PJD, USFP, Istiqlal… à chacun sa crise
8 mai 2017
Tahar Abou El Farah (864 articles)
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PJD, USFP, Istiqlal… à chacun sa crise

Le PJD est plus divisé que jamais, ses dirigeants se servent des réseaux sociaux pour laver leur linge sale. Acculé, Hamid Chabat de l’Istiqlal se plie aux exigences de ses adversaires. Driss Lachgar, en homme d’appareil, ne semble pas se soucier des réactions de ses adversaires.

Le gouvernement étant désormais investi, ses membres ont dû répondre aux premières questions orales des députés, mardi dernier. Le chef du gouvernement vient de signer sa première sortie médiatique, dans laquelle il a parlé de tous les sujets tout en restant prudent, voire, par moment, évasif. La machine législative est lancée, à commencer par le projet de Loi de finances 2017 présenté par le ministre de tutelle et qui est au stade de débat au sein de la commission. Pendant ce temps, les partis politiques sont occupés à gérer les dégâts collatéraux de la formation du gouvernement pour certains et une crise organisationnelle aiguë pour d’autres. Ainsi, au PJD, la tension est de plus en plus palpable. Une trêve de courte durée vient de prendre fin. Les élus, rencontrés à tour de rôle par le secrétaire général, et chef du gouvernement sortant, Abdelilah Benkirane et le nouveau chef de l’Exécutif, Saad Eddine El Othmani, également président du conseil national, ont fini par voter en bloc en faveur de la déclaration gouvernementale. Certes, les députés, auteurs des critiques les plus acerbes envers le chef du gouvernement, ont fini par lever la main au moment du vote, entérinant le programme d’action du gouvernement pour les cinq années à venir. Mais ce ne fut qu’une trêve, courte et fragile de surcroît. En effet, une fois le gouvernement officiellement investi, certains membres du PJD ont repris les hostilités. El Othmani et ses alliés au secrétariat général maintiennent la mobilisation générale au sein du conseil national. Selon des sources internes du parti, l’idée est de mettre en échec, ou du moins retarder, la tentative de réunir le conseil national avec, comme ordre du jour, l’évaluation de la situation du parti. En effet, les détracteurs du nouveau chef du gouvernement veulent activer l’article 28 des statuts du PJD pour tenir une réunion urgente et extraordinaire du conseil national de leur parti. Cet appel à la réunion de l’instance décisionnelle du parti, signé par plus du tiers des membres comme le veulent les statuts, sonne comme une tentative de contraindre le président du conseil à rendre des comptes sur sa gestion des tractations relatives à la formation du gouvernement et par conséquent de le mettre en situation de faiblesse en perspective du prochain congrès.

Le 3e mandat comme toile de fond

De son côté, Abdelilah Benkirane et ses partisans s’activent parmi la jeunesse et les fameuses milices électroniques ainsi qu’à l’UNTM, le syndicat du parti et d’autres organisations qui gravitent autour du PJD et du MUR ainsi que les médias proches du parti et du mouvement. Lors des manifestations du 1er Mai, auxquelles El Othmani n’a pas pris part, contrairement à son prédécesseur qui en avait même fait une tribune pour s’en prendre à ses adversaires politiques, le nouveau patron du syndicat a exprimé clairement la position de la centrale favorable à Benkirane. La rivalité entre les deux hommes, El Othmani et Benkirane, se manifeste également sous la coupole du Parlement parmi les deux groupes parlementaires du parti. De ce côté, il est clair que la balance penche plutôt pour Benkirane, qui s’est d’ailleurs assuré, affirme notre source, de mettre un de ses proches, l’ancien ministre délégué au budget et actuel maire de Fès, Driss El Azami en l’occurrence, à la tête du groupe du PJD à la première Chambre comme il a veillé à caser ses autres partisans au bureau de la Chambre. Au sein de la deuxième, c’est un autre proche du secrétaire général, Nabil Chikhi, qui dirige le groupe parlementaire alors qu’Abdelali Hamieddine, qui ne cache plus son animosité envers le chef du gouvernement, est à la tête d’une commission à la Chambre. Les députés du parti ont certes voté le programme du gouvernement d’El Othmani mais les parlementaires ne comptent pas pour autant lui accorder le soutien inconditionnel, et surtout indéfectible, dont a pu bénéficier Benkirane durant les cinq années de son mandat. Ce qui fait dire à certains analystes politiques que le PJD pourrait bien devenir le premier parti d’opposition au gouvernement El Othmani. Il faut dire que cette rivalité, entre les deux hommes qui n’ont d’ailleurs jamais été véritablement en bons termes, se déploie sur fond d’une course pour le secrétariat général et l’éventualité d’un troisième mandat de Benkirane qui, semble-t-il, n’a pas l’intention de quitter la scène politique aussi facilement. N’étant plus député, il ne lui reste que le secrétariat général, quitte à revoir les statuts du parti, pour préparer un come-back ardemment souhaité par ses partisants.

