Affaire du Sahara : un bon présage pour le Maroc au mois d’avril
13 mars 2017
Tahar Abou El Farah (850 articles)
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Affaire du Sahara : un bon présage pour le Maroc au mois d’avril

Grand changement à l’ONU, nouveau Secrétaire général, Christopher Ross quitte son poste et un diplomate français à la tête du département de maintien de la paix. Le Département d’Etat perd des galons avec le nouveau président, un avantage pour le Maroc. Avec sa réintégration à l’UA, le Maroc a pu briser l’axe Alger-Abuja-Prétoria et prendre certains bastions du Polisario.

Il y a un an, presque jour pour jour, le Maroc relevait avec «une grande stupéfaction les dérapages verbaux, les faits accomplis et les gestes de complaisance injustifiés» de Ban Ki-Moon, ancien Secrétaire général des Nations Unies. En effet, lors d’une visite dans la région, quelques jours auparavant, le Secrétaire général avait utilisé le terme «occupation» pour qualifier le recouvrement par le Maroc de son intégrité territoriale. La bourde, qui semblait préméditée, du responsable onusien intervenait à quelques semaines de la tenue, en avril, par le Conseil de sécurité de la réunion annuelle consacrée à la question du Sahara. Elle coïncidait avec les péripéties d’un controversé arrêt du Tribunal européen sur l’accord agricole Maroc-UE au moment où le Maroc venait de sortir d’une embrouille diplomatique avec la Suède. Pour revenir aux rapports entre le Maroc et le SG de l’ONU, ils en sont arrivés au point de rupture, avec le renvoi par le Maroc d’une partie du staff de la Minurso, principalement les fonctionnaires civils. En même temps, les rapports entre le Maroc et l’envoyé personnel du Secrétaire général, Christopher Ross, étaient, c’est le moins que l’on puisse dire, tendus. Ancien ambassadeur américain à Alger et Damas, il n’a jamais fait mystère de sa partialité et de ses positions favorables au Polisario, soutenu par l’Algérie. La position du Département d’Etat n’était pas non plus claire sur la question. Ce qui a fait dire à certains analystes que «ce n’était peut-être ni le Polisario ou Alger qui donnait du fil à retordre à la diplomatie marocaine, c’était plutôt Washington». Le Souverain a d’ailleurs soulevé la complexité des rapports avec l’Administration américaine lors de son discours au Sommet Maroc-Pays du Golfe à Ryad, le 20 avril 2016. «Le problème reste posé avec les responsables des administrations qui changent en permanence dans certains de ces pays».

Des changements en nombre

Ainsi, explique le Souverain, «à chaque changement, il faut déployer de grands efforts pour informer ces responsables du dossier du Sahara marocain, de toutes ses dimensions et de ses véritables dessous et leur rappeler que ce conflit, qui dure depuis plus de quarante ans, a fait de nombreuses victimes et occasionné d’importants coûts matériels, et que le dossier du Sahara est l’affaire de tous les Marocains, et non seulement celle du Palais royal». C’est pour dire que la situation avait de quoi excéder le Maroc.

Le Souverain l’a d’ailleurs affirmé dans le même discours : «(…), le mois d’avril, qui coïncide avec les réunions du Conseil de sécurité sur l’affaire du Sahara, est devenu un épouvantail qu’on agite à la face du Maroc et, parfois, un moyen de pression ou d’extorsion». Pendant ce temps, un certain Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, nommé envoyé spécial de l’Union Africaine pour le Sahara, écumait les capitales occidentales et se faisait porte-voix de l’axe Alger-Abuja-Pretoria qui faisait la pluie et le beau temps au sein de l’institution panafricaine.

