L’information en réseaux, la troisième révolution industrielle
6 octobre 2017
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L’information en réseaux, la troisième révolution industrielle

L’essor d’internet et le déluge informationnel engendré posent avec acuité la question sociopolitique de la fiabilité de l’information disponible sur internet. L’éducation aux médias est devenue de nos jours obligatoirement nécessaire pour un apprentissage utile.

Mohamed Zouini
Chef d’entreprise

Au moment où des intellectuels, des membres de la société civile, des syndicats, des intervenants du monde associatif…, un peu partout dans le monde démocratique, débattent et parfois le font dans la polémique sur des sujets divers. Par exemple : la philosophie, son importance dans l’enseignement et sa dimension sociopolitique d’éducation à la citoyenneté, le contenu des cours de religion, confessionnels ou neutres, les cours de finance personnelle pour éviter l’endettement… Sans diminuer de l’importance d’aucune de ces matières précitées pour exemples parmi tant d’autres, peu sont les intervenants qui se soucient d’un sujet qui a une grande importance, à savoir celui de l’éducation aux médias.

L’usage pour le meilleur et pour le pire de l’internet est le reflet de chaque société, ses points forts ainsi que ses points faibles. Aujourd’hui, au sein de la société, il y a un besoin de personnes dont les actes reflètent le bon usage de cet outil de communication et dont la réalisation de choses apporte un plus à la communauté, créant ainsi le bon environnement dans lequel interagissent l’ensemble des membres de la société. Le besoin des nouvelles technologies d’information est devenu nécessaire ainsi que l’engagement social pour aboutir à la création d’un meilleur environnement où doit se développer une démocratie florissante.

Internet à travers les réseaux qui y sont liés est devenu un outil qui permet aux citoyens de différents âges et de différentes catégories socioéconomiques de débattre de tous les sujets liés à l’actualité ou non, accéder promptement à l’information aussi bien locale, nationale qu’internationale, se faire «des amis», organiser des marches, des manifestations, faire entendre leurs voix, effectuer des achats de tout genre, demander des comptes aux responsables politiques ainsi que des changements et prendre part au bon fonctionnement de la démocratie…

Ces bonnes choses n’empêchent malheureusement pas les mauvais usages et les conséquences maléfiques qui en découlent, car comme le dit l’adage : chaque médaille a son revers.

Pour faire face à ces dérapages nuisibles et il y en a malheureusement pléthore dont la principale reste l’info-pollution, l’éducation aux médias est un apprentissage utile, devenu de nos jours obligatoirement nécessaire. Très peu de personnes  connaissent le monde des médias, encore moins  la source de l’information qu’ils ont sous les yeux et sous quelle forme, elle leur est présentée : filet, brève, reportage,analyse,compte rendu, opinion , sous forme de contenu journalistique produit par un média pour informer et un contenu marchand sponsorisé par une société qui a quelque chose à vendre. La lecture et l’interprétation d’une information sont des éléments importants dans la formation du citoyen averti qui est de plus en plus confronté à l’éclatement des savoirs. L’évaluation de l’information devenue de plus en plus numérique repose essentiellement sur l’usager. Dans cette nouvelle situation que sera le niveau d’autonomie de jugement exigé pour de jeunes élèves ?

La circulation rapide des fausses nouvelles est un moyen dont on fait usage pour tirer parti des mécontentements sociaux existants en diffusant des informations mensongères pour des motivations prédéterminées; Ceci peut se constater avec les groupes terroristes qui à travers le mauvais usage d’internet endoctrinent des jeunes pour les envoyer à la mort et souvent pas seuls. Les acteurs malintentionnés font usage de fake news (désinformation) pour agir sur la compréhension des évènements réels par le grand public. Les internautes sont dépourvus de moyens pour vérifier la véracité de ces informations.

L’accès immédiat à l’information qui est mise à jour de façon continue, réduit les possibilités d’analyser en profondeur, laissant place à la spéculation. La pression et la recherche de «scoops» amènent les producteurs à avoir moins de temps pour juger.

L’évaluation de la fiabilité et de la valeur de toute information devient essentielle.

L’essor d’internet et le déluge informationnel engendré posent avec acuité la question sociopolitique de la fiabilité de l’information disponible sur internet, comment alors séparer le bon grain de l’ivraie ? Dans cette masse d’informations qui circulent sur les différents réseaux, il y a une absence totale de validation et le déluge informationnel sur internet la rend difficile par le déclin de valeurs centrales telles que la vérité, l’objectivité et  la critique(Pierre Levy).

D’où la nécessité de former des compétences dont le besoin est éminent pour améliorer les habiletés en identification et authentification des informations.

Le philosophe Ali Benmakhlouf dit : «Sans contexte précis, une information n’en est pas une. Il faut distinguer entre information, message, actualité….».

Le citoyen éclairé

Le fruit de l’éducation médiatique doit être à la fin du cursus un consommateur d’information éclairé doté d’un esprit critique et susceptible de poser un regard intelligent sur les médias et de réfléchir à la manière dont ils sont structurés et rendus commercialisables.

Montaigne disait «qu’il valait mieux avoir une tête bien faite qu’une tête bien pleine».

Plusieurs théoriciens contemporains disent que la maîtrise des outils de la culture médiatique à travers les applications contenues dans nos ordinateurs, téléphones portables et tablettes est aussi importante que le besoin de maîtriser une langue étrangère. Actuellement, ces applications ont une relation directe avec le travail, la consommation, le divertissement, la vie en société…

Pour M.Latzko-Toth, «l’algorithme, on lui fait confiance sans se poser des questions sur ses arcanes et pourtant s’il est utilisé pour trouver l’information, il peut l’être aussi pour en cacher».

Seules les personnes ayant reçu une formation numérique pourront affronter mieux que les autres ce genre de manipulation ou censure.

M. Habibi, chef du département journalisme et médias, et enseignant chercheur à la Faculté de lettres et sciences humaines d’Ain Chock, aime répéter à ses étudiants dont le signataire de ce contenu a fait partie, que «le savoir académique qui vous sera enseigné durant ce cursus universitaire vous débarrassera d’abord de la tare relative à l’analphabétisme médiatique, une déficience assez fréquente chez les jeunes, avant de vous servir à avoir un diplôme en journalisme et médias».

Toute personne non dotée d’un minimum de formation médiatique couplée avec une formation relative à l’usage des technologies d’information se verra de plus en plus vouée à l’exclusion et à la marginalisation.

Douglas Rushkoff (observateur des mutations en cours) dit : «Si vous ne devenez pas un véritable usager de la technologie (en apprenant ses rudiments), alors c’est elle qui va vous utiliser». «Program or be programmed» résume une pensée dans laquelle la formation numérique est placée au même rang que l’alphabet et l’arithmétique.

L’éducation du XXIe siècle sera essentiellement à travers les médias et leurs nouveaux supports technologiques d’information et de communication. «Le développement de programmes et la création d’outils pédagogiques, ce sont là des options porteuses d’avenir qui requièrent des stratégies qui peuvent être partagées, évaluées et adoptées dans un esprit de changement social qui va au-delà de la réforme scolaire et de l’emploi des jeunes» (Frau-Meigs).

La fameuse citation d’André Brie, député allemand, relative à la définition de l’éducation reste valable aussi pour l’éducation numérique, à savoir que «l’éducation est ce qui manque à l’ignorant pour reconnaître qu’il ne sait rien !».

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