Dans un climat politique morose, le RNI trace sa «voie de la confiance»
5 mars 2018
Tahar Abou El Farah (956 articles)
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Dans un climat politique morose, le RNI trace sa «voie de la confiance»

Le parti a annoncé officiellement une offre politique «réaliste» et chiffrée à déployer d’ici 2025. Loin d’être un programme électoral, ce sont des mesures qu’il veut mettre en œuvre dans le cadre de l’actuel gouvernement. Le RNI a également clarifié son positionnement politique, optant pour la social-démocratie.

Ce n’est pas un programme électoral; le Rassemblement national des indépendants (RNI) n’est pas, non plus, en pleine campagne électorale. C’est une offre politique de la formation de la Colombe, sa manière de voir la réforme des trois secteurs considérés comme prioritaires. C’est ce qu’a précisé Aziz Akhannouch, président du RNI, le 24 février à Agadir dans son discours de clôture d’un périple de plus de trois mois, avec à la clé l’organisation de 13 congrès régionaux auxquels ont pris part 13 000 congressistes.

Les trois secteurs, l’emploi, la santé et l’enseignement, n’ont pas été choisis de manière arbitraire. Ils sont le fruit d’un sondage réalisé auprès de plus de 4 000 adhérents du parti et auprès de simples citoyens. C’est, pour ainsi dire, une vision partagée par le RNI, ses adhérents et la population. Cela dit, ce programme ambitieux, mais «réaliste et réalisable», insiste Aziz Akhannouch est également la contribution du RNI à la réflexion voulue par le Souverain sur le nouveau modèle de développement. Ce sont des mesures concrètes et chiffrées avec un échéancier de réalisation qui s’étend à l’horizon 2025. C’est le cas notamment de l’emploi. «Si on travaille dès maintenant on pourra créer 2 millions d’emplois d’ici 2025. Cela devrait réduire le taux de chômage, à terme, à 7%. En revanche, si on ne fait rien et qu’on reste sur la tendance actuelle, ce taux risque de culminer à 13%», précise
M. Akhannouch. Le parti propose, également, de former un million de jeunes, des deux sexes, qui ne disposent pas de qualifications reconnues, sur une durée de cinq années, à des métiers qui peuvent leur garantir des sources de revenus et un travail digne. C’est  une parmi les nombreuses mesures prévues dans ce programme et inscrites, toutes, dans le même échéancier (
www.levieeco.com). «Nous avons pensé à tout. Je peux vous assurer que nous disposons d’un modèle économique complet», affirme le président du parti. L’offre politique du RNI, baptisée «la Voie de la confiance», devrait être rendue publique ce vendredi 2 mars sous forme d’un document téléchargeable sur le site du parti (www.rni.ma). Sa mise en œuvre dépendra de l’évolution de la réflexion globale engagée par le gouvernement et l’Etat en général sur le nouveau modèle de développement. Une fois que cette réflexion arrive à terme, «il s’agira de garder les meilleures propositions. Je suis sûr qu’il y a de nombreuses bonnes idées que nous avons peut-être négligées. Ce qui est important, c’est d’écouter les autres et construire un modèle pour le Maroc, pour que le Maroc gagne», explique Aziz Akhannouch. Ce n’est qu’après qu’on pourra parler de procédures de la mise en œuvre de ce programme «qui ne pourra se faire qu’à travers le gouvernement», insiste-t-il. Ce sera donc un travail du gouvernement, et «comme nous n’avons pas en charge les secteurs concernés par ces trois priorités, nous serons là pour aider, contribuer à sa mise en œuvre et soutenir les ministres concernés», conclut-il.

«Nous ne sommes pas en campagne électorale»

Pour lever toute ambiguïté, le RNI précise qu’il ne s’agit pas d’un programme gouvernemental qu’il tente d’imposer à la place de celui de la majorité. «Nous faisons partie aujourd’hui d’une coalition gouvernementale que nous respectons et soutenons. Elle est présidée par Saad-Eddine El Othmani, pour lequel j’ai beaucoup d’estime. Nous le soutiendrons pour la réussite de son programme. Aujourd’hui, il y a un programme de gouvernement sur lequel nous travaillons, mais il y a aussi un virage à faire par rapport au modèle de développement, parce que si nous continuons sur la même voie nous allons générer les mêmes problématiques», affirme le président du RNI. Il va donc falloir amorcer ce virage, et mettre la contribution du parti avec celle des autres membres de la coalition gouvernementale. Autrement dit, le RNI n’a nullement l’intention de faire cavalier seul et d’agir pour des intérêts politiques étriqués. C’est justement la deuxième leçon à tirer de cette sortie distinguée du parti. Le RNI n’est pas en campagne électorale prématurée, comme on a tendance à le sous-entendre par-ci et par-là. Le parti tient à ses alliances dans le cadre de la coalition gouvernementale, il fera tout pour que le gouvernement aille jusqu’au bout de son mandat. Il reste fidèle à ses alliés et au chef du gouvernement et il tiendra parole. Son président a particulièrement insisté sur ce point et surtout sur la parole donnée et le sérieux de la formation. «Nous sommes fidèles à nos alliés et nous les respectons, parce que c’est ainsi que nous avons été éduqués. Il n’est pas non plus dans notre éducation de trop parler de nous-mêmes. Nous ne déméritons cependant pas. Nous avons une expérience politique riche et nous avons accumulé également un savoir-faire important dans la gestion des affaires publiques. Nos compétences en la matière dépassent de loin celles de beaucoup d’entre ceux qui essaient, aujourd’hui, de nous prendre d’en haut», a notamment explicité le président du RNI.

