Afrique, gouvernement, élections…, les faits marquants de 2016
2 janvier 2017
Tahar Abou El Farah (717 articles)
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Afrique, gouvernement, élections…, les faits marquants de 2016

Les tractations de formation du gouvernement s’accélèrent, cette semaine sera décisive. Après les élections législatives de 2016, l’équilibre des forces politiques s’est rompu, le nouveau gouvernement devrait le restaurer. Le Maroc continue de s’ouvrir sur l’Afrique tout en consolidant ses relations avec ses partenaires traditionnels et en scrutant d’autres horizons.

La dernière semaine de l’année sera décisive pour la formation du nouveau gouvernement. Après la rencontre, samedi au siège de la Primature, entre le chef de gouvernement désigné et les deux conseillers du Souverain, Abdelatif Menouni et Omar Kebbaj, les choses se sont accélérées. Une première rencontre a eu lieu entre le président du RNI, Aziz Akhannouch, et le chef de gouvernement désigné. Les deux parties se sont mises d’accord sur plusieurs points et une autre entrevue est programmée pour les quelques jours qui suivent pour affiner les discussions, affirme un communiqué diffusé par le RNI, peu après cette première rencontre. Selon le RNI, la rencontre a été «importante», «positive» et «constructive». Cependant, le parti tient à préciser que sa participation à la future majorité gouvernementale est tributaire de la satisfaction de sa condition relative à la formation d’un «gouvernement cohérent et solidaire» capable de mettre en place des programmes gouvernementaux qui lui assure la continuité et lui permettre de servir, fondamentalement, les citoyens. Si entente il y aura avant cette fin d’année, ce sera certainement le fait marquant de 2016. Le gouvernement pourra finalement voir le jour, mais après que le Souverain a exprimé, à travers ses deux conseillers, au chef de gouvernement qu’il a désigné, le 10 octobre, il y a donc deux mois et vingt jours, «le souci du Souverain de voir le nouveau gouvernement se former dans les meilleurs délais». Au cours de cette même entrevue, les conseillers de S.M Mohammed VI ont fait part à Abdelilah Benkirane des «attentes de S.M. le Roi et de l’ensemble des Marocains au sujet de la formation du nouveau gouvernement».  Ce sera donc l’aboutissement de deux autres faits marquants de cette année : les élections législatives du 7 octobre dont découle justement ce gouvernement et le discours de Dakar du 6 Novembre qui trace les contours.

Reconfiguration de la carte politique

Ainsi, le scrutin du 7 octobre, qui a donné le Parti de la Justice et du Développement (PJD) vainqueur avec 125 sièges, suivi du PAM avec 102 sièges, vient ainsi consacrer l’ancrage démocratique du Maroc. Comme tout le monde en atteste, les législatives du 7 octobre se sont déroulées dans la sérénité et la transparence. Nous sommes bien loin des temps où l’opération est contestée et ses résultats mis en doute. C’est un acquis incontestable.  Ce scrutin a vu l’émergence de deux pôles politiques, en l’occurrence le PJD qui a dirigé le gouvernement sortant avec 125 sièges, soit 18 de plus que la précédente législature, et son concurrent direct le PAM qui a doublé ses résultats par rapport à 2011 avec 102 sièges. En revanche, les législatives de 2016 ont enregistré un recul sensible de certains partis politiques qui dominaient, il n’y a pas si longtemps, l’échiquier politique, comme l’USFP, l’Istiqlal ou encore le RNI et le PPS. Cependant, certaines parmi ces formations demeurent des acteurs clés de l’équation électorale. Le RNI, mais aussi et dans une moindre mesure le MP, l’USFP et l’UC, viennent de le démontrer à l’occasion des négociations de formation du gouvernement. Cela dit, estiment certains analystes politiques, ces partis sont appelés plus que jamais à procéder à une autocritique de leurs outils et modes d’action et à s’adapter à la réalité de la scène politique et partisane nationale. Encore une fois le RNI a appris la leçon de ces élections. Tout en participant aux négociations, faisant valoir notamment ses conditions et ses a priori, il a entrepris sa reconstruction et, surtout, son ouverture sur la société, ses problèmes et ses attentes. En outre, et abstraction faite des résultats de chaque formation politique, le scrutin du 7 octobre a consacré, de l’avis de l’ensemble des observateurs, le respect de la méthodologie démocratique et des dispositions de la Constitution de 2011 avec la nomination du nouveau chef de gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections. Après sa nomination, Abdelilah Benkirane a entamé des consultations avec les différents partis politiques pour former une majorité gouvernementale. Cependant, ces tractations n’ont pas abouti après trois mois de l’annonce des résultats, ce qui impacte négativement l’action de plusieurs institutions constitutionnelles, surtout le Parlement qui demeure inactif jusqu’à nouvel ordre sur fond de blocage des consultations. Cela dit, en y regardant de plus près, les principaux acquis de ce scrutin sont le respect de la périodicité des élections législatives, fixée à cinq ans par la Constitution, et la consécration d’une coutume constitutionnelle qui permet au Maroc d’accéder au rang de pays à régime parlementaire, après la nomination par le Souverain d’un chef du gouvernement issu du parti arrivé en tête des élections. Cette nomination, estime cet analyste politique, devient désormais une coutume constitutionnelle avec deux éléments constitutifs, le premier est matériel avec la répétition de cet acte en 2011 et 2016 et le deuxième est psychologique, grâce à l’enracinement de cette démarche dans l’esprit des citoyens. Ces élections ont, de même, bousculé quelques vérités.

