Un gouvernement pour plus d’action sous la direction d’El Othmani
10 avril 2017
Tahar Abou El Farah (864 articles)
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Un gouvernement pour plus d’action sous la direction d’El Othmani

Le nouveau gouvernement compte 9 femmes sur 38 membres, soit près du quart. Pour plus d’efficacité, les départements dont les activités se complètent ont été réunis dans des pôles. Les secrétariats d’Etat reviennent dans la configuration du gouvernement, ils sont au nombre de 13.

Le 31e gouvernement dans l’histoire du Maroc et le deuxième après l’adoption de la nouvelle Constitution vient d’être nommé. Il est composé de 38 membres, 17 ministres, un ministre d’Etat, 6 ministres délégués et 13 secrétaires d’Etat, en plus du Secrétaire général du gouvernement. L’architecture gouvernementale est déclinée en dix grands départements ou «pôles», en plus des ministres dits «de souveraineté» et de «simples» ministères. L’équipe El Othmani compte 9 femmes dont une ministre et huit secrétaires d’Etat, alors que le premier gouvernement de Benkirane n’en comptait qu’une seule, sur 30 membres, en la personne de Basima El Hakkaoui que l’on retrouve, d’ailleurs, à la tête du même département dans le nouvel Exécutif. Il faut dire qu’au moment où l’on s’attendait à une équipe plutôt réduite comme l’aurait souhaité le chef du gouvernement désigné, soit, comme en ont fait état certaines sources, 18 ministères, 7 ministères délégués et 7 secrétariats d’Etat, il a fallu aller au delà de ce nombre pour que tout le monde y trouve son compte, sans pour autant se retrouver avec un gouvernement pléthorique. Ainsi, si les négociations se sont relativement bien passées, à en croire des sources proches des négociations, il n’a cependant pas été possible de réduire l’équipe au niveau souhaité, au vu de l’appétit en portefeuilles des six partis membres de la coalition.


Globalement, il n’aura fallu à Saâd Eddine El Othmani que 20 jours pour réussir là où Benkirane a échoué après plus de cinq mois de tractations. El Othmani a ainsi pu réunir sa majorité en seulement sept jours. Une semaine plus tard et au terme d’une réunion marathon, El Othmani et ses alliés les chefs des cinq partis membres de la majorité, ont passé une nuit blanche pour apporter les dernières touches à l’architecture du nouveau gouvernement. A l’issue de cette réunion, une version, non définitive, de l’architecture du gouvernement et une liste des «ministrables» ont été soumises au Cabinet royal.
Cela dit, avant la nomination du cabinet El Othmani, le Maroc aura vécu la moitié d’une année sans gouvernement, avec tout ce que cela suppose en ralentissement de l’activité économique, en retard de la législation, en tensions politiques et en blocage des institutions. Cela n’a pas empêché le pays et sa classe politique d’en tirer une riche expérience.
En ces six mois de vacance de gouvernement, le Maroc a posé les fondements d’une interprétation saine et, surtout, démocratique, de sa nouvelle Constitution.

Une expérience et des leçons
Malgré les contraintes et les multiples options qu’offre la loi suprême, le Souverain a préféré s’en tenir à une interprétation démocratique du texte. Cela en nommant d’abord, après seulement 48 heures de l’annonce des résultats des élections, le secrétaire général du parti arrivé en tête pour former un gouvernement. Et même lorsque ce dernier s’est montré incapable de mener à bien sa mission, et face à un blocage qui ne pouvait plus durer, le Souverain a choisi la deuxième personnalité de ce même parti arrivé en tête des élections en tant que chef de gouvernement. De cette démarche royale, il est clair que le Souverain ne peut être un arbitre entre partis politiques, il est le chef suprême de la Nation et garant de la continuité de l’Etat et du bon fonctionnement des institutions. La deuxième leçon, et non des moindres, que la classe politique a pu tirer de cette expérience, c’est la limite des «pouvoirs» du parti arrivé en tête des élections. Le fait que le chef de gouvernement soit choisi parmi ce parti ne lui donne pas l’ascendant sur les autres formations politiques. Le premier parti a surtout appris que le pouvoir de formation d’un gouvernement est une mission qu’il doit partager avec les autres partis membres de la future coalition gouvernementale. Il ne peut rien leur imposer, au contraire il doit gérer leurs conditions. En conséquence, la modération et le consensus peuvent mener là où la radicalisation et l’entêtement se révèlent contre-productifs. C’est ce qui fait qu’à la fin il n’y a pas de vainqueur ni de vaincu, seul l’intérêt de la Nation prévaut.
Cependant, et ce qui fait quelque peu tache noire dans ces circonstances de la nomination du gouvernement El Othmani, c’est la réaction de son propre parti. Autant Benkirane a eu un soutien franc et sans équivoque de son parti qui entamait, en 2012, sa première expérience dans les affaires, autant El Othmani semble avoir de la peine à fédérer ses «frères» autour de lui. Des fuites savamment orchestrées par les médias proches du parti ont eu pour conséquence de faire dresser non seulement les bases, mais également une partie de la direction du parti contre lui.

