Promotion de la diversité : Entretien avec Doha Sahraoui, Vice-présidente de l’Institut marocain de l’audit social (IMAS)
15 décembre 2016
Brahim Habriche (1800 articles)
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Promotion de la diversité : Entretien avec Doha Sahraoui, Vice-présidente de l’Institut marocain de l’audit social (IMAS)

«La discrimination est indirecte, difficilement identifiable et ancrée dans la culture».

doha-sahraouiClub de la diversité, label RSE de la CGEM….Aujourd’hui, les initiatives encourageant la diversité et l’égalité des chances se multiplient. Il s’agit toutefois de la démystifier, la rendre tangible et compréhensible par tous car elle touche plusieurs domaines. Doha Sahraoui, vice-présidente de l’Institut marocain de l’audit social (IMAS) et chargé de la commission diversité et inclusion, met en exergue les possibilités d’encourager davantage les actions de diversité.

Vous avez lancé les trophées de la diversité il y a quatre ans. Avez-vous remarqué une évolution des pratiques depuis ?

La prise de conscience de l’importance de la diversité a évolué. C’est devenu au moins dans les discours une préoccupation pour les entreprises. Les initiatives en faveur de la promotion de la diversité sont notables : le club de la diversité, le label RSE de la CGEM…. Aujourd’hui, il s’agit de mettre les pratiques au niveau des discours. Pour ce faire, il faut d’abord démystifier la diversité, la rendre tangible et compréhensible par tous. La diversité touche plusieurs critères à savoir l’âge, le sexe, le handicap, l’origine social, le diplôme… A l’international, on identifie 27 marqueurs de la diversité. Il faut donc identifier nos marqueurs propres au contexte marocain et les prioriser pour que les actions soient tangibles et rentables pour les individus, les organisations et la société.

Quelles sont les bonnes actions que vous avez pu constater au sein des entreprises ?

Les bonnes actions constatées au niveau de l’entreprise se situent essentiellement au niveau des femmes, des personnes d’origine étrangère ou en situation d’handicap. Certaines entreprises mettent en place des pratiques en faveur de la promotion des femmes et leur intégration, le cas de Wafasalaf. Il y a également des entreprises qui mettent en place des pratiques pour intégrer et promouvoir les personnes d’origine étrangère, comme c’est le cas de Managem. D’ailleurs ces deux entreprises ont été primées à l’occasion des Rencontres internationales de la Diversité en France, en tant que modèle d’intégration sur ces deux marqueurs.

Que faut-il faire pour promouvoir davantage les questions de diversité au sein des entreprises ?

Il faut institutionnaliser ces actions et les inscrire dans la durée. Il ne faut pas que ces actions dépendent des personnes mais qu’elles soient portées et intégrées dans la stratégie globale de l’entreprise. Il faut également créer des observatoires ou des instances chargées de récompenser quand la diversité est intégrée, d’où les trophées de la diversité. Mais il faut également dénoncer quant il y a discrimination. Ce qui n’est pas toujours facile, car la discrimination est rarement directe, elle est indirecte, difficilement identifiable et ancrée dans la culture. La législation peut jouer un rôle central dans la lutte contre les différentes formes de discrimination.

Ces politiques de diversité concernent généralement les filiales de multinationales et grands groupes nationaux structurés. Comment intéresser également les PME ?

Les PME constituent 90% du tissu économique au Maroc et sont celles qui ont le plus de mal à attirer les compétences et les talents car elles n’ont pas la marque employeur dont bénéficient les multinationales et grands groupes structurées. En s’intéressant à la diversité, elles élargissent leur vivier de recrutement et peuvent créer un facteur clé de succès. Justement, leurs structures ne sont pas rigides, et peuvent donc, plus rapidement qu’un grand groupe, incorporer la diversité.

Il faut également savoir que ces PME sont dans des relations économiques avec les multinationales. Et aujourd’hui, les multinationales sont questionnées même par rapport à leurs partenaires économiques sur la diversité. Les PME, par obligation ou apprentissage organisationnel, vont être amenées à s’intéresser à la question.

Comment faire de la diversité un facteur de réussite pour les entreprises ?

La diversité est d’abord un business case, les entreprises qui réussissent à intégrer des gens divers bénéficient d’une meilleure performance sociale et économique. La diversité amène l’innovation, de nouvelles idées, alors que l’homogénéité mène au mimétisme et à la répétition. Les expériences internationales ont démontré que les entreprises qui intègrent la diversité bénéficient d’une meilleure visibilité et réputation sur le marché; des études lient également l’intégration de la diversité à la performance économique de l’entreprise. Dans le contexte actuel, ne pas intégrer la diversité c’est aller à l’encontre des tendances et se refermer dans un environnement de plus en plus mondialisé.

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