L’Afrique, une priorité

Selon l’analyste politique Omar Cherkaoui, la règle voulant que «le pouvoir use» est la première à être violée avec le cas PJD. En plus, affirme-t-il, c’est l’une des règles jusque-là immuables de la sociologie politique marocaine qui a également été violée. «Depuis l’Indépendance, la scène politique a toujours été caractérisée par un équilibre des différentes forces politiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, puisque ce sont deux partis qui dominent après ces élections du 7 octobre. Cela appelle à une nouvelle lecture du régime électoral qui été basé sur le mode de scrutin à la proportionnelle justement dans le but de permettre une cohabitation équilibrée de plusieurs forces et partis politiques avec son corollaire de perpétuelle recherche de consensus politique». La formation du nouveau gouvernement sera certainement l’occasion d’instaurer un nouvel équilibre des forces politiques présentes. Mais ce n’est certainement pas sa seule mission. Le nouveau gouvernement se doit en plus d’accompagner l’émergence économique du pays, donner corps à sa nouvelle politique et son nouveau positionnement international ou, pour ainsi dire, à la nouvelle doctrine de l’Etat. Ce discours «traduit tout l’intérêt que nous portons à notre continent. La politique africaine du Maroc ne se limitera pas à l’Afrique occidentale et centrale. Nous veillerons plutôt à ce qu’elle ait une portée continentale, et qu’elle englobe toutes les régions de l’Afrique». Le Maroc poursuit donc sa politique africaine qui a démontré son succès en commençant à porter ses fruits. En effet, aujourd’hui, le Maroc «constitue une puissance politique influente et jouit de l’estime et de la crédibilité non seulement auprès des dirigeants des pays africains, mais aussi aux yeux de leurs peuples», précise SM le Roi.

C’est donc en ce sens que le gouvernement est tenu de réagir en écho à cette nouvelle orientation stratégique du Maroc. «Nous aspirons à ce que la future politique du gouvernement soit globale et intégrée vis-à-vis de l’Afrique, et que celle-ci y soit perçue comme un ensemble», a affirmé le Souverain. Cela tout en précisant que «le Maroc a besoin d’un gouvernement sérieux et responsable». Un gouvernement dont la formation ne doit nullement être «une affaire d’arithmétique, où il s’agit de satisfaire les desiderata de partis politiques et de constituer une majorité numérique, comme s’il était question de partager un butin électoral».

Retour au bercail

Au contraire, le gouvernement c’est avant tout «un programme clair et des priorités définies concernant les questions internes et externes, avec l’Afrique au premier chef». Le Maroc a besoin d’un gouvernement «apte à aplanir les difficultés héritées des années passées, concernant le respect des engagements du Maroc vis-à-vis de ses partenaires». Le gouvernement c’est enfin «une structuration efficace et harmonieuse qui s’adapte au programme et aux priorités. C’est un ensemble de compétences qualifiées, avec des attributions départementales bien définies».

C’est ainsi que devrait être le futur gouvernement et SM le Roi s’est engagé personnellement à veiller à «ce que la formation du prochain gouvernement se fasse conformément à ces critères et suivant une méthodologie rigoureuse». Et, affirme le Souverain, «je ne tolérerai aucune tentative de s’en écarter». Cela étant, la nouvelle équipe gouvernementale doit avant tout être à la hauteur de cette étape décisive. Une étape en laquelle le Maroc s’apprête à réintégrer sa famille institutionnelle : l’Union Africaine. Cette décision reste un évènement phare de cette année. Le monde a changé et la politique de la chaise vide est révolue. Et le fait de retrouver sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle africaine donnera au Maroc plus de possibilités d’aller de l’avant dans le plaidoyer pour sa cause juste. Ce qui est sûr, comme le confirme le Souverain dans ce mémorable discours de Dakar, «la réintégration par le Maroc de l’Union africaine n’est pas une décision tactique, pas plus qu’elle n’a obéi à des calculs conjoncturels. Elle est plutôt l’aboutissement logique d’une réflexion approfondie». En effet, «cette décision est le couronnement de notre politique africaine et de l’action solidaire que le Maroc mène sur le terrain avec de nombreux pays du continent pour y assurer la promotion du développement économique et humain, au service du citoyen africain. Outre la coopération bilatérale et avec les ensembles régionaux, ce retour permettra à notre pays de s’impliquer dans les stratégies de développement sectorielles en Afrique et d’y contribuer efficacement en les enrichissant de l’expérience singulière que le Maroc a accumulée dans de nombreux secteurs».