Soutien critique
La première à avoir réagi est l’adjointe du chef de groupe parlementaire (le chef de groupe étant toujours El Othmani), Amna Mae El Ainine qui, dans une sortie très remarquée, a affirmé en substance que le groupe n’allait pas accorder un chèque en blanc au gouvernement. Et de ce fait, les élus du parti ne voteront pas pour le programme gouvernemental si ce dernier ne répondait pas aux attentes du parti. Une semaine plus tard, c’est un autre dirigeant, Abdessamad Sekkal, chargé de l’organisation et de la communication interne, qui a appelé le parti à prendre ses distances vis-à-vis du gouvernement El Othmani et «de faire tout pour limiter les dégâts tout en se mettant au travail pour préparer la prochaine étape». En ce sens, d’autres dirigeants ont appelé, en même temps, à la tenue d’une session extraordinaire du Conseil national pour «évaluer les pertes politiques du parti, suite aux interminables concessions faites par Saad Eddine El Othmani lors de sa gestion des négociations de formation du gouvernement». On parle déjà au sein de la direction du PJD d’une initiative de réunir les signatures des tiers des membres du conseil pour accomplir la procédure de la tenue de cette session. Même la fameuse milice électronique du parti s’y est mise et a repris ses attaques, depuis mardi dernier, contre les dirigeants impliqués dans les tractations de formation du gouvernement. Dans les réseaux sociaux le hashtag «je ne cautionne pas le gouvernement» fait fureur parmi les jeunes islamistes. Ce faisant, le PJD s’est mis de facto en situation de «soutien critique» au gouvernement. Ce qui aura pour conséquence, mais c’est un autre sujet, d’écarter le chef de gouvernement de la course à la tête du parti et éventuellement préparer le terrain pour la reconduction, pour un troisième mandat, de l’actuel secrétaire général Abdelilah Benkirane. Lequel restera au poste, au cas où ce scénario se réalisait, aux prochaines législatives de 2021, ce qui fera de lui à nouveau un candidat au poste de chef de gouvernement si le parti arrivait premier aux élections.
Cela étant, on notera que certains départements ministériels ont pris de l’importance non seulement en raison des projets stratégiques sur lesquels leurs titulaires travaillaient depuis des années, ils ont d’ailleurs été reconduits dans leurs postes, et des projets qu’ils seront amenés à gérer durant ce mandat. D’autres ministères ont perdu de leur importance. C’est le cas notamment du ministère de la justice, dirigé par Mohamed Aoujar, qui, avec l’installation du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, perd un important pan de ses attributions.

Après la nomination, l’investiture
Ainsi, le ministère perd définitivement la tutelle du parquet général (ministère public) qui relève désormais des compétences du procureur général du Roi près la Cour suprême. Ce transfert de tutelle vise à assurer l’indépendance de la justice. De même, selon la loi organique relative au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, c’est également au procureur général près la Cour suprême de préparer la politique pénale, mission qui relevait auparavant du ministère de la justice. Ce n’est pas tout. Le ministre de la justice n’intervient plus, à quelque titre que ce soit, dans la carrière des magistrats, dans leur promotion, dans leur avancement ou dans leur sanction. De toutes les manières, le nouveau gouvernement sera amené à préciser les nouvelles attributions du ministère. Le département de la communication, qui a été d’ailleurs rattaché à celui de la culture, devrait, lui aussi, subir une cure d’amaigrissement. Une partie de ses compétences, notamment celle liée à l’organisation de la presse, sera transférée au nouveau Conseil national de la presse. Il assurera toutefois la tutelle des médias publics, mais avec d’autres intervenants comme le CSA et la HACA, dont il a été décidé de renforcer les compétences, pour ce qui est de l’audiovisuel. La MAP et le CCM qui sont également sous sa tutelle sont gérés de manière autonome. C’est aussi le cas, mais probablement dans une moindre mesure, du ministère de l’énergie et des mines. L’Agence nationale des énergies renouvelables, de création récente, se charge d’un pan du secteur alors que l’ONHYM gère déjà le secteur des hydrocarbures et des mines. En outre, le nouveau gouvernement a vu la résurrection du ministère chargé des droits de l’Homme, porté par Mustapha Ramid promu ministre d’Etat, qui est également dans cette situation. Même en reprenant les attributions de l’actuelle délégation gouvernementale chargée des droits de l’Homme, il risque de faire doublon avec le Conseil national des droits de l’homme et ses multiples déclinaisons régionales, les Commissions régionales des droits de l’homme. En somme, maintenant qu’il vient d’être nommé, après plus de six mois d’attente, le gouvernement devrait s’atteler sans attendre à préparer son programme et sa déclaration qu’il tentera de faire voter par les députés. Cela prendra quelques semaines, et tout de suite après avoir reçu l’investiture du Parlement, l’équipe El Othmani devra présenter un projet de Loi de finances pour le restant de l’année.

• Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur Ancien wali de la région Rabat-Salé-Kénitra et gouverneur de Rabat, ce polytechnicien a entamé sa carrière au ministère de l’équipement (à l’ODEP). Il a intégré le ministère de l’Intérieur en 2001 en tant que directeur du CRI avant d’être nommé gouverneur dans plusieurs provinces. • Mohamed Laaraj, ministre de la Culture et de la Communication. C’est un juriste, professeur de droit, bardé de diplômes et auteur d’une vingtaine de livres qui hérite du département de la culture et de la communication. Originaire d’Al Hoceïma, il est plusieurs fois député, depuis 2007, et a été chef de groupe parlementaire du MP. • Mohamed Ben Abdelkader, ministre délégué chargé de la réforme de l’Administration et de la Fonction publique. C’est pour ainsi dire «Monsieur relations internationales de l’USFP» et ancien chef de cabinet de Mohamed Elyazghi. • Abdelkrim Benatiq, ministre délégué chargé des MRE et des affaires de la migration Ancien syndicaliste, membre du syndicat des banques (CDT), Benatiq a été secrétaire d’Etat Chargé des PME et de l’économie sociale dans le gouvernement Youssoufi. En 2005, il a quitté l’USFP pour former son propre parti, le Parti travailliste, avant de décider de réintégrer l’USFP. • Noureddine Boutayeb, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur Ancien wali directeur général des collectivités locales, Ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris et de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, il a démarré sa carrière dans le secteur privé au sein du Groupe Ingema. Il a été nommé directeur des affaires rurales au ministère de l’intérieur en 2003, puis directeur général des collectivités locales en 2006. • Mounia Boucetta, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Ex-secrétaire générale du ministère de l’Industrie qu’elle a intégré en 1990, cette ingénieure en génie des procédés industriels a intégré en septembre 2013 CDG Capital en qualité de directrice générale adjointe. Moins de 10 mois après, elle connaît un nouveau tournant dans sa carrière en acceptant de prendre la direction générale de la société d’investissement touristique Madaëf qui regroupera à terme l’ensemble des actifs hôteliers du Groupe CDG. • Hamou Ouheli, Secrétaire d’Etat chargé du développement rural et des eaux et forêts. Il est lauréat du fameux collège d’Azrou. Vétérinaire, il est également titulaire d’un doctorat de troisième cycle de l’université de Toulouse en 1985. Il a occupé le poste de secrétaire d’Etat chargé de la solidarité et de l’action humanitaire dans le gouvernement Youssoufi (entre 1998 et 2000). • Fatna Lkhiyel, Secrétaire d’Etat chargée de l’habitat. Médecin de formation et de carrière, elle a mené une vie associative très active dans la région du Gharb. Son implication sociale l’a conduite en politique en se faisant élire dans une circonscription locale sous les couleurs du MP. • Khalid Samadi, Secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Il était «Monsieur Enseignement» dans le cabinet d’Abdelilah Benkirane. Il a été sans doute derrière toutes les décisions que le chef de gouvernement sortant à pris dans le domaine dura son mandat. • Rkia Derham, Secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur. Proche de l’homme d’affaires sahraoui Hassan Derham, elle a déjà été élue députée sur la liste nationale de l’USFP pour le mandat 2011/2016. • Lamia Boutaleb, Secrétaire d’Etat chargée du tourisme. Ancienne présidente l’Association des Sociétés de gestion et fonds d’investissement marocains (ASFIM), elle a commencé sa carrière à la Société Financière Internationale pendant 5 ans avant de rejoindre Mercer Management Consulting à Londres en tant que consultante. Elle est co-fondatrice et DG de la Banque d’Affaires Capital Trust et Directrice générale de Capital Trust Gestion • Othmane El Ferdaous, Secrétaire d’Etat chargé de l’investissement. Ancien chargé du département de veille stratégique à Mena Media Consulting, il est lauréat de l’ENA et de Sciences Po Paris. Il a également suivi une formation en journalisme.

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