Question : Qu’est-ce qui a changé depuis ? Le premier changement, et non des moindres, est celui du Secrétaire général de l’ONU. Depuis janvier, c’est le Portugais Antonio Guterres qui assume cette charge. Nous ne sommes plus devant un Secrétaire général qui reconnaît sa méconnaissance de ce dossier. D’où cette interrogation du Souverain exprimée lors du même discours : «Que peut faire le Secrétaire général alors qu’il admet ne pas avoir une connaissance complète du dossier du Sahara marocain, (…)? Mieux encore, il ignore le détail des développements et les véritables dessous du dossier». Par ailleurs, ajoute SM le Roi, «que peut faire le Secrétaire général alors qu’il est l’otage de certains de ses collaborateurs et de ses conseillers, auxquels il délègue la supervision de la gestion de nombre de dossiers importants, en se contentant, lui, d’appliquer les propositions qu’ils lui présentent ?». Aujourd’hui les choses ont changé. Nous sommes devant un Secrétaire général qui a eu le temps de connaître le dossier, d’en connaître les tenants et les aboutissants alors qu’il était vice-président, puis président de l’International socialiste. Il a été certainement informé de ses développements lorsqu’il était Premier ministre du Portugal. Il a pu en connaître les moindres détails sur le terrain où il dirigeait le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Nouvelle administration, nouvelle position ?

Le deuxième changement majeur date de quelques jours. Il s’agit de la démission, annoncée officiellement lundi, de l’envoyé personnel du Secrétaire général (à ne pas confondre avec l’envoyée spéciale, la Canadienne Kim Bolduc, qui vient d’effectuer une visite-éclair à Tindouf pour persuader le Polisario de se retirer d’El Guerguerat). Christopher Ross quitte donc le poste après huit ans sans avoir pu réaliser quoi que ce soit de tangible et de positif. Mais il reste, néanmoins, en place jusqu’à ce que le Secrétaire général lui trouve un remplaçant.

Selon certaines sources proches du Secrétaire général relayées par les médias, un nouvel envoyé personnel devrait être nommé avant fin avril. En même temps, et ce n’est pas rien, c’est un diplomate français, Jean-Pierre Lacroix, qui vient d’être nommé comme nouveau chef des opérations de maintien de la paix, pour une durée d’un an dans un premier temps. C’est de ce département, faut-il le rappeler, que relève la Minurso. C’est un premier volet. Dans un second volet, le mois de janvier a vu la prise de fonction d’un nouveau président aux Etats-Unis, le Républicain Donald Trump. Selon les observateurs, l’une des premières décisions que le nouveau président a prise c’est de réduire considérablement le budget du Département d’Etat, on parle dans la presse d’une ponction de 30%, au profit de celui du Pentagone, le ministère de la défense. Il ne s’agit encore que d’un projet de budget, mais l’intention y est. Les mêmes médias rappellent d’ailleurs que, depuis sa nomination, le nouveau Secrétaire d’Etat (l’équivalent du ministre des affaires étrangères) reste presque invisible. Ce qui leur fait dire que le Département d’Etat risque d’être sur la touche sous la nouvelle administration. Ce qui revient à une perte d’influence de ce département au profit du ministère de la défense. Faut-il rappeler, en ce sens, qu’en 2013, les services de John Kerry, alors Secrétaire d’Etat, avaient soumis au Conseil de sécurité un projet de résolution proposant d’élargir le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme au Sahara? Une manœuvre que le Maroc avait réussi à déjouer notamment grâce aux concours de ses relais au Pentagone et avec l’appui de ses alliés. Cela dit, depuis mars de l’année dernière, le Maroc a décidé de diversifier ses partenariats. C’est dans ce cadre que s’inscrit la visite effectuée par le Souverain en Russie, à cette époque. SM le Roi l’a affirmé plus tard, dans ce discours du 20 avril 2016, «tout en restant attaché à la préservation de ses relations stratégiques, le Maroc n’en cherche pas moins, ces derniers mois, à diversifier ses partenariats, tant au niveau géopolitique qu’au plan économique».