Ouverture sur le monde

Bien plus, «le retour du Maroc au sein de sa famille institutionnelle le mettra en capacité de faire entendre la voix du continent dans les forums internationaux. Il lui permettra également de poursuivre et de renforcer son engagement pour trouver des solutions objectives à ces problématiques, en respectant les intérêts et les spécificités des peuples africains». Sur la base de ces faits, 2016 peut facilement être baptisée «l’Année de l’Afrique» et confirme une fois de plus l’orientation du Royaume en faveur de ce continent. Cela dit, même si l’Afrique reste prioritaire, le Maroc confirme son ouverture sur d’autres parties du monde. Ses traditionnelles relations avec l’Europe se confirment et se consolident, le récent épisode de l’accord agricole le confirme. Le Maroc a fini par avoir gain de cause et les manœuvres des ennemis de son intégrité territoriale ont été déjouées. La visite en mars 2016 de SM le Roi en Russie consacre cette ouverture sur d’autres partenaires internationaux. Ainsi la visite a été marquée par la mise en place d’un «Partenariat Stratégique Approfondi», visant à contribuer à la paix et à la stabilité régionales et internationales, à œuvrer pour la défense et la préservation des intérêts stratégiques des deux pays dans le cadre de la solidarité et de la concertation. Ce partenariat vise également à «préserver l’intégrité territoriale des deux pays et consolider leur unité et à développer des actions de coopération et de partenariat sur l’ensemble de leurs territoires». Les deux pays ont de même exprimé leur intention de «renforcer, d’une manière active et continue, le dialogue bilatéral et d’élargir la coopération dans tous les domaines». En même temps, le Maroc poursuit son dialogue stratégique avec les Etats-Unis et confirme ses relations privilégiées avec les pays du Golfe. Ainsi, le sommet Maroc-Pays du Golfe tenu en avril à Ryad, avec la participation de SM le Roi et des dirigeants des pays du CCG, a constitué un événement exceptionnel dans les annales des relations historiques entre le Maroc et les pays du Golfe. De l’avis des observateurs internationaux, ce sommet a permis ainsi d’asseoir les jalons d’une nouvelle orientation stratégique dans le processus de renforcement du partenariat entre le Maroc et les pays du Golfe et la consécration de la solidarité entre les deux parties pour affronter les défis auxquels fait face la région. La Chine et l’Inde ainsi que certains pays d’Amérique Latine n’ont pas été en reste. Le Maroc a montré qu’il tient à redynamiser ses relations internationales et aller là où se trouvent ses intérêts.

Les tragiques attentats de Paris, en novembre 2015, et de Bruxelles, en mars dernier, et plus récemment de Berlin, il y a quelques jours, ont confirmé le professionnalisme, l’expertise et l’efficacité des services de sécurité marocains. Dans les différents cas, les services de lutte antiterroriste marocains, quand ils n’ont pas alerté les pays concernés, ont néanmoins contribué à démasquer les commanditaires et prévenir d’autres massacres. Au niveau national, il ne se passe plus un mois sans qu’une cellule terroriste n’ait été démantelée. Depuis sa création en 2015, le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) a réussi à démanteler 40 cellules terroristes et à arrêter 548 personnes. Quelque 21 cellules ont été mises hors d’état de nuire en 2015 et 19 autres depuis début 2016 grâce à la politique proactive adoptée par le Maroc. Parmi ces cellules, 36 sont liées à l’Etat islamique (EI). La politique marocaine anticipative dans la lutte contre le terrorisme, à travers le démantèlement de plusieurs filières de recrutement de jihadistes ou de cellules qui préparaient des actes terroristes, font désormais du Maroc un partenaire sérieux et incontournable pour l’ensemble des pays de la région, voire du monde. Ainsi, plusieurs projets d’attentats ont pu être déjoués à travers le monde entier. Outre la France, nous avons également fourni des renseignements à l’Italie, aux Pays-Bas, au Danemark et même en dehors de l’Europe et des Etats-Unis. La stratégie antiterroriste multiforme que le Maroc mène depuis des années a été saluée dans les plus hautes sphères des Nations Unies, qui y voient un modèle efficace à suivre. Cette stratégie, qui repose sur le triptyque de la prévention, la lutte contre le terrorisme et la réhabilitation, est l’exemple même poursuivi par l’Organisation internationale pour contrer ce fléau qui met en péril la quiétude et la stabilité de la communauté internationale. L’approche marocaine ne s’appuie pas uniquement sur la dimension judiciaire ou sécuritaire, mais elle associe aussi une dimension religieuse perspicace et une lutte efficace contre l’exclusion, la précarité et la pauvreté, auxquelles s’ajoute toute l’action d’ouverture démocratique et de réformes économiques, politiques et sociales.

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