’alignement des planètes qui a fait que le projet voit le jour. Il y avait, d’abord, la volonté politique incarnée par Mehdi Qotbi. Il y avait une équipe de très haut niveau qui a réalisé du bon travail et c’est déjà une fierté pour le Maroc ! Créer une exposition qui n’est pas clés en main, mais montée de toutes pièces, avec ce qu’il faut comme recherche, la gestion administrative, l’écriture du synopsis, le placement et la scénographie, le tout en moins de six mois : c’est un gage de professionnalisme et d’efficacité. Tout cela bien entendu avec le soutien de Brahim Alaoui, mon complice de toujours. Et puis, il y a le cadre dans lequel ont été faites de très belles choses.

Comment s’est fait le choix des tableaux exposés ?

Lors de notre réunion, le 4 septembre dernier, ici à Rabat, je disais à Mehdi Qotbi que je ne voulais pas reproduire l’exposition de 1996, mais permettre aux Marocains de faire l’hommage à l’artiste. Et pour cela, une très grande partie des œuvres viennent de collectionneurs ou d’institutionnels marocains. Puis on a complété par des pièces déjà exposées aux musées internationaux, que ce soit à Paris ou à Doha. Puis s’est posée la question sur ce que je pouvais apporter de plus. J’ai choisi ‘‘Solstice’’, pour deux raisons. D’abord, il s’agit d’une œuvre de grande taille et j’imaginais très bien l’espace qui pourrait lui être consacré. Et puis, c’est une œuvre charnière entre une période où le signe est sombre et celle où la couleur et la lumière s’invitent.

 La documentation tient une place importante dans l’exposition…

Avec Fatima Zahra Lakrissa, la commissaire de l’exposition, nous avions échangé autour de la documentation. Je lui avais présenté deux carnets qui me paraissaient intéressants, pour que les gens puissent voir l’évolution du travail chez Ahmed Cherkaoui. A venir, un document pédagogique lié à l’exposition, un catalogue beaucoup plus complet et probablement des documents réalisés à partir des carnets.

Quel rayonnement a l’œuvre d’Ahmed Cherkaoui dans le monde aujourd’hui ?

Mon père a été précurseur avec Gharbaoui du courant moderniste marocain, mais il était également ambassadeur du Maroc à l’étranger. Parce que son œuvre est connue. Ses expositions à Paris et à Bruxelles avaient d’importantes retombées. Il manquait l’étape Maroc pour ancrer son travail dans le paysage de son pays. Auparavant, j’ai eu des propositions de privés, mais qui ne me semblaient pas sérieuses. Il faut dire que j’ai placé la barre très haut, mais le résultat en vaut le coup d’attendre. Et ce n’est qu’un début. Mon devoir de fils et d’ayant droit, c’est d’avoir une cohérence dans l’accompagnement de l’œuvre de mon père. J’ai choisi de privilégier le public et donc les institutions muséales, plutôt que les collections privées. Et c’est une règle que je respecte toujours.

 Qu’est-ce que l’œuvre de votre père vous dit sur lui, en sachant qu’il a disparu très jeune ?

Il y a des absents qui sont très présents. Je vis avec ses œuvres quotidiennement depuis plus de cinquante ans. Ils font partie de moi. Ma mère m’a beaucoup parlé de mon père et ses amis ont continué à venir à la maison bien longtemps après son décès, pour me parler de lui. Tout cela m’a dévoilé cette volonté forte qui caractérisait Ahmed Cherkaoui, qui est parti à Paris pour étudier, puis enseigner, ensuite en Pologne pour peaufiner ses intuitions afin de réaliser un parcours singulier qui le caractérisait par rapport aux artistes peintres de sa génération. Ensuite, cela met en évidence son rôle de passerelle entre sa culture et l’universel. Alors chaque année, il faisait des expositions à Paris, mais il n’y a pas une année où il n’expose pas au Maroc. Car il voulait consacrer du temps à l’éducation artistique de la jeunesse marocaine de l’époque.

 Cela explique le choix du titre de l’exposition «Entre modernité et enracinement»?

Oui. D’ailleurs, quand vous voyez les œuvres du début, elles sont chargées de symboles. On peut retrouver des tatouages, des motifs de poteries, etc. Mais au fil de l’exposition, le signe devient de plus en plus universel. Vous pouvez être japonais, américain, français ou émirati et vous émouvoir devant un tableau d’Ahmed Cherkaoui. C’est pour cela que je dis que mon père est ambassadeur de la culture marocaine, mais également à travers le signe, il est ambassadeur universel de l’art…

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