Lie to me : Je sais que vous mentez !
17 octobre 2017
Lavieeco (23826 articles)
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Lie to me : Je sais que vous mentez !

Détecter le non-dit, voire le refoulé ou le mensonge est une compétence que de nombreux managers voudraient détenir. Le Dr Paul Ekman, psychologue américain, un des grands spécialistes mondiaux en communication non verbale, a longtemps travaillé sur les micro-expressions et les expressions faciales.

Nezha Hami Eddine Mazili
Consultante coach – Cap Rh Maroc

Les gestes disent tout haut ce qu’on pense tout bas. Les gestes révèlent ce que nous essayons de cacher, de maquiller ou de taire. Le geste dit vrai.

C’est un mode de communication qui transcende le temps et l’espace. Il a donné naissance à des études et aussi à des films. Et ce d’un film que je veux vous parler.

«Lie to me» est une série policière américaine qui met en scène l’équipe du Dr Cal Lightman, scientifique spécialisé dans la détection du mensonge. Vous ne pouvez pas raconter des histoires à Cal. Véritable détecteur de mensonges fait homme, il sait décrypter le mensonge. Comment? Grâce à sa maîtrise de l’analyse des micro-expressions faciales, des attitudes corporelles, de l’intonation de la voix ou de l’attitude. Cette extraordinaire compétence l’aide dans la résolution des enquêtes criminelles via sa société «Lightman Group», une agence formée d’experts en comportements humains. Tous des as de la détection de mensonges.

Micro-expression?

Cal et ses acolytes peuvent détecter la plus brève micro-expression faciale pour déterminer si vous dites vrai ou pas. Parce que la micro-expression faciale est une expression brève et involontaire que le visage humain exprime en fonction des émotions, réellement, vécues. De fait, elle traduit exactement ce que nous pensons ou ressentons et que nous ne pouvons pas contrôler.

Notre corps s’exprime avant que nous prenions conscience de l’émotion vécue. Quand c’est fait, nous essayons de la brimer. Face à un client qui m’exaspère, je fais des efforts pour garder mon amabilité, mais mon corps a déjà exprimé par le regard, par la voix, par les mimiques, que j’ai envie de «c….».

Serait-ce une science du mensonge?

C’est une nouvelle science qui fait son bonhomme de chemin. Et qui a, de plus en plus, déjà ses adeptes. Si les histoires sont fictives, les connaissances sur lesquelles elle repose ne le sont pas. La série est basée sur les travaux du Dr Paul Ekman, psychologue américain, un des grands spécialistes mondiaux en communication non verbale, plus particulièrement des micro-expressions et des expressions faciales. Il était consultant scientifique des scénaristes. Sur le site de Fox, la chaîne américaine qui diffusait la série aux Etats-Unis, Ekman explique les méthodes utilisées.

Pour lui, le mensonge est «une décision délibérée de tromper une cible». «J’ai pour objectif d’amener les gens à mieux comprendre leur vie émotionnelle», poursuit-il.

Ses recherches sur les micro-expressions faciales et les mouvements du corps ont commencé, en 1954, quand il choisit ce sujet pour sa thèse qu’il a soutenue en 1955 et publiée en 1957. Pendant plus de 50 ans, le National Institute of Mental Health, NIMH a soutenu financièrement ses recherches.  Ekman avait remporté le Research Scientist Award du NIMH en 1971, 1976, 1981, 1987, 1991 et 1997.

Dans la lignée de Gregory Bateson, Paul Ekman soutient que les expressions du visage ne sont pas déterminées par la culture, mais sont universelles, présentes à l’identique dans n’importe quelle culture, et partant biologiquement déterminées. En étudiant une tribu de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Paul Ekman a constaté que des personnes isolées du monde, ayant une culture «d’âge de la pierre», peuvent identifier, sur des photos, les expressions de l’émotion de personnes de culture inconnue.

Ces recherches l’ont aidé à élaborer sa première liste d’émotions de base: tristesse, joie, colère, haine, dégoût, surprise et peur. Dans les années 90, il étendra cette liste à d’autres émotions: amusement, embarras, honte, excitation, satisfaction/contentement, plaisir sensitif, soulagement, mépris, culpabilité, fierté de l’accomplissement.

Ne pas juger, mais comprendre

L’être humain a, toujours, cherché comment détecter les mensonges. Cela a commencé avec le nez de Pinocchio qui s’allonge, quand il ment. Dans les années 50, la police américaine a mis au point le détecteur de mensonges.

Alors, peut-on détecter le mensonge? La réponse ne peut pas être un «oui» ou un «non» catégorique. Quand on travaille sur l’humain, on ne peut pas fournir une réponse formelle. Ce n’est point arithmétique. Chaque personne étant différente, l’analyse doit être personnalisée et contextualisée. Comme cette femme, dans la série, qui n’avait exprimé aucune émotion à l’annonce de l’assassinat de la victime. A première vue, cela pourrait être interprété comme une incohérence entre ce qu’elle dit et ce qu’elle ressent. Donc, elle ment. Mais les experts de la série ont fini par établir que l’absence d’émotion sur son visage s’explique par l’excès de botox.

«Ça va» est le mensonge le plus courant, explique Arnaud Blavier, coach belge et président de Emotional Intelligence Academy, EIA, seul représentant des formations Paul Ekman en francophonie.

Pour qu’il y ait mensonge, il faut un mobile, une intentionnalité, une raison d’ordre affectif ou intellectuel qui poussent à mentir. C’est ce mobile, cette impulsion qui amorce le mouvement de la dialectique du mensonge que les spécialistes doivent comprendre. «A la différence du polygraphe qui  permet de détecter un changement d’état via un seul canal de communication. Ce changement pourrait être causé par du stress. Alors qu’une personne, correctement formée, peut en lire plus», explique A. Blavier.

Nos capacités à détecter un mensonge ne dépassent guère une chance sur deux. Mais, avec les formations «Paul Ekman», on peut passer de 54% (taux moyen de détection du mensonge) à 80, voire 90%.

Et si notre non-verbal est induit par un malaise ou un dérangement? «D’où l’importance de mettre les éléments récoltés dans un contexte. Les gens ont tendance à observer quelque chose et à tirer des conclusions. Or, grâce à l’approche Ekman, les gens apprennent, d’abord, à faire des hypothèses, ensuite à les tester pour arriver à la vérité». C’est la contexualisation qui fait la force de l’approche de Paul Ekman.

Détecter le non-dit, voire le refoulé ou le mensonge est une compétence que de nombreux managers voudraient détenir. Cette technique est utile aux recruteurs chargés d’embaucher la bonne personne, aux responsables de la sécurité ainsi qu’aux négociateurs.

Elle aide les managers à décrypter certaines réactions, à comprendre certains blocages. 93% du message passe par le non-verbal.

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