Voie dégagée pour Nizar Baraka

Bref, les choses sont allées si loin que la direction du PJD, incarnée en l’absence ces derniers jours de Benkirane par son adjoint Slimane El Amrani, vient d’intimer l’ordre aux militants du parti de s’abstenir de tout commentaire sur le gouvernement, sa formation et la situation interne au parti. Le dirigeant du parti a fait savoir, en même temps, à l’ensemble des militants que le lieu approprié pour ce genre de débats et d’intervention reste les institutions du parti. Or celles-ci sont, pour ainsi dire, paralysées par cette crise interne. Le secrétariat général qui n’a jamais dérogé, même dans les moments les plus difficiles, à la fréquence hebdomadaire de ses réunions, ne s’est plus réuni depuis le 30 mars dernier. Cette réunion, de nature organisationnelle, n’est pas allée au fond de la question qui divise le PJD, à savoir la formation du gouvernement El Othmani. Un mois depuis, les militants et dirigeants se rabattent sur les réseaux sociaux et, pour le secrétaire général, les quelques rencontres internes pour s’épancher. Une chose est sûre, note  Miloud Belcadi, professeur de sciences politiques à l’Université Mohammed V de Rabat, «l’ère Benkirane est révolue au moment de la passation des pouvoirs avec son successeur à la tête du gouvernement, Saad Eddine El Othmani». De même, ajoute-t-il, «le PJD de l’après-5 avril ne sera plus le même que celui d’avant. La situation du parti n’est plus la même et le coût politique à payer sera plus important pour le PJD aux élections de 2021».

En revanche, à l’Istiqlal, il semblerait que les deux clans adverses aient mis de côté (momentanément ?) leurs différends. Les Istiqlaliens viennent, en effet, de se réunir, samedi, en congrès extraordinaire qui n’a duré que moins de deux heures selon les termes d’un accord signé quelques semaines plus tôt. Ainsi, après une longue intervention du secrétaire général, les congressistes ont adopté, par acclamation, les deux projets d’amendement des articles 54 et 91 des statuts du parti. En conséquence et selon l’article 54, tel qu’il a été amendé, tout membre ayant été élu au moins une fois au comité exécutif peut se porter candidat au poste de secrétaire général. Dans l’ancienne version, seuls ceux ayant fait partie du dernier comité exécutif avant le congrès pouvaient postuler pour le poste. Ce faisant, Nizar Baraka, entre autres candidats potentiels, peut désormais participer à la course.

Réconciliation fragile

En outre, avec l’amendement de l’article 91, le comité préparatoire du congrès sera élargi à l’ensemble des membres du conseil national. Cette instance provisoire était auparavant limitée aux membres du comité exécutif en plus de 150 membres élus du conseil national. Avec cet amendement, près de 800 nouveaux membres font leur entrée dans cette instance subdivisée en plusieurs sous-commissions. Bien sûr, en plus de ces deux amendements un autre point de l’accord conclu entre les deux parties a été réglé. Il s’agit de la réintégration, sans conditions, des deux membres du comité exécutif, Yasmina Badou et Karim Ghellab, frappés d’une interdiction de participer aux activités du parti pendant 18 mois, sanction revue à la baisse, soit 9 mois, après appel. Quant à Toufiq Hejira, président du conseil national, également frappé par la même sanction, son cas n’a pas été abordé, parce que, affirme une source du parti, «son cas ne faisait pas partie de l’ordre du jour du congrès». Cela dit, sa réintégration ne devrait pas non plus poser problème. Elle devrait même être effective, ajoute notre source, avant le 17e congrès prévu pour l’été prochain. C’est pour dire que l’Istiqlal qui a horreur des divisions en a évité une, in extremis, en organisant ce congrès de réconciliation. Cependant, un point important à résoudre. C’est la question de la désignation des congressistes pour le 17e congrès et, in fine, la composition du conseil national qui en découlera. Les deux clans adverses ne se sont, en effet, toujours pas mis d’accord sur le mode de désignation des membres du conseil national qui va élire le prochain secrétaire général. Ainsi, alors que Hamid Chabat se dit pour un quota par région en fonction du nombre des militants encartés, ses rivaux, Hamdi Ould Rachid et Abdessamad Qayouh optent, eux, pour un quota en fonction du poids électoral et du nombre de sièges remportés dans chaque région. Au cas où ce dernier critère est adopté, nous explique ce dirigeant istiqlalien, les régions de Souss et du Sahara seront les mieux représentées, ce qui influerait certainement sur le vote au moment de la désignation du secrétaire général. Les chances de réélection de Hamid Chabat seront donc amoindries.

Mais au-delà de ce souci électoral, cela aura également pour conséquence une absence ou, du moins une perte de poids, des régions où l’Istiqlal ne représente plus une force électorale, surtout les grandes villes, dans les instances dirigeants du parti. En d’autres termes, les élites citadines, celles issues des villes de Fès, Tanger, Casablanca, Rabat ou même Marrakech, perdront définitivement le contrôle du parti. Les représentants des régions représentent presque la moitié des membres du conseil national. Cela étant, ces considérations restent, somme toute, relatives puisque le conseil national ne compte (que) 475 membres élus au niveau des différentes régions du Royaume. Soit près de la moitié des membres. L’autre moitié est composée essentiellement de très puissants inspecteurs du parti dans les préfectures et provinces (c’est un appareil encore contrôlé par Chabat parce qu’en sa qualité de secrétaire général, c’est lui leur chef hiérarchique, gère leur carrière et leur verse leurs salaires), ainsi que de 208 membres des organisations parallèles (UGTM, la femme, la jeunesse, cadres, patronat, économistes, avocats, …) également, pour la majorité, sous la houlette du secrétaire général.