Cela étant, s’il est aujourd’hui presque le seul à s’activer, à travailler et à sillonner le pays pour aller à la rencontre des militants, c’est parce que cela est le propre d’un parti politique. Un parti politique a, en effet, pour mission, entre autres, d’encadrer la population, d’animer le débat public, de réagir aux problématiques d’actualité, d’œuvrer pour y trouver des solutions et de se tenir à l’écoute des attentes de la population. «Il ne faut surtout pas laisser le terrain vide», note le président du parti. «Sinon, les autres, tous ces nihilistes animés de mauvaise foi, vont profiter de la moindre revendication sociale, au demeurant souvent légitime, pour propager un discours défaitiste et de dénigrement».

100 000 nouveaux adhérents en une année

Le RNI, lui, dit cultiver l’espoir, croire en les capacités du pays et avoir la confiance en son avenir. Son credo, c’est le travail, avancer des projets et proposer des programmes. Il se trouve justement qu’il est le seul à le faire pour le moment, alors que les autres sont occupés ailleurs. Le PJD par ses divisions et ses dissensions internes sur fond de formation de l’actuel gouvernement et de l’éviction de son ancien secrétaire général ; le PAM qui s’est quelque peu ramolli après les dernières élections et semble vivre également une crise de leadership ; l’Istiqlal très occupé par sa restructuration… Et c’est une stratégie réussie, une démarche qui s’est avérée payante. En une année, depuis le lancement du processus de refonte du parti en janvier 2017 à Agadir, le RNI a, en effet, enregistré pas moins de 100 000 nouveaux adhérents. En ces quelques derniers mois, le RNI a participé à cinq élections partielles et en a gagné quatre. En parallèle, comme annoncé dans la feuille de route présentée à Agadir et entérinée par le congrès national, en mai de l’année dernière, le parti a réussi à se doter non seulement d’une organisation de femmes et une autre de la jeunesse revendiquées par ses bases depuis des années, mais également d’un nombre important d’organisations parallèles, des ingénieurs, des avocats, des experts comptables, des médecins. Ces organisations ont, bien entendu, toutes été consultées et impliquées dans le choix de l’identité et du positionnement du parti, ainsi que dans l’élaboration de son offre politique. En plus de constituer ces nouveaux relais dans la société, ces organisations représentent également une grande force de proposition et apportent une réelle valeur ajoutée à la pratique et à l’approche politique du RNI. Une approche devenue encore plus claire avec le choix de son positionnement et les valeurs qui encadrent son offre politique. Quelques années auparavant, en 2010, le RNI annonçait vaguement son penchant pour la social-démocratie. C’était plus un positionnement par défaut qu’une réelle réflexion approfondie. Aujourd’hui, au bout de ses 13 congrès régionaux et au vu des interventions et propositions des uns et des autres, les membres du parti ont été unanimes sur le choix d’un positionnement central alternatif. «Un positionnement qui se veut actif, acteur du changement et interactif», affirme le président. En tout cas, «il ne s’agit pas d’un centre qui prône la passivité, voire le négativisme», ajoute-t-il. Ce choix consiste en une plateforme de social-démocratie en tant que référentiel bâti sur la justice sociale et l’émancipation des citoyens.

– Egalité Les RNIstes prônent le principe de l’égalité, en tant qu’unique garant à tous les Marocains d’un accès équitable aux différentes opportunités. Il est également question de l’égalité des individus dans leurs droits et devoirs ainsi que dans l’accès à l’emploi, la santé et l’éducation.

– Responsabilité Le sens de responsabilité est une valeur essentielle dans le choix du RNI. Aboutir à une société juste passe par le respect des engagements afin de jouir en contrepartie de ses droits. Il incombe également à l’Etat toute responsabilité de mettre à la disposition des citoyens des services d’éducation de qualité.

– Communauté Le RNI est convaincu que la construction d’une société est tributaire de la Communauté. L’Etat, à travers ses institutions, a le devoir de garantir une sécurité sociale à tous les citoyens, qu’ils soient acteurs productifs ou incapables d’assumer des responsabilités pour des raisons valables.

La social-démocratie –à ne pas confondre avec la démocratie sociale intimement liée au milieu du travail avec ses acteurs, les syndicats, le patronat et l’Etat– est, par définition, un courant socialiste réformiste, incarné en particulier par les socialismes allemand et scandinave. Les partis sociaux-démocrates préfèrent la pratique de la négociation et de la concertation pour réformer la société, plutôt que les luttes sociales. La social-démocratie intègre aujourd’hui les thèses du libéralisme, notamment l’économie de marché, la liberté d’entreprendre, la limitation du rôle de l’Etat aux périodes de crise et aux secteurs sociaux. Elle cherche, dans le cadre de la démocratie libérale et dans le respect du libre jeu du marché, à obtenir par des réformes et des changements une organisation sociale plus juste. L’idée, en matière économique, est d’éviter ou atténuer les effets négatifs du libéralisme «sauvage», par une action de l’Etat sur la production et les marchés, visant à la satisfaction de la demande en biens de consommation et services essentiels, à la stabilité des prix et de la monnaie et au plein emploi. Les moyens employés consistent principalement en une réglementation, des interventions ou incitations financières et, le cas échéant, la création ou le maintien d’un secteur public, à côté du secteur privé, largement majoritaire, de la libre entreprise. Sur le plan social et humain, il s’agit d’atténuer les inégalités en développant le niveau d’éducation, les équipements et services publics, la protection sociale, la santé, etc.

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