Juif et historien, il dénonce  Israël au nom de la Torah
18 juin 2004
Lavieeco (23994 articles)
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Juif et historien, il dénonce Israël au nom de la Torah

La création de l’Etat d’Israël, fondée sur le sionisme, est une hérésie. Telle est la thèse – étonnante pour qui ne connaît pas le judaïsme -, solidement étayée, soutenue par Yakov M. Rabkin, historien spécialiste de l’histoire juive contemporaine et universitaire, dans un ouvrage qui fera date.
Compte rendu et entretien avec l’auteur.

La parution de l’ouvrage Au nom de la Torah, une histoire de l’opposition juive au sionisme (*) de Yakov M. Rabkin, professeur et historien à l’Université de Montréal (Canada), fera date. A travers un argumentaire bien construit, cet ouvrage, le premier du genre écrit dans la langue de Molière, ébranlera les certitudes et risque de semer le doute parmi ceux des juifs qui, par conviction religieuse profonde et sincère, ont cru dur comme fer à la légitimité historique, voire confessionnelle, de la naissance et de la continuité de l’Etat d’Israël.
Cette opposition juive au sionisme, commente Joseph Hodara, philosophe israélien, représente «une menace plus fondamentale que l’hostilité arabe et palestinienne». L’écrit aura, en tout cas, comme l’avance son auteur lui-même, «le mérite de provoquer le débat» sur l’opportunité de la création d’un Etat étranger à la région, du point de vue même de la tradition millénaire des juifs et de leur livre sacré, la Torah. C’est le souhait de son préfacier, Joseph Agassi, philosophe et professeur à l’Université de Tel-Aviv : «En tant que patriote israélien et en tant que philosophe, écrit-il, je considère qu’il est essentiel d’intégrer le discours de l’antisionisme judaïque dans un débat sur notre passé, notre présent et notre avenir. Un débat public et ouvert dont nous avons grand besoin».
La thèse que défend Yakov Rabkin est fondée sur une abondante littérature rabbinique, une documentation puisée dans la tradition juive et le texte talmudique. Elle fera l’effet d’un pavé dans la mare : «Le sionisme est une rupture par rapport à l’histoire juive et la création même de l’Etat d’Israël est une hérésie.» Une rupture et une hérésie d’autant plus gênantes pour des centaines de milliers de juifs, que l’Etat d’Israël, fondé en 1948, clame haut et fort qu’il constitue un «Etat juif» ou un «Etat hébreu» et s’arroge le droit de parler au nom de tous les juifs du monde. De toutes les critiques fustigeant l’entreprise sioniste, ce qui distingue les protagonistes de ce livre, écrit l’auteur, «est la place centrale qu’y prend la préoccupation de suivre les préceptes de la Torah et de les dénoncer au nom de la Torah».

Le «haredi», antisioniste religieux viscéral
La genèse de l’ouvrage a une histoire, qui colle à l’itinéraire de son auteur. Yakov M. Rabkin est né dans une famille juive, à Saint-Pétersbourg, en URSS, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au moment où le stalinisme était à l’apogée de la dictature «prolétarienne». A vingt-huit ans, il choisit le Canada, précisément Montréal, comme deuxième patrie. Il y entamera ses études sur le judaïsme et les affinera, au fil des ans, auprès de grands rabbins tant au Canada, en France qu’en Israël, ce qui le conduira à inclure dans son champ d’investigation, comme historien, l’histoire juive contemporaine. On le trouvera en 1997 à Jérusalem pour une année sabbatique entièrement consacrée à une recherche sur les haredim (singulier de haredi, qui signifie littéralement «celui qui tremble»), groupes de juifs traditionnels très pieux se distinguant par leur code vestimentaire bicolore, noir et blanc. Une autre caractéristique de ce groupe est leur hostilité religieuse viscérale au sionisme : «Le rejet haredi de l’Etat d’Israël s’inspire d’une série d’histoires transmises de bouche à oreille. Une de ces histoires raconte que, lorsque Hazin Ish, un leader vénéré des haredim, reçoit le Premier ministre Ben Gourion, qui était alors à la recherche d’une intégration des haredim dans le nouvel Etat, Hazin Ish n’aurait jamais ni serré la main du fondateur d’Israël, ni ne l’aurait regardé droit dans les yeux. Il s’appuyait apparemment sur une prescription talmudique qui interdit de regarder le visage d’un impie».