Lachgar tient bon

Tout comme Chabat, Driss Lachagar de l’USFP, qui fait également face à une fronde dans son parti, reste également un homme d’appareil. Le parti socialiste est actuellement en train de revivre sa propre histoire. En 2007, Mohamed Elyazghi a été littéralement poussé à la porte pour avoir «mal» négocié la participation de l’USFP au gouvernement de Abbas El Fassi. L’histoire est connue, Elyazghi a effectivement quitté son poste de premier secrétaire en décembre 2007. Il a été remplacé par Abdelouahed Radi. L’actuel premier secrétaire risque-t-il le même sort ?

Le ras-le-bol au sein du parti dépasse largement le cadre des dix membres du bureau politique signataires du fameux communiqué du 9 avril, pour s’étendre aux représentations locales et régionales du parti. Celles-ci ont multiplié ces derniers temps les communiqués de contestation. Les détracteurs de Driss Lachgar continuent de tenir leurs réunions avec comme objectif de barrer la route à un deuxième mandat de ce dernier à la tête du parti. En même temps, ils appuient ouvertement la candidature d’une figure féminine au poste, en la personne de Hasnae Abouzaid, pour laquelle ils sollicitent l’appui des autres dirigeants et des militants de base. En gros, ses détracteurs reprochent à Driss Lachagar et, fait nouveau, à Habib El Malki accusé de «complicité avec le premier secrétaire», la mauvaise gestion de la participation de l’USFP au gouvernement. Ils imputent également aux deux dirigeants la responsabilité de la débâcle électorale de l’USFP aux législatives du 7 octobre. Ils estiment que cette chute électorale est due, entre autres, à la marginalisation des militants et cadres de l’USFP au profit des notables qui n’ont finalement pas pu sauver le parti. Driss Lachgar et ses partisans ne se laissent pas faire. Ils continuent de mettre en œuvre l’agenda prévu pour le congrès. Pour l’heure, ce sont pas moins de 30 rencontres locales et régionales qui ont été organisées pour choisir les congressistes. Comme critère de sélection, l’USFP opte pour une combinaison entre le nombre des encartés et le poids électoral de chaque région avec un quota pour les femmes et les jeunes. Affectés, directement ou indirectement par les circonstances de formation de l’actuel gouvernement, les trois dirigeants au discours qui frôle, bien souvent, le populisme de bas étage seront-ils amenés à plier bagage ? Vont-ils faire place à une nouvelle classe de dirigeant politique à même d’exercer la politique au vrai sens du terme portant le débat public à un niveau plus haut où il sera, avant tout, question de l’intérêt des citoyens et du pays ? La réponse sera, certainement, pour après les congrès de ces trois formations, soit avant la fin de l’année.

Le RNI met les bouchées doubles pour son prochain congrès national, le sixième, prévu le 19 mai à El Jadida. Donnant son vrai sens à l’action, le parti a tenu, en plus de dizaines de réunions et meetings de tout genre, pas moins de 82 congrès provinciaux depuis le dernier congrès extraordinaire du 29 octobre. Soit, en moyenne, trois congrès par semaine. Cette nouvelle dynamique est une preuve de la solidité du parti, fort du nouveau souffle. Le deal étant de mener le RNI à cette étape décisive pour une refonte organisationnelle du parti et de ses structures, dans les meilleures conditions. Cela dit, le 19 mai n’est qu’une étape. Le congrès doit, en effet, déboucher, selon la direction du parti, sur une nouvelle réorganisation sur la base d’une restructuration du parti pour prendre en compte les revendications des jeunes et des femmes, et la création de structures dédiées à ces deux catégories fondamentales de la société. Cela, tout en œuvrant pour la création d’instances professionnelles du parti en tant qu’espace d’examen des problèmes sectoriels. Le président du RNI l’a encore réitéré au cours du congrès provincial de Médiouna, tenu le week-end dernier, la pauvreté, l’exclusion, le chômage et l’analphabétisme restent les vrais ennemis qu’il faut combattre sans merci. Le RNI reste donc à l’écart des débats stériles et des échanges d’invectives qui caractérisent actuellement la scène politique. Pour sa part, le PAM a entamé, depuis quelques semaines, l’organisation de ses congrès régionaux. Cette série de rencontres régionales s’inscrit dans le cadre de la restructuration du parti. Elle intervient en harmonie avec les décisions ayant découlé du dernier conseil national du parti, tenu en novembre. L’objectif de l’organisation des congrès à travers l’ensemble des régions du Royaume juste après les élections législatives est de mettre en place des instances régionales, provinciales et locales. Il sera également question de l’élection des instances parallèles dans un délai ne dépassant pas trois mois sur l’ensemble du territoire national.

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