Et c’est dans ce cadre, ajoute le Souverain, «que s’inscrit notre visite réussie en Russie, le mois dernier, visite marquée par le développement de nos relations hissées au niveau de partenariat stratégique approfondi et par la signature d’accords structurants dans de nombreux domaines vitaux. Nous nous acheminons également vers le lancement de partenariats stratégiques avec l’Inde et la République Populaire de Chine, (…)».

L’effet Union Africaine

Entre-temps, les relations avec l’Union européenne ont repris, après un gel de tous les contacts entre les deux parties à cause notamment de cet arrêt du Tribunal européen. Cependant, l’UE, avec ses institutions, n’est pas encore totalement à l’abri des incursions malveillantes du Polisario et ses mentors. C’est pour cela que le Maroc n’a pas hésité à mettre l’Union devant ses responsabilités, laissant entendre qu’il pourrait se tourner vers d’autres partenaires. Et il y en a, ne serait-ce qu’en Afrique où SM le Roi vient de réaliser un exploit diplomatique. Le 30 janvier est désormais une date historique qui marque le retour du Maroc à l’UA. Un retour décidé à l’unanimité des pays membres (39 Etats se sont déclarés en faveur de la réintégration du Maroc à cette institution). Parmi ces Etats, 28 pays avaient adressé, en juillet dernier, à l’ancien Président de l’UA, une motion en vue de la suspension, prochaine, de la fantomatique RASD des activités de l’Union, et de tous ses organes, afin de permettre à l’organisation panafricaine de jouer un rôle constructif et de contribuer positivement aux efforts de l’ONU, pour un dénouement définitif au différend régional sur le Sahara. En attendant, le premier effet du retour du Maroc à l’UA sera la neutralisation de l’envoyé spécial pour le Sahara. Un souci de moins pour le Maroc. Cependant, bien que ce soit une victoire diplomatique éclatante qui couronne un effort diplomatique considérable, la réintégration du Maroc à l’UA n’est pas une fin en soi. Beaucoup de travail reste encore à faire, mais cette fois au sein des instances de l’Union. En parallèle, l’action du Souverain qui multiplie les tournées dans la région, a fait que beaucoup de pays, naguère entièrement acquis aux thèses du Polisario et ses mentors, commencent à reconsidérer leur position sur la question du Sahara.

Même sur le terrain la donne a changé. Et cette fois, c’est un changement favorable au Maroc. C’est que le Royaume a su gérer de manière intelligente l’affaire d’El Guerguerat. La décision du Maroc de se retirer, dimanche 26 février, de la zone a été, pour ainsi dire, un coup de maître. Le Polisario et derrière lui l’Algérie, qui vient juste de lui fournir un nouveau lot d’armements, en sont encore sonnés. Ils ont, certainement, été pris de court. En tout cas, le retrait du Maroc a été hautement salué par la France, l’Espagne, les Etats-Unis, l’ONU, l’Union européenne et plusieurs pays. Cela alors que le Polisario, pris au piège, s’est volontairement mis à dos l’ONU et la communauté internationale en refusant de se retirer de la zone.

Le Polisario face à l’ONU

En même temps, le Maroc a démontré qu’il peut, et surtout souhaite, avoir de bonnes relations avec un Secrétaire général de l’ONU tant qu’il peut être certain de son impartialité. Ce qui laisse entendre également que le Royaume est disposé à coopérer pleinement avec un nouvel envoyé personnel de l’actuel SG de l’ONU.