A l’origine du sionisme, il y a la sécularisation
L’envie de l’auteur de rédiger un ouvrage sur l’histoire de cette opposition juive au sionisme grandit le jour où, en 2000, il fut témoin d’une manifestation en faveur d’Israël, en plein centre de Montréal, à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance. Des juifs haredis, raconte l’auteur, «brandissaient des affiches pour le moins controversées : Arrêtez l’aventure sanguinaire du sionisme, Le rêve sioniste tourne au cauchemar, Sionisme est le contraire de judaïsme.» Et puis, dans l’un des tracts distribués lors de cette manifestation, on peut lire noir sur blanc : «Ce cinquième jour d’Iyar (la date de la proclamation de l’Etat d’Israël selon le calendrier juif) est un jour de peine extraordinaire pour le peuple juif et pour toute l’humanité. Les cercles orthodoxes le marqueront avec un jeûne et un deuil (…). Puissions-nous mériter de voir le démantèlement pacifique de l’Etat [d’Israël] et l’arrivée de la paix entre les musulmans et les juifs du monde entier».
Comme ce livre, la genèse du sionisme, en tant que mouvement nationaliste visant à forger une identité et une langue (l’hébreu) nationales, à déplacer les juifs de leurs pays d’origine vers la Palestine, a une histoire. On la connaît, cette histoire. Ce que l’on connaît moins, c’est que, derrière elle, soutient l’auteur, il y a fondamentalement la sécularisation et l’émancipation des juifs en Europe centrale et orientale aux XIXe et XXe siècles. «Le noyau dur des activistes sionistes» qui émigrèrent au début du XXe siècle en terre de Palestine est originaire de la Russie.

Première idée de Théodore Herzl : convertir tous les juifs de Vienne au catholicisme…
Dans un entretien que l’auteur a bien voulu accorder à La Vie éco il précise cette relation de cause à effet entre sécularisation et sionisme : «Les premiers sionistes, et à leur tête Théodore Herzl, voulaient se débarrasser de l’image du juif talmudiste et pratiquant et créer un nouvel hébreu. Le rêve millénaire de la rédemption et du retour à la terre d’Israël qu’entretient le juif pratiquant n’a rien à voir avec ce projet laïc qui voulait en fait se débarrasser de ce rêve. Ces gens voulaient résoudre le problème juif d’une façon collective. La première idée d’Herzl était de convertir tous les juifs de Vienne au catholicisme, sa deuxième idée était de créer un Etat des juifs. Ça vient exactement au moment où les juifs jouissaient de leurs droits. La grande majorité des juifs du début du XXe siècle rejetaient le sionisme parce qu’il menaçait leurs droits civiques.»
Entre sécularisation et sionisme, la relation est évidente selon toutes les sources rabbiniques antisionistes que cite l’auteur. N’est pas moins évidente celle que les sionistes s’efforcent d’accréditer entre la «shoah» et la création de l’Etat d’Israël. Or dans un chapitre magistral intitulé Le sionisme, la Shoah et l’Etat d’Israël, l’auteur apporte la preuve que ce massacre des juifs n’aurait jamais dû être de cette ampleur si les dirigeants sionistes n’avaient pas privilégié l’idéal de la formation d’un Etat au détriment des vies humaines. Citant Ruth Blau, une antisioniste française qui a participé activement à la résistance contre le massacre des juifs, le verdict des cercles antisionistes serait terrifiant : «Au cours du XXe siècle, le sang de six millions de victimes juives, hommes, femmes, enfants, vieillards, avait été échangé contre un Etat par ses fondateurs et dirigeants. Existe-t-il un être humain normal capable d’imaginer telle monstruosité ?». Certains, ajoute l’auteur, «vont jusqu’à se demander si Ben Gourion était humain».
Et pour quel résultat ? Plus d’un demi-siècle après la fondation de l’Etat sioniste par la force des armes, la sécurité que cherchaient les juifs en s’y installant serait très fragile. «Aujourd’hui, Israël est peut-être le lieu le plus dangereux qui puisse exister sur terre pour un juif», martèle l’auteur de ce brûlot

«Au cours du XXe siècle, le sang de six millions de victimes juives (…) avait été échangé contre un Etat par ses fondateurs et dirigeants. Existe-t-il un être humain normal capable d’imaginer telle monstruosité ?»