De même, selon certains analystes, répondre aussi vite à l’appel du Secrétaire général revient à écarter le risque d’un affrontement armé, que le Maroc ne souhaite pas et dont le Polisario aurait été le principal bénéficiaire. «Certes, l’armée marocaine aurait facilement battu son adversaire, mais le conflit oublié depuis 1991 serait revenu sur le devant de la scène, ce qui n’est nullement dans l’intérêt du Maroc», affirme cet observateur international. Bref, en se retirant unilatéralement d’El Guerguerat, le Maroc déstabilise le Polisario qui se retrouve confronté à l’ONU. Car, après le retrait du Maroc, c’est aux Nations Unies de sécuriser cette zone, éviter le retour des trafics de tout genre qui y pullulaient et surtout fluidifier et sécuriser le transit des camions et le commerce international entre le Maroc et les pays de l’Afrique subsaharienne. En d’autres termes, c’est à l’ONU de prendre les mesures urgentes et nécessaires afin de mettre un terme à une situation inadmissible, qui menace sérieusement le cessez-le-feu et met en péril la stabilité régionale. En définitive, contrairement à l’année dernière, et celles d’avant, le Maroc peut aborder avec sérénité le passage annuel, en avril, de la question du Sahara devant le Conseil de sécurité.

A la surprise générale, le Maroc a annoncé, dimanche 26 février, qu’il procéderait à compter du jour même à «un retrait unilatéral de la zone» de Guerguerat, à la frontière avec la Mauritanie, dans le sud-ouest du Sahara marocain. Cette décision est intervenue après une demande en ce sens du Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Laquelle demande a été faite aux deux parties, le Maroc et le Front Polisario, suite à un appel téléphonique du Souverain dans lequel il a mis le SG de l’ONU au fait des provocations du Polisario et de l’entrave du passage des camions et des marchandises dans la zone. Flash-back : le 16 août, un communiqué de la Wilaya de la Région Dakhla-Oued Eddahab annonçait que les services de sécurité et de la douane ont mené, depuis dimanche 14 août, des opérations d’assainissement à Guerguerat, au Sud du Maroc, pour mettre fin aux activités de contrebande et de commerce illicite. «Ces opérations, qui sont toujours en cours, ont permis, jusqu’à présent, l’évacuation de trois points de rassemblement de carrosseries de voitures et de camions d’occasion, comprenant plus de 600 voitures», souligne le communiqué, assurant que la région a été assainie de toute forme de commerce illicite et de personnes qui le pratiquent. Les autorités profitent de l’occasion pour lancer une opération d’asphaltage des quelque quatre kilomètres qui séparent les postes frontières du Maroc et de la Mauritanie. Une entreprise de Dakhla a été mandatée pour mener les travaux sous la supervision, et éventuellement la protection, des éléments de sécurité de la Gendarmerie royale. Le Polisario, ne voyant pas cette initiative d’un bon œil, a depuis multiplié les incursions dans cette zone, un no man’s land qu’il considère comme faisant partie de ses «territoires libérés», et où il a déployé patrouilles et nouvelle base. La situation était telle que les éléments armés du Polisario se trouvaient à quelque 120 mètres des gendarmes marocains. Harassé par ces provocations et ces incursions du Polisario, qui se sont multipliées à partir de décembre, le Maroc a dû interrompre les travaux déjà très avancés. Ces mêmes incursions, faut-il le préciser, ont débuté un mois avant le retour fin janvier du Maroc au sein de l’Union Africaine et visaient notamment à torpiller ce processus. L’idée était de provoquer un accrochage militaire qui pourrait être utilisé contre le Maroc pour compromettre définitivement sa réintégration à l’UA. Le Maroc, qui vu venir le coup, a décidé de faire preuve de retenue et de se retirer de la zone. Après ce retrait, des sites pro-Polisario ont diffusé une vidéo de véhicules 4×4 du Polisario, paradant sur la route construite par le Maroc avec, à bord, des hommes armés. Ils s’en sont réduits à s’agiter autour des camions TIR pour vérifier s’ils portaient le drapeau ou la carte du territoire du Maroc. Désormais, c’est à l’ONU, qui a déployé dans cette zone une force de paix comptant environ 250 casques bleus chargés notamment de surveiller le cessez-le-feu et qui se retrouve ainsi face-à-face avec les éléments armés du Polisario, de garantir la fluidité du trafic vers la Mauritanie.

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