Quelques repères pour comprendre en quoi le sionisme est une rupture dans l’histoire juive

Le sionisme représente à ses débuts un mouvement nationaliste qui vise quatre objectifs essentiels :
1) transformer l’identité transnationale juive centrée sur la Torah en une identité nationale à l’instar d’autres nations européennes ;
2) développer une nouvelle langue vernaculaire, soit une langue nationale, fondée sur l’hébreu biblique et rabbinique ;
3) déplacer les juifs de leurs pays d’origine vers la Palestine ; et
4) établir un contrôle politique et économique sur la Palestine. Tandis que les autres nationalismes de l’époque n’ont qu’à s’occuper de la lutte pour le contrôle de leur pays, pour devenir «maîtres chez nous», le sionisme se propose un défi plus grand et doit en même temps réaliser les trois premiers objectifs. (…)

Sécularisation et assimilation
(…) Le vrai berceau du sionisme pratique se situe en Europe de l’Est, surtout aux confins de l’Empire russe. La diffusion de l’idée sioniste reflète un changement profond dans la conscience collective des juifs. Les sionistes ont d’abord dû recourir à une propagande massive afin de provoquer cette rupture. L’idée sioniste, tout en étant assez simple et naturelle, paraissait sûrement nouvelle, car elle rompait avec des millénaires de tradition juive, ce qui expliquerait la difficulté de son accueil initial au sein des juifs. Par contre, la Haskala (*) et la sécularisation qu’elle entrainait facilitaient l’essor de la nouvelle conscience juive. Le sionisme n’aurait pu réussir qu’en ajoutant un aspect ethnique au phénomène pourtant universel de la laïcisation.
A cause d’une concentration géographique imposée par le régime tsariste et donc de l’éloignement des centres de la culture russe qui exercent une attraction indéniable, la laïcisation des juifs en Russie tsariste ne provoque pas une assimilation massive. Tout en renonçant à l’allégeance à la Torah, ces juifs laïcs développent «des caractères proto-nationaux et un sentiment national». En effet, ils possèdent au moins deux attributs importants d’une nation «normale»: un territoire commun (zone de résidence en Russie) et une langue commune (le yiddish). Plusieurs mouvements nationaux (polonais, finlandais, letton) prennent naissance alors que cette vague de laïcisation déferle sur les juifs de Russie au tournant du siècle. Le sionisme n’est qu’un de ces mouvements transformateurs, et il ne devient dominant que dans le contexte de l’antisémitisme meurtrier qui envahit l’Europe les années d’avant et durant la Seconde Guerre mondiale. (…)

Histoire-champ de bataille
(…) La démystification de l’histoire sioniste qui se poursuit sur les campus israéliens trouve un écho chez des juifs qui ont du mal à accepter le sionisme. On peut établir plusieurs parallèles entre les conclusions des nouveaux historiens et les observations faites par les juifs pratiquants qui rejettent le sionisme, y compris la dénonciation du militarisme foncier du mouvement sioniste, I’indifférence, voire la complicité des sionistes dans la Shoah, le «génocide culturel» des immigrants en Israël. En d’autres mots, «c’est donc l’ensemble des composantes de la conscience nationale israélienne telle qu’elle a été «inventée» par un siècle de sionisme qui est en cause. […] Ainsi donc, on est loin, très loin même, de l’époque où le pays parlait d’une seule voix». En effet, le pays n’a jamais parlé d’une seule voix, mais les voix dissidentes, surtout celles des adversaires judaïques du sionisme, étaient à peine audibles, leur langage et le cadre conceptuel traditionnels les condamnant à se faire exclure du débat.
Pourtant, I’expérience sioniste pose de multiples questions aux juifs qui pratiquent le judaïsme et s’identifient avec la tradition juive. Comment interpréter le retour des juifs en Terre d’Israël avant les temps messianiques ? Est-ce que ce retour oblitère le caractère unique de l’histoire juive et sa dimension métaphysique ? Est-ce que la docilité politique constitue un accommodement pratique à l’exil ou une doctrine religieuse élaborée par les fondateurs du judaïsme rabbinique? Finalement, comme le dit Ravitzky qui étudie depuis longtemps les attitudes haredis (*) à l’égard du sionisme, quelles sont les vraies fins des sionistes ? Est-ce que leur rébellion est dirigée uniquement contre la docilité politique juive ou bien les sionistes visent-ils à éradiquer le judaïsme en entier, c’est-à-dire déraciner toute la tradition religieuse qu’iIs accusent d’avoir fomenté la soumission et l’inaction politiques ? (…)

Antisionistes et non-sionistes
(…) Les antisionistes considèrent l’idéologie et la pratique sionistes contraires aux fondements du judaïsme. Les`non-sionistes perçoivent le sionisme comme un concept étranger à la tradition juive mais tolèrent et utilisent l’Etat d’Israël comme toute autre structure politique temporaire. Tant les antisionistes que les non-sionistes rejettent le nationalisme juif et, a fortiori, tout lien positif entre l’élan nationaliste et la rédemption divine.
Dans la diaspora d’aujourd’hui, les organismes sionistes, de loin plus forts que les quelques groupements adversaires, exercent souvent des pressions morales, économiques, voire physiques. Des menaces de représailles seraient monnaie courante contre ceux qui refusent de se solidariser avec l’Etat d’Israël. Des arguments qui mettent en doute le sionisme et l’Etat d’Israël provoquent des réactions hostiles. L’exemple de Hannah Arendt (1907-1975), intellectuelle juive allemande de renom, est à cet égard instructif. Aussitôt qu’elle, anciennement activiste sioniste, articule des critiques à l’égard du mouvement, ses écrits sont rejetés et elle est mise au ban (…) .

«Israël est aujourd’hui le lieu le plus dangereux qui puisse exister sur terre pour un juif»

La Vie éco : N’est-il pas périlleux, pour un juif, de signer un livre qui remet en cause, au nom de l’histoire juive et de la Torah, le projet sioniste et l’existence même de l’Etat d’Israël ?
n Y. Rabkin : Une grande partie de ceux qui s’opposent au sionisme habitent à l’intérieur des frontières de l’Etat d’Israël, plusieurs protagonistes de mon livre habitent à Jérusalem et dans d’autres villes israéliennes. Ils y habitaient sous les Ottomans, sous les Britanniques, et ils habitent maintenant sous les sionistes, ça va passer. Il y a donc une certaine présence juive qui n’est pas du tout liée au cadre sioniste de l’Etat. Il faut distinguer entre les structures de cet Etat et ces populations qui avaient toujours vécu sur cette terre.
Je suis historien et universitaire, le livre que j’ai commis n’est pas écrit dans un style militant ou polémique. Il est écrit spécialement pour étayer les arguments d’une partie de cette population juive et afin d’ouvrir le débat sur le passé, le présent et le futur de cet Etat. Il y a bien entendu des gens qui ne vont pas aimer cela et accuser ces juifs opposants au sionisme, profondément religieux, habillés en noir et en blanc, d’antisémites. Déjà, actuellement, il y a une tendance fâcheuse d’appeler antisémite toute critique et toute remise en question de l’Etat d’Israël. Ça traduit une certaine insécurité et ça vide le terme «antisémitisme» de son sens. Il y a, certes, des médias arabes, comme c’est le cas en Egypte par exemple, où il y a utilisation massive de mythes antisémites européens, c’est fâcheux, chose qu’il faut dénoncer, mais accuser d’antisémite un travail de recherche qui a pour vocation d’ouvrir un débat, c’est aller vite en besogne.

Et cet amalgame entre Etat d’Israël, Etat juif et Etat hébreu…
Le livre le montre clairement : appeler l’Etat d’Israël «Etat juif» ou «hébreu» est factuellement incorrect, même Théodore Herzl, le fondateur du sionisme politique, a parlé de l’Etat des juifs et non d’Etat juif. La distinction est importante, car la plupart des gens ne reconnaissent les juifs que sur les écrans de télévision : un soldat de Tsahal à Gaza en train de chasser des adolescents. C’est une image, rappelons-le, qui se rapporte à l’Etat sioniste et non aux valeurs et aux traditions juives.

Considérez-vous la vague d’émigration des juifs marocains et arabes en Israël vers la fin des années 1950 et le début des années 60 comme une caution à la thèse sioniste ?
Il est clair que le sionisme était un des premiers mouvements nationalistes importés d’Europe au Moyen-Orient. Il a provoqué toute sorte de vagues. Les juifs marocains qui sont actuellement en Israël trouvent beaucoup de difficultés à vivre dans cette structure, basée sur des concepts profondément russes ou soviétiques mêmes. Nombreux s’y sentent étrangers ou citoyens de deuxième classe. On y considère les juifs comme une nationalité, alors que les juifs marocains vivent leur judaïsme comme religion. Pour les juifs marocains, c’était moins une caution qu’un succès du sionisme de déstabiliser la diaspora. Convaincre ces juifs qu’ils n’avaient pas souffert dans la même mesure que les juifs européens (la Shoah n’avait pas eu lieu dans les pays arabes) confortait l’idée qu’ils ne peuvent être en sécurité qu’en Israël.

Comment voyez-vous l’issue du conflit israélo-palestinien plus d’un demi-siècle après l’établissement de l’Etat d’Israël, à un moment comme vous dites, où un sentiment de vulnérabilité commence à envahir nombre de juifs à l’intérieur d’Israël ?
Aujourd’hui, Israël est peut-être le lieu le plus dangereux qui puisse exister sur terre pour un juif. Parce que c’est le seul lieu au monde où il peut être attaqué parce qu’il est juif. Un juif, en Israël, quand il prend le bus, il ne sait pas s’il va en descendre. Ce n’est pas la sécurité que les gens recherchaient. Leur présence en Israël est considérée comme un échec sanguinaire. Ils sont dans un cul-de-sac, beaucoup n’approuvent pas la politique répressive de Sharon, mais ils ne voient pas d’issue puisqu’ils sont témoins de ce recours à la force qui a créé l’Etat d’Israël. Les gens s’y sentent très vulnérables. Il y a actuellement plus de juifs qui partent d’Israël en Russie ou en Ukraine, pays qui vivent des difficultés économiques énormes, que de Russes qui viennent en Israël. Toujours est-il qu’une solution humaine s’impose au problème créé par l’institution d’une structure tout à fait étrangère à la région. Il y a 5 millions de juifs en Israël, il faut les laisser vivre là où ils sont, tout en trouvant une solution aux Palestiniens. Il faut sauver les vies humaines plutôt que sauver la structure d’Etat. L’armée israélienne fait beaucoup pour sauver l’Etat, mais peu pour sauver les citoyens.
Il y a un commentaire de la Torah que je viens de recevoir du grand rabbin d’Angleterre. Il s’agit de celui des premiers éclaireurs qui sont entrés dans la terre d’Israël. En entrant, ils ont dit : «Ah ! Moïse, les habitants sont extrêmement forts parce qu’ils ont des villes protégées par des murailles. Le commentaire dit : les gens forts ne se protègent pas par les murailles.» Ceux qui se protègent par un mur, comme c’est le cas d’Israël actuellement, sont les plus vulnérables. L’avenir et la stabilité dans la région ne sont pas imaginables sans que les juifs et les Palestiniens ne tissent des liens basés plus sur la dimension humaine que sur la dimension étatique. Ce qui se passe à Gaza, je préfère ne pas le voir, car cela affecte mon inconscient. C’est tragique et le pire c’est que des gens comme Sharon disent qu’on fait ça au nom du peuple juif. Je peux avancer qu’il a le même mandat de parler au nom du peuple juif que moi j’ai le mandat de parler au nom du peuple chinois. Les tragédies que nous voyons quotidiennement sur les écrans de télévision, que les morts soient d’un côté du mur ou de l’autre, ne sont pas faites au nom du peuple juif, mais au nom d’une idée sioniste. Il faut absolument dissocier l’Etat sioniste d’Israël de la continuité juive, d’une part, et montrer aux citoyens israéliens, d’autre part, qu’ils ne vont pas être nécessairement massacrés par des extrémistes palestiniens, si on instaure une autre structure conférant tous leurs droits aux Palestiniens. Un Etat neutre entre le Jourdain et la Méditerranée qui puisse garantir les droits de tous les citoyens au-delà de leur origine confessionnelle ou nationale est le meilleur rempart contre la haine et l’exclusion n
Propos recueillis